Marie et femme (suite)

Petite fable de moeurs contemporaine… en six épisodes


reprendre au début >>                                                                                     3ème épisode…

.

Au bout de quelques mois, Marie parvint à dissocier les deux hommes en Mathias.

Physiquement. Comme un troisième jumeau des frères Gaspard.
Et comme il la prenait pour sa sœur, elle n’avait plus aucune honte, plus aucun tabou sur le plan sexuel. C’était l’extase totale. Suffisamment pour rendre fou un homme.

Et ce qui devait arriver arriva.

« Je veux quitter Marie pour vivre avec toi ! »

Marie était sur le cul. C’était le cas de le dire, la tête posée sur le postérieur de son amant de mari, renfilant la culotte de dentelle qu’elle venait de s’offrir pour l’occasion tandis que Mathias, allongé sur le côté et lui tournant le dos, se rongeait les sangs des pensées qui le submergeaient. Marie bondit hors du lit, finissant de remonter le bas de ses dessous.

« Tu n’es pas sérieux, Mathias ! Passe-moi mon soutien-gorge sur la table ! »

Cette voix, ce ton sec, c’était incroyable.
Comme si Marie venait de se glisser dans le corps de Sarah.
Elles se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, certes… mais là !
Il aurait juré que c’était elle. Marie s’en rendit compte et se ressaisit aussitôt.
Elle changea de ton et de petit nom pour son Roméo.

« Mon amour, c’est si soudain…
Oh, comme j’aimerais aussi pouvoir être avec toi chaque jour,
jusqu’au petit matin. Ce n’est pas si simple ! »

Puis elle l’embrassa dans le cou tout en étendant son bras pour attraper son haut de dessous pendu sur la lampe de chevet. Mathias fut rassuré. Il prit Sarah, qui n’était pas Sarah, dans ses bras, pensant à Marie à qui il croyait faire du mal alors que celle-ci, dans les bras de son amant, tentait d’oublier que cet homme qui lui faisait tant de bien n’était autre que son mari.

Les jours suivants, Mathias avait du mal à regarder Marie en face. Si elle n’avait pas été complice de son secret, elle l’aurait aussitôt soupçonné de la tromper avec une autre.
Ils ne faisaient plus l’amour en dehors de leur liaison adultère.
Mathias n’était pas tranquille, il ne supportait plus d’être à la maison.
Il appelait Sarah sur son portable, lui envoyait des sms et des mails alors qu’elle le lui avait formellement interdit à l’hôtel. Il ne supportait pas qu’elle ne lui réponde pas.
Marie voyait bien que la situation ne pouvait plus durer ainsi.
Son mari allait péter les plombs et lui annoncer l’absurde. Mais que faire ?

Elle risquait peut-être bien de perdre les deux.

Arrivèrent alors les grandes vacances.
Une semaine dans la maison de campagne des Gaspard, un manoir du dix-neuvième à Veules-les-Roses en Haute-Normandie. Tous ensemble.
Mathias avait insisté pour maintenir cette semaine commune avec sa belle-sœur.
Marie ne put faire autrement, les enfants réclamant à cœur et à cris leurs cousins.
Les premiers jours, Sarah fuyait Mathias qui continuait de la harceler.

« Pourquoi m’évites-tu ?
– Je te l’ai déjà dit, Mathias !
– Je ne te comprends pas. Tu es si différente à l’hôtel.
– C’est moi qui ne te comprends pas.
Cesse s’il te plaît avec ce délire d’hôtel, une bonne fois pour toutes !
Ou je dis tout à Simon… et à Marie !
– On dirait que tu joues avec moi, là…
Ou je ne sais pas, peut-être tu n’assumes pas.
– Stop, Mathias ! … Je regrette de t’avoir émoustillé. Je n’aurais pas dû.
Mais j’ai toujours été claire. J’aime Simon et je n’ai pas l’intention de le tromper. Alors laisse-moi tranquille s’il te plait !
– Tu appelles ça, m’émoustiller ??? Mais…
– STOP ! »

La situation se compliquait. Marie tentait de l’ignorer. Elle s’occupait des enfants, des courses et des repas, attendant patiemment que la semaine et les vacances arrivent à leurs termes, qu’elle retrouve enfin une vie extra-conjugale normale.

Quand le jeudi matin des circonstances inattendues allaient chambouler leur train-train quotidien. Marie avait prévu d’aller au marché. En se levant, Mathias la vit par la fenêtre discuter avec Simon qui revenait de son footing. Il les observa et comprit que son frère se proposait de l’accompagner. Ce dernier affectionnait ces lieux de brassage de braves gens et de bons verbes d’où il puisait ses brèves de marché qu’il notait dans un carnet. Ils empruntèrent à pied le chemin qui menait au village et disparurent au loin. Mathias sauta aussitôt de son lit, une idée en tête. Il passa devant la chambre de Sarah en foutoir, mais vide. Elle était donc levée. En passant devant la salle de bain, il s’aperçut que la porte était entrouverte. Après un moment d’hésitation il la poussa et reconnut le dos parfait de sa maitresse. Il avança. Sarah blêmit sans oser bouger. Il l’enlaça par derrière et l’embrassa dans le cou. Elle frémit avec un léger soupir qui invita l’amant à poursuivre son élan, à sa grande surprise. Elle ne le repoussait plus. Il ne la comprenait décidément pas.

« Ah les femmes ! » pensa-t-il.

Elle se retourna, elle était nue, plus belle et désirable encore qu’à l’hôtel…

Il la connaissait par cœur.

La suite fut une répétition supplémentaire de leur récital amoureux. Vingt minutes d’ébats torrides qui les laissèrent en sueur sur le tapis de la salle de bain. Quand ils reprirent leurs esprits, enchevêtrés l’un sur l’autre, quelle ne fut pas leur surprise de voir la petite Lana, du haut de ses cinq ans, les yeux écarquillés, tenant son doudou dans une main et suçant son pouce de l’autre. Mathias, le premier gêné devant sa fille, prit une grande serviette et couvrit ce qu’il put des parties impudiques des deux adultes.

« Lana, sors de cette salle de bain, s’il te plaît !
Je … ce n’est pas… Retourne dans ta chambre !
Je ne t’ai pas autorisée à te lever… »

Mathias afficha son autorité à défaut d’une explication.
Lana baissa la tête et s’approcha de Sarah en se dodelinant avec malice.

« Maman, je peux m’lever, chi’te-plaît ?…
Tu m’as dit que tu m’amèn’ras au ma’ché. »

La mère se leva, embrassa sa fille, enfila un peignoir et conduit la fillette hors du lieu du crime. Elle ferma la porte laissant Mathias seul face à sa stupéfaction.

Elle avait dit « maman ».


4ème épisode…

Toujours leurs enfants les avaient reconnus au premier coup d’œil, sans se tromper.

Sarah ne pouvait donc pas être Sarah.

Mathias venait de réaliser l’énormité de ce qui lui arrivait.
Les deux jours suivants, il n’adressa plus la parole à Marie tandis que Sarah et Simon roucoulaient tels des inséparables (les oiseaux), perchés sur leur fidélité.
Quand le dernier soir, dans la chambre du couple libertin, l’orage finit par éclater.

« Tu m’as trompé ! »

Le réquisitoire était absurde, en effet.
Mais Mathias n’en démordait pas. Si sa femme était devenue sa maîtresse c’était parce qu’au départ elle pensait retrouver son frère. La réciprocité de cet argument irréfutable ne le préoccupa guère. Une hypocrisie typiquement masculine.
Tout comme le constat d’une réalité qui disculpait tout le monde ne lui suffisait pas.

« Mais puisque c’était moi ! »

C’était là le vrai problème de Mathias. C’était elle et pas Sarah.
Marie incarnait désormais son propre échec amoureux, une usurpation sentimentale. Il la haïssait plus que tout, alors que jusque-là il lui reconnaissait avec compassion les rôles d’épouse et de mère parfaites. Il préférait vivre seul qu’à côté de cette double traitresse.

« Je veux divorcer. Et le plus tôt sera le mieux. »

Il était décidé, Marie défaite.
Elle n’avait pas d’autre choix que de répondre favorablement à sa requête.
Quand ils rentrèrent à Jouy-en-Josas, elle demanda quelques jours de réflexion.
Deux semaines plus tard, elle posa ses conditions.

« C’est moi qui en fait la demande… pour adultère, sinon je ne signe pas !
– Pourquoi ? s’étonna Mathias.
– Pour mon honneur de mère et d’épouse. Après tout, je ne t’ai pas trompé.
– Mais moi non plus !
– Alors ne divorçons pas.
– Je ne peux plus vivre à côté de toi, après ça !
– C’est à prendre ou à laisser. Tu acceptes ou je ne signe pas ! »

Mathias accepta et les papiers administratifs furent remplis en quelques heures.
Marie décida d’annoncer elle-même la nouvelle à sa sœur.

« Mais avec qui ?
– Je ne sais pas et je ne veux pas le savoir !
répondit la fausse femme trompée, en pleurs.
– Je le trouvais bizarre aussi ces derniers temps.
– Comment ça ?
– Enfin… je ne sais pas si je devrais te le dire, mais…
– Quoi ? insista Marie, feignant de ne pas savoir.
– Il m’a fait des avances… Il était plutôt lourd même !
– Ah bon ? … quelle ordure !
– Mais j’ai refusé, je t’assure.
Il m’a donné rendez-vous une fois à l’hôtel Émile.
Je n’y suis pas allée… Tu me crois, j’espère ?
– L’hôtel Émile ? C’était donc là qu’il l’emmenait… »

Marie pleurait sans forcer car elle était réellement affectée par sa situation.
Sarah était navrée pour sa sœur. Elle en parla aussitôt à Simon.
Celui-ci restait embarrassé. Sans donner raison à son frère, il trouvait l’affliction de sa belle-sœur un peu exagérée après les avances qu’elle lui avait faites.
Seulement il ne pouvait en parler à Sarah sans lui-même se compromettre.
Et ne l’avait-il pas embrassée le premier ?

Un jour qu’il déjeunait avec Mathias, dans son restaurant, il tenta de comprendre ce qui avait poussé son frère à tromper Marie. Mais ce dernier ne pouvait lui avouer la vérité.

« Je ne veux pas en parler, Simon. C’est terminé.
Ce n’était qu’une aventure sans lendemain.
– Je la connais, au moins ?
– …
– …
– Excuse-moi, j’ai ma compta à terminer. »

Mathias laissa son frère sans réponse seul devant son café.
Le silence qui avait suivi sa question intrigua l’écrivain. Et s’il la connaissait ?
Simon se souvenait de l’hôtel Émile, au temps où les deux frères y rabattaient leurs conquêtes de boîtes de nuit qu’ils se partageaient à leur insu. Mathias n’avait alors jamais eu de secret pour lui sur sa vie sentimentale. Il s’y rendit le lendemain par curiosité.
L’hôtel avait bien changé, totalement refait.
Lorsqu’il entra, le réceptionniste le reconnut d’emblée.

« Cela faisait longtemps, monsieur Gaspard !

– Je suis désolé, répondit Simon,
je pense que vous me prenez pour mon frère jumeau.
– Ah ! … Et vous désirez une chambre ?
– En fait, heu… non… je… disons que… Enfin voilà. Mon frère est mourant…
Il est dans le coma !
– Oh !
– Oui, c’est effroyable. Un accident de la route…
– Et… que puis je faire pour vous ?
– Voilà, c’est assez délicat. Je sais qu’il voyait une personne ici en cachette.
Malheureusement je ne la connais pas. Je sais qu’il tenait beaucoup à elle.
Alors si vous aviez quelque information, son nom ou quelque chose…
Hum… cela… heu, lui ferait plaisir je crois.
– Je vois. Je ne suis pas du genre à moucharder, mais comme vous êtes son frère tout craché… et dans ces circonstances, je veux bien vous aider.
Malheureusement, je ne connais pas le nom de cette dame.
– Peut-être, pouvez-vous me la décrire ?
– Ah ça oui ! … Mais j’ai mieux.
– Comment ça ?
– Notre caméra de vidéo-surveillance a dû les prendre à l’entrée.
Si vous revenez demain, je me charge de vous passer un extrait.
Avec les dates sur le registre, je devrais vous retrouver ça facilement.
– Je vous remercie infiniment ! »

Simon posa un billet de vingt euros sur le bureau du vieil homme et promit de repasser le lendemain à la même heure. Lorsqu’il s’y présenta à nouveau, il fut estomaqué de voir son frère accompagné d’une femme qui ne pouvait être que Sarah.

C’était donc ça que son frère lui cachait.

« Merci, j’en ai assez vu. »

En rentrant, à pied, Simon se remémorait ce jour où Marie était passée chez lui.
Peut-être se doutait-elle déjà de quelque chose.
C’était pourquoi elle cherchait une consolation. Mais oui !

« Pauvre Marie ! Pauvre con que je suis ! »

Simon avait jugé sa belle-sœur un peu trop vite. Une colère noire le submergea.
Il appela aussitôt un taxi et se rendit au restaurant de son frère, place des Vosges.
Il était onze heures, le premier service se mettait en place.

« Qu’est-ce qui t’amène ? … je croyais que… ».

Mathias n’eut pas le temps de finir sa phrase.
Simon y mit un poing final… en pleine figure.

« T’es qu’un salaud… une ordure ! »

Mathias bascula en arrière sur le poids de son frère accroché à son col.
Il comprit vite de quoi il en retournait. Il n’eut pas le temps de lui expliquer.
Un second coup l’atteignit derrière l’oreille droite.

« Je ne veux plus te revoir. Tu as brisé mon couple et ma famille ! »

Simon quitta les lieux sans un autre mot, sous les yeux médusés du personnel.
Il était prêt maintenant à affronter les mensonges de son épouse, présumée coupable.

« Je sais tout !

Je suis allé à l’hôtel Émile.
Oui, je t’y ai vue sur la vidéo surveillance…
avec Mathias, bras dessus bras dessous !
Comment as-tu pu me faire ça ?
Tous ces mensonges, cette hypocrisie, à la maison, en Normandie !
Tais-toi ! je ne veux pas t’entendre, j’en ai assez vu.
Tu n’as pas honte ? Sous mes yeux, ceux des enfants… devant Dieu !
Et ta sœur ? As-tu si peu de considération pour elle ?
As-tu seulement de la dignité pour toi-même ?
Vous me dégoûtez, toi et mon frère ! »

Chaque phrase était comme un uppercut dans l’estomac de Sarah qui lui remontait en sanglots au fond de la gorge, étouffant chaque syllabe qu’elle tentait de prononcer.

« Comment pouvais-tu te regarder dans la glace chaque matin ?
Comment pouvais-tu m’embrasser chaque soir et me laisser te faire l’amour après vos ignominies à l’hôtel ?
– Je te juuure ! … »

Ces trois mots s’extirpèrent du cœur de Sarah comme des éclats de cristaux de leur amour qu’il venait de briser en petits morceaux. Trois mots qui hurlaient à l’injustice et clamaient une innocence évidente que Simon ne voulait pas voir. Elle aurait voulu qu’il voie, justement, dans ses yeux sa sincérité, qu’il la prenne dans ses bras et la rassure, qu’il comprenne son erreur et cherche à recoller les morceaux.

Seulement un homme jaloux se nourrit d’images qu’ils s’inventent,
dans un mauvais film qui tourne en boucle dans sa tête.

« Demain, nous irons à l’hôtel, et tu verras par toi-même ! » dit-il, claquant la porte d’entrée derrière lui avant de disparaître dans les rues de Paris le reste de la journée.


Le 5ème épisode, c’est par ici >>

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2 commentaires pour Marie et femme (suite)

  1. Angelilie dit :

    J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

    Aimé par 1 personne

  2. alcinap dit :

    j ‘adore le titre « marie et femme’

    Aimé par 1 personne

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