Un phénomène !

Il est incroyable, un vrai phénomène ce Yannick Agnel !

Il faut le voir monter sur la première marche du podium, un sourire timide accroché à une gueule d’ange*, poser sa main tremblante sur le cœur au moment d’entonner la marseillaise. C’est craquant comme il le fait, timidement, respectueusement, comme on lui a appris, sans penser à la caméra, à l’air qu’il peut bien avoir à chanter l’hymne français.

Il est phénoménal avec sa bouffée de sincérité quand il répond aux questions, qui n’en sont pas, de Nelson Monfort, tant ce dernier ne sait que se confondre en compliments mielleux dont il semble avoir une infinie collection. Et voilà qu’il l’embrasse, ben voyons !

Il est extraordinaire de douceur, notre Yannick national, dans sa voix, son sourire, timide toujours…

Doux comme un Agnel on a envie de dire, désormais.

En fait, il est intelligent, cultivé, poli, bien élevé quoi … une performance hors norme dans le sport moderne qu’il fallait relever et qui mérite bien une médaille d’or.

Et combien même il nage un 200 mètres en 1 minute et 43 secondes alors qu’il m’en faut bien cinq pour accomplir la même distance, ce qui m’épate moi, c’est comment un mec peut avoir autant les pieds sur terre en passant tout son temps dans l’eau !

Chapeau l’artiste ! … Ca fait plaisir de voir des athlètes avec des têtes aussi bien faites que leurs corps.

Ce n’est pas que j’en ai après Nasri et toute sa clique footballistique qui mériterait bien des claques, non… mais messieurs les présidents des fédérations sportives de France et de Navarre, prenez exemple sur cet ange de gendre idéal (je me mets à la place des mères de famille), qui plus est un vrai champion, pour éduquer nos jeunes sportifs avant leur premiers transferts dans le monde professionnel… en Béotie.
Voilà, c’est dit !
(*) Agnel est l’anagramme de Angel

L’ami Caouette

L’ami Caouète, me fait la tête. Qu’a Caouète ?
La p’tite Noé, veut plus m’parler. Qu’a Noé ?

A vous !

Un nouveau jeu pour agrémenter vos longs trajets de vacances.

Faites vos bagages sur ce blog… Rendez-vous dans la rubrique L’ami Caouette… 

Les brèves du Café…

Le vieux

Le Tonio est un de ces patrons auvergnats qui achètent tous les fonds de commerce parisiens qui se libèrent. Il n’y a pas de limite à faire des affaires. Et en bon auvergnat, il n’y a pas de limite à faire des économies. Pas question de revoir la déco ou encore de changer l’enseigne.

« On est là pour vendre des consommations, pas pour se la jouer dans un décor de cinéma ! »

Et tant mieux, parce que Françoise, elle n’aurait pas supporté. Le Café de la Page blanche, c’est l’idée du Vieux comme il se faisait appeler avant qu’il ne vende l’affaire sans que personne n’en connaisse la raison. Pas même Françoise.

Seuls Fernand et elle l’ont côtoyé. Françoise a fait ses débuts avec, il y a dix ans, il lui a appris le métier et bien plus.

« I z’ont coussé enzemble ?
– Je ne crois pas, Zozotte. Et après, ça changerait quoi ? En tout cas, elle avait le sourire, c’est sûr ! »

Fernand était le plus fidèle des clients. Il trouvait dans ce café une inspiration qu’il ne s’expliquait pas. Le Vieux lui avait insufflé l’envie d’écrire.

« Ca a été une vraie révélation.

– Ah ouais ?
– La première fois que j’ai eu une feuille blanche entre les mains, je ne voyais rien. Et puis il est venu vers moi. Il s’est assis.
– Et après ?
– Il m’a demandé pourquoi je n’écrivais rien. Je lui ai répondu que je n’avais rien à raconter sans doute, que l’écriture et moi, ça faisait deux.
– Et alors ?
– Il m’a rétorqué : « et alors, tu n’aimes pas être à deux ? ». Sur le coup j’ai pas compris. Et puis il a tourné la feuille vers lui et s’est mis à lui parler : « Excusez-le, c’est un rustre, il ne sait pas parler aux demoiselles, une belle page blanche comme vous, immaculée avec ce joli petit liseré bleu, pas une tâche, ni de gras, ni de vin, alors que lui… Regarde ta chemise ! Tu aurais pu changer de chemise avant de la sortir ! ». Il a continué ainsi pendant dix bonnes minutes. Il parlait bien, je souriais, je me prenais à son jeu. Jusqu’au moment où il s’est levé…

– Et alors, et alors ?

– Il a remis la feuille bien droite devant moi et s’est excusé : « Je vous laisse, j’ai du travail. Vous avez sans doute plein de choses à vous dire ». Et il m’a fait un clin d’œil avant de retourner en cuisine.
– Et qu’ez’ t’as fait ?
– J’ai écris comme jamais je n’avais écrit, à cette femme-feuille, la première de mon existence. Je l’ai gardée chez moi. Puis chaque jour qui a suivi, j’ai entrepris une correspondance avec elle avant de passer à d’autres sujets. J’avais plein d’idées en moi que je ne soupçonnais pas. C’était fabuleux.
– Whoua ! C’est beau ! … Tu me feras lire zet’ correzpondanze, dis ?
– Peut-être, je ne sais pas. Le plus dingue, c’est que je n’arrive pas à écrire ailleurs qu’ici. C’est comme si j’avais besoin de sentir sa présence. Pour moi, il n’est pas parti. En tout cas son souffle, l’inspiration quoi, ne m‘a pas quitté. Il est resté dans ce lieu, intact. Je le sens presque physiquement. Et pour ça, je peux remercier Tonio.

– Ah mais lui, il zait écrire que des addizions et te zouffler dans les bransses quand tu vas pas azzez vite…

– Les bronches, Zozotte, on dit souffler dans les bronches.
– Z’est pas z’que z’ai dit ? Qu’ez’ te zers ze matin, une noizette ?
– Parfait ! … avec une tartine s’il te plaît. »

Vous voulez la suite ? … cela ne dépend que de nous  !

Le décor est planté ! La rubrique Brèves du Café nous attend pour animer ce petit monde selon notre imagination et notre culture sitcom, série télé ou scène de théâtre !

Marie et femme (fin)

Petite fable de moeurs contemporaine… en six épisodes


<< Pour reprendre depuis le début, cliquez ici >>       

5ème épisode…

Simon ne rentra qu’au petit matin.

Sarah avait fini par s’endormir sur le canapé, d’épuisement d’avoir trop pleuré. Elle y était prostrée, comme si son mari avait abusé d’elle, meurtrie dans son cœur, souillée dans son amour propre. Quand elle se réveilla, elle comprit qu’elle n’avait pas rêvé et se remit à sangloter. La veille, elle n’avait pas eu la force d’appeler sa sœur. Et pour lui dire quoi ?

Elle ne savait plus quoi penser, ni ce qui l’attendait vraiment à l’hôtel.

Tout cela était invraisemblable et pourtant si réel.

Enfin calmée, elle appela l’école pour prévenir de son absence, prétextant être souffrante. Puis ce fut le tour de Marie alors que Simon semblait se reposer dans leur chambre.
Sa sœur l’écoutait pleurer sans rien dire. Elle savait, elle, ce qui attendait Sarah.
Si elle se taisait, c’était parce qu’elle l’avait voulue cette issue ignoble.

« Elle s’en remettra. »

Comme quand elles étaient ados, Marie se souvenait.
Elles en avaient usés de ces petits coups de « salopes », comme elles aimaient les appeler. Leur but ? Casser l’idylle de l’autre quand il commençait à durer.
À l’époque, elles ne supportaient pas d’être séparées trop longtemps.
Seulement aujourd’hui elles étaient grandes, des femmes et des mères responsables.
L’idée avait germé dans la tête de Marie dès qu’elle sût qu’elle allait perdre Mathias.
Elle ne voulait pas rester seule. Ces injustices les rapprocheraient. Elles élèveraient leurs enfants ensemble, laissant les frères Gaspard filer avec leur lâcheté entre les jambes.

« Courage, sœurette ! … Je ne veux rien savoir…
Mais sache, toi, que jamais je ne t’en voudrai de quoi que ce soit !
– Mais ce n’est pas moi, Marie ! »

Quand elles raccrochèrent, Simon attendait dans le corridor, habillé et pas rasé.

« On y va ? »

Sarah découvrait l’hôtel pour la première fois.
En entrant, un jeune homme lui sourit comme s’il la connaissait.
Il regarda ensuite Simon avec un air complice.

« Cela faisait longtemps, monsieur Gaspard.
Vous avez de la chance, la dix-sept est prête.
D’habitude on ne libère pas les chambres si tôt. »

Simon interrompit le réceptionniste qui n’était pas celui de la veille.

«  Nous ne venons pas pour une chambre. J’aurais aimé revoir l’extrait de la vidéo que m’a montré hier votre collègue. Est-il là, ce matin ?
– Ah, m’sieur Robert ! c’est l’patron. Il ne reviendra que vers treize heures, je suis désolé. Si vous voulez bien repasser à ce moment-là, monsieur Gaspard.
– Je ne suis pas… oh, peu importe ! … Cette femme est-elle déjà venue ici ? lui demanda Simon en désignant Sarah. »

La présumée coupable se sentait comme dans un tribunal face à un procureur impitoyable, prêt à tout pour la confondre, quitte à l’humilier.

« Je ne comprends pas, répondit l’employé. Vous voulez dire, heu, sans vous ?
– Je ne suis que le frère jumeau de son amant. Est-ce que vous comprenez mieux la situation, maintenant ?
– Bah… heu… »

Ce couple était décidément aussi bizarre que libertin. Quand la femme éclata en sanglots.

« Je ne suis jamais venue ici. Vous devez confondre avec une autre ! »

À quoi jouaient-ils, pensa le réceptionniste ?

« Une autre qui te ressemblerait comme deux gouttes d’eau, peut-être ?
la provoqua le procureur général.
– Je n’en sais rien… et pourquoi pas, puisque ce n’était pas moi ? »

Simon saisit violemment le bras de sa femme.

« Tu te fous de moi ? Ta sœur viendrait ici en cachette retrouver mon frère ? Tu entends comme tu es grotesque ?
– Heu… sa sœur ? … votre frère ? »

Le jeune homme était définitivement largué.

« Je n’sais pas, mais ce n’était pas moi, j’te jure ! Pourquoi me harcèles-tu ? »

Et les larmes coulèrent de plus belle. Simon en eut assez.

« Viens, on rentre ! … Merci monsieur. Désolé pour le dérangement ! »

Il la déposa devant leur appartement, Quai Bourbon, et disparut de nouveau.
Il ne revint que le lendemain pour prendre ses affaires et quitter le domicile conjugal. Définitivement.

« Je demande le divorce. »

Au bout de trois jours, Sarah décida d’affronter sa sœur, pour comprendre.
Cette dernière ne s’expliquait pas non plus cette situation étrange.
Effectivement, si ce n’était pas Sarah dans la vidéo, cela ne pouvait être qu’elle.
Mais elle lui assura que non. C’était absurde !
Quelqu’un semblait les manipuler. Mais qui et pourquoi ?
Elle laissa s’installer le trouble dans la tête de Sarah qui était plutôt naïve de nature.
Et tout ce que disait sa sœur était parole d’évangile, depuis leur enfance.
Marie n’eut aucun mal à gagner sa confiance. Elle lui proposa d’emménager avec elle et les enfants dans leur villa de Jouy-en-Josas, la maison était assez grande. Sarah accepta, laissant l’appartement du Quai Bourbon à Simon, dans un commun accord.

Puis vint ce jour où Marie se rendit chez Simon pour récupérer quelques affaires, à la demande de sa sœur. Après avoir bu le thé ensemble, pareil à ce matin à l’origine des imbroglios, son beau-frère lui proposa de la revoir le lendemain, pour dîner. Il avait besoin de parler. Il se sentait proche d’elle du fait qu’il la considérait en victime comme lui. Marie, bien que très surprise, accepta. Avec une idée derrière la tête.

« Dix-neuf heures trente, à la Petite Auberge ? C’est juste en face de l’…
– Tu ne vas pas me refaire le coup une deuxième fois, Simon.
– Chez Bofinger, à Bastille, sinon ?
– Et pourquoi pas ici ? Quelques petits fours d’un traiteur et une bonne bouteille m’iront très bien.
– Parfait… heu, ça m’ira aussi… À demain ! »

Marie ne dit rien à Sarah. Elle arriva chez Simon le lendemain, vers vingt-heures trente.
Une heure de retard, juste pour qu’il s’impatiente, c’était sa vengeance.
La soirée passa, très courtoisement, de petits fours en confidences.
Quand, une bouteille de Clos Vougeot 1976 plus loin, Marie se laissa embrasser par Simon qui la désirait ardemment. Elle n’en espérait pas tant.
Enfin ! il s’ouvrait à elle, comme ce bon vieux pinard de Bourgogne, resté bien trop longtemps en cave. Mais elle n’en but qu’une gorgée, gardant le reste pour plus tard.
Le meilleur. Elle prétexta que ce n’était pas correct vis-à-vis de sa sœur.
En fait, elle jubilait de voir les rôles s’inverser. Il acquiesça, encore plus excité.

Dès le dîner suivant, à peine Simon avait-il débouché un Romanée-Conti 1990 qu’ils firent l’amour sur le tapis du salon, sans autre préliminaire, laissant tout le temps au précieux vin de décanter sur la petite table avec deux verres encore pleins. Marie ne rentra qu’au petit matin, expliquant à sa sœur qu’elle avait peut-être rencontré quelqu’un, mais ce n’était pas assez sérieux pour qu’elle le lui présentât. Sarah admirait Marie, bien plus libre et dévergondée qu’elle. Jamais elle n’oserait sortir avec un autre homme après sa rupture avec Simon. Et encore moins juste pour… faire l’amour.

« Bai-ser ! Est-ce que tu peux essayer de le dire rien qu’une fois, sœurette ? »

Marie s’était créé un personnage de femme moderne, libérée, la trentaine assumée, avec ses armes à séduction massive. Sarah, elle, restait dans le modèle de leur mère, vieux jeu, catholique pratiquante, la femme d’un seul homme qu’elle n’arrivait pas à oublier : Simon.

Seulement, la relation avec son ex-beau-frère allait très vite décevoir Marie.

Si le poète-musicien connaissait sur le bout des doigts sa grammaire et ses gammes, elle ne pouvait pas en dire autant sur le plaisir des femmes. Certes, plus sensible et rieur que Mathias, elle avait malheureusement retrouvé en lui le côté routinier de son ex-mari à, ses débuts, avant leur explosive relation extra-conjugale. Cela venait sans doute de leur éducation bourgeoise très stricte. Sauf que l’un des Gaspard s’était émancipé, pas l’autre.

Au bout de quelques temps, Marie espaça ses rendez-vous avec Simon.
Ils parlaient plus qu’ils ne baisaient. Leurs ébats se réduisaient à peau de chagrin, par manque de créativité dont souffraient déjà ses écrits, aussi plats.
Jusqu’au jour où il lui suggéra de vivre ensemble.

« Il faudra bien un jour le dire à Sarah. »

Marie tomba des nues en se rhabillant.

« Tu n’es pas sérieux, Simon ! … Jamais je ne pourrais lui faire ça.
Passe-moi mon soutien-gorge, là sous ton pantalon ! »

Elle flaira à nouveau le danger, le même que ce jour où Mathias, à l’hôtel, lui avait annoncée qu’il voulait quitter sa femme pour elle. Cette fois, il lui fallait agir, et vite.

Le destin allait lui en donnait l’occasion.


6ème épisode…

Marie dorait au soleil sur la terrasse, dans sa villa de Jouy-en-Josas, quand Sarah débarqua. Elle semblait contrariée.

« J’ai déjeuné avec Mathias, ce midi. »

Depuis qu’elle avait emménagé dans la banlieue parisienne, l’institutrice avait fait prolonger son arrêt maladie (pour surmenage) jusqu’à la rentrée prochaine où l’attendait sa nouvelle affectation dans une école maternelle à Bièvres. Après une période sombre où elle ne quittait quasiment pas son lit, elle s’était ressaisie, passant ses journées dans le parc de Versailles et les musées de Paris. Marie, prise par ses escapades nocturnes chez Simon, ne la voyait pratiquement plus.

« Ah ? … et vous vous voyez souvent ? »

Il y avait comme une pointe de jalousie dans le ton de Marie qui les surprit, autant l’une que l’autre. Sarah ôta aussitôt sa sœur du moindre doute.

« Oh non ! c’était la première fois. Comme j’en avais marre de ses sms et ses coups de fil, j’ai voulu mettre les points sur les i.
– Et alors ?
– Bah voilà, c’est fait. Je lui ai dit que je n’avais aucune attirance pour lui. Bien au contraire… Il s’est vexé puis fâché.
– Tiens donc ! »

Marie éprouvait une satisfaction intérieure à retrouver le mauvais caractère de son mari. Du plaisir aussi, à repenser à l’autre en lui. Sarah poursuivit.

« Je lui ai dit que si ce qu’il t’avait fait ne me regardait pas, cela avait fini par détruire nos deux familles. Là, il s’est emporté.
– Ah !
– Mais ce n’est pas le plus grave.
– …
– Il m’a dit cette chose terrible.
– Quoi donc ?
– Que c’était bien toi à l’hôtel !
– Il… il t’a dit ça ? »

Marie ne put se retenir de sourire. Tout son corps en elle semblait vouloir répondre d’une seule voix : « et comment ! ». Mais elle se tut et laissa sa sœur terminer.

« Oui, il m’a raconté comment il s’était mépris au début, pensant que j’étais venue à son rendez-vous. Jusqu’au jour où il a découvert la vérité qui l’a poussé à demander le divorce.
– Il t’a vraiment dit ça ?
– Au début, je ne l’ai pas cru. Et puis, il m’a dit :
« quelle autre explication, Sarah ? Réfléchis ! »
– Et tu le crois maintenant, c’est ça ?

– Quelle autre explication, Marie ? »

Marie n’avait pas le cœur à fomenter ses mensonges. Elle décida de tout dire. À sa façon.
Oui, elle avait pensé que Simon serait venu ce premier jour. Oui, elle s’était rendue compte que ce n’était pas lui, mais Mathias. Oui, elle avait maintenu la relation parce que ce n’était pas le mari qu’elle côtoyait tous les jours.

« Si tu savais, Sarah, c’était comme un autre homme dans le même corps.
Un amant exceptionnel, formidable, attentionné, sensuel, expert en la matière. Il se transcendait parce qu’il était amoureux… De toi, je le sais, mais c’était moi qu’il baisait, avec une fougue, une force et une tendresse à la fois. C’était exquis, je n’ai pu m’en passer après, égoïstement… Tu m’connais, c’est comme avec le chocolat…
– Tais-toi ! … Tu m’écœures !
– Non, Sarah, il s’agit de cul oui, mais d’amour aussi.
Celui qu’il te portait comme celui que je pensais avoir pour Simon.
C’est l’amour qui a créé l’étincelle, le reste s’est consumé à petits feux, une fois par semaine, dans cette chambre d’hôtel, on était heureux…
– …
– Jusqu’à ce que ses sentiments découvrent la tromperie. Argh ! …
Pourquoi un homme ne peut-il pas aimer juste avec son cœur et ses sens plutôt qu’avec sa tête et ses obsessions ? »

Sarah était partagée entre le dégoût que lui suscitaient les propos de sa sœur et l’admiration qu’elle lui vouait.

«  Pardonne-moi, dit-elle, c’est toi qui as raison. J’crois au fond que j’t’envie.
– De quoi ? … j’ai tout perdu !
– D’être toi, d’avoir vécu tout ça… j’en suis si éloignée… »

Les deux sœurs s’étreignirent, quand les enfants surgirent de nulle part.

« On veut goûter ! … On veut goûter ! »

Le soir même Marie eut une idée, aussi simple que géniale.

« Et si on récupérait nos maris en leur offrant ce qu’ils veulent ?
– Quoi ?
– Les sœurs de leurs femmes ! »

Simon voulait Marie qui désirait Mathias.
Mathias désirait Sarah qui ne voulait que Simon.

«  Tu veux dire que je me fasse passer pour toi et toi pour moi ?
– Tu vois, quand tu veux, tu comprends vite, sœurette.
– Quel plan as-tu derrière la tête ?
– Il faut parvenir à les garder dans une relation secrète aussi longtemps que l’on pourra car une fois satisfaits, leur instinct mâle les poussera à nous séquestrer dans une relation conjugale normale.
– Et alors, ça ne me gênerait pas…
– Toi, peut-être, mais lui ne te le pardonnera pas dès que les enfants lui auront révélé que tu n’es pas moi.
– Tu as raison, que je suis bête ! Comment faire alors ?
– Comme font les hommes avec leurs maîtresses. Tu promets, un jour, bientôt, mais pour l’instant c’est trop douloureux, vous ne pouvez pas faire ça à ta sœur, son ex-femme ! elle ne s’en remettrait pas. Joue sur la culpabilité ! Ils tiennent des années comme ça…

On n’est pas plus connes qu’eux !

– C’est diabolique !
– Peut-être, mais ce n’est pas nous qui avons inventé ce jeu.
Demain, j’ai rendez-vous avec Simon. Vas-y, toi ! … et joue mon rôle à fond !
– Mais… je ne suis pas sûr de pouvoir.
– Fais un effort. Dévergonde-toi ! C’est le moment ou jamais.
Tu verras, tu redécouvriras ton homme…
Et tu auras l’occasion d’être comme tu m’enviais tout à l’heure.
– Et toi ?
– Je resterai là, après que tu auras envoyé un sms à Mathias, comme quoi tu l’attends, tu voudrais lui parler, t’excuser même, pourquoi pas ?
Je m’occupe du reste.
– Tu es folle, Marie… génialement folle !
– Tu te souviens du petit Quentin en quatrième B ?
– Oui…
– Ça a marché ou ça n’a pas marché ?
– Oh oui ! »

Quentin, son premier baiser, si elle s’en souvenait !

Marie avait toujours été le fil conducteur de la vie amoureuse de Sarah, depuis l’enfance, comme la grande sœur qu’elle était, avec ses quelques minutes d’avance.
N’était-ce pas elle qui l’avait présentée à Simon ?
Ce soir-là, Sarah admirait plus encore sa sœur.
Elle lui sauta au cou et l’étreignit si fort que Marie crut étouffer.

« Je t’aime je t’aime je t’aime !
– Hé ho ! doucement sœurette ! … gardes-en pour ton homme ! »

La vie reprit son cours,
le plus extra-conjugalement du monde.
Les enfants en gardes alternées,
les amants en rendez-vous planifiés.
Chez Simon, chaque mardi soir, pour la fausse Marie ;
À l’hôtel des Coquelicots, pour le sosie de Sarah,
le mercredi après-midi ;
Mais plus jamais l’hôtel Émile !
Quelques week-ends aussi, parfois prolongés,
à Florence, Barcelone,
Amsterdam, New York et Lisbonne.

Elles éprouvaient leurs amours autant que leurs amants, attentionnés, sensuels, experts en la matière, dans les chambres d’hôtels, les wagons couchettes, les plages désertes, les cabines d’essayage ou de téléphérique.

Deux ans de bonheur durant lesquels leurs maris leur étaient dévoués corps et âme.
À chaque fois, de retour à Jouy-en-Josas, elles se racontaient leurs voyages et leurs ébats. Elles en riaient, se testaient, se lançaient même des défis. Tout aurait pu continuer aussi parfaitement que la ressemblance de leurs traits, aussi implacablement que deux et deux font quatre. Seulement un jour…

***

Depuis leur sortie de l’hôtel des Coquelicots, Marie et Mathias ne parvenaient plus à se séparer, se bécotant sans cesse. Ils marchaient, enlacés sur le parvis de Notre-Dame, tels des amants de Doisneau. Le ciel de Paris était d’un bleu pur magnifique. Rien n’aurait pu gâcher cet instant, à part peut-être une météorite.

« Mamaaaan ! Papaaa ! »

Un fragment de voix claire et stridente venait d’embraser l’air.
En une fraction de seconde le monde sembla s’écrouler sous leurs pieds.
Comment Marie aurait-elle pu deviner que la sortie scolaire de leur fille Lana passerait par ce parvis, à cet instant-ci ? Mathias lâcha aussitôt la taille de Sarah, voyant Lana courir dans leur direction. Comme trois ans auparavant, le père s’apprêtait à expliquer la situation à sa fille, mais celle-ci le devança, se jetant dans les bras de Marie.

« Mamaaan ! C’est vrai alors, vous allez vous remettre ensemble ? »

Elle avait dit « maman ».


FIN

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Les liens qui se nouent…

The ties that bind… comme un clic en moi, dans mon ventre qui m’attache à la déferlante du bolide qui s’élance, là, sur scène, avec moi à son bord.

The ties that bind… comme un déclic en moi, dans mon cœur, relâchant une émotion forte qui ressemble à un sanglot dont je retiendrai toute larme.

The ties that bind… comme un cyclique émoi, dans tout mon être, chaque fois que ces notes retentissent à mes oreilles, comme une odeur d’enfance retrouvée que je croyais oubliée et qui remonte avec elle tous ces souvenirs qui m’enivrent d’une espèce de mélancolie.

Ces liens qui se nouent, qui sont nous, en nous… et que l’on ne saurait défaire dans nos entrailles comme des nœuds mouillés par nos larmes versées… de joies ou de tristesses infinies.

Oui mais encore…

The ties that bind… comme un clic en moi, je disais… Il aura suffit d’un roulement de batterie, du tintement de deux notes de guitares « Ta dain !!  … Ta dain !! » pour réveiller en moi cette toute première fois où j’ai passé la cassette dans mon magnétophone de cet album* extraordinaire qui restera pour beaucoup une référence.

Et pour cause, ces premières notes y étaient pour quelque chose, je l’ai compris seulement l’autre soir, ce jeudi 5 juillet 2012, à 20h59. Le Boss entame son deuxième concert à Paris Bercy pour une nuit mémorable, une prestation d’anthologie de 3h39 qui consacre ce qu’il est, un homme de cœur autant que de scène, généreux et heureux, en communion totale avec ceux qui l’aiment, avec ceux qu’il aime, son public et ses musiciens, 16 rien que ça, complétant le mythique E Street Band, un show extraordinaire pour la postérité de l’homme et de son œuvre, revisitée.

Un concert où il se livre comme jamais auparavant, juste et sincère dans la voix, enthousiaste et insouciant comme un gosse dont les élans et la fulgurance le poussent jusqu’à se fondre dans la foule et se laisser happer, porter par les vagues humaines en délire qui finiront par le refouler sur la plage électrique de sa scène.

Il ne faut pas seulement être fan pour être touché par ce phénomène. La performance est autant physique que musicale. Chaque détail de l’orchestration de ce show en mouvement est une pure merveille, les tambours, les cuivres, l’accordéon, les chœurs et le violon, autant d’ajustements qui contribuent à une harmonie encore plus totale de son groupe et de sa musique que l’on croyait déjà complète.

Chaque concert du Boss est différent, chaque morceau une nouvelle version propre à l’instant, en tient pour démonstration une setlist de 31 chansons dont 15 au moins  diffèrent de la veille, rien que ça !

Bruce Springsteen est passé dans ma vie, il y a vingt-cinq ans déjà, et jeudi soir je ne vous mentirai pas si je vous dis que j’ai eu cette sensation rare et sublime d’une première fois.

Tenth avenue freeze-out… comme un dernier tour sur scène, un dernier morceau en hommage à l’emblématique saxophoniste, Clarence Clemons décédé l’an dernier, et remplacé avec autant de brio que de symbole par son neveu dont la voix de son instrument durant la soirée nous ramenait sans cesse en mémoire l’imposante stature du Big Man que les écrans n’ont pas manqué de nous offrir en images quand la chanson s’est arrêtée, nette, sur sa célèbre phrase « and The Big Man joined the band ». Bruce, la guitare en bout de bras levé, est resté figé dans un silence musical couvert par l’ovation brouhahantesque du public qui lui rendait hommage. Et le morceau reprenait à l’endroit exact de l’interruption comme si le Boss avait appuyé sur la touche play, et d’en finir avec le marathon de son œuvre. Et quelle œuvre !

3h39, sans interruption, à enchaîner des morceaux les uns plus enlevés que les autres, jusqu’à ce « For you », seul au piano, et ce « Racing in the Street » qui n’en finissaient pas de nous émouvoir au plus profond de sa voix.

Et de demander au public au bout de trois heures, dans un français maîtrisé, « Fatiguéééé ? ». Et nous de lui crier à chaque fois « noooon ! » dans un mensonge jamais avoué. A terre, le Boss se relève et tend son harmonica en signe d’épuisement, vers le premier rang. Je n’y étais pas… je n’y étais pas !

Cela restera mon seul regret qui nourrira encore cette même envie, restée intacte, d’y retourner en me promettant que cette fois on ne m’y reprendra plus… je serai au premier rang, l’harmonica dans la poche.

Si Bruce Springsteen n’était pas ici pour moi prétexte à écrire, alors je n’écrirais jamais. Je lui dois bien ça. Merci Boss pour ce grand moment !

* « The ties that bind » premier morceau du double album « The river » (1980)
 

Vous aussi, laissez parler vos émotions dans une de ces rubriques :
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Marie et femme (suite)

Petite fable de moeurs contemporaine… en six épisodes


reprendre au début >>                                                                                     3ème épisode…

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Au bout de quelques mois, Marie parvint à dissocier les deux hommes en Mathias.

Physiquement. Comme un troisième jumeau des frères Gaspard. Et comme il la prenait pour sa sœur, elle n’avait plus aucune honte, plus aucun tabou sur le plan sexuel. C’était l’extase totale. Suffisamment pour rendre fou un homme.

Et ce qui devait arriver arriva.

« Je veux quitter Marie pour vivre avec toi ! »

Marie était sur le cul. C’était le cas de le dire, la tête posée sur le postérieur de son amant de mari, renfilant la culotte de dentelle qu’elle venait de s’offrir pour l’occasion tandis que Mathias, allongé sur le côté et lui tournant le dos, se rongeait les sangs des pensées qui le submergeaient. Marie bondit hors du lit, finissant de remonter le bas de ses dessous.

« Tu n’es pas sérieux, Mathias ! Passe-moi mon soutien-gorge sur la table ! »

Cette voix, ce ton sec, c’était incroyable.
Comme si Marie venait de se glisser dans le corps de Sarah.
Elles se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, certes… Mais là !
Il aurait juré que c’était elle. Marie s’en rendit compte et se ressaisit aussitôt.
Elle changea de ton et de petit nom pour son Roméo.

« Mon amour, c’est si soudain…
Oh, comme j’aimerais aussi pouvoir être avec toi chaque jour,
jusqu’au petit matin. Ce n’est pas si simple ! »

Puis elle l’embrassa dans le cou tout en étendant son bras pour attraper son haut de dessous pendu sur la lampe de chevet. Mathias fut rassuré. Il prit Sarah, qui n’était pas Sarah, dans ses bras, pensant à Marie à qui il croyait faire du mal alors que celle-ci, dans les bras de son amant, tentait d’oublier que cet homme qui lui faisait tant de bien n’était autre que son mari.

Les jours suivants, Mathias avait du mal à regarder Marie en face. Si elle n’avait pas été complice de son secret, elle l’aurait aussitôt soupçonné de la tromper avec une autre.
Ils ne faisaient plus l’amour en dehors de leur liaison adultère.
Mathias n’était pas tranquille, il ne supportait plus d’être à la maison.
Il appelait Sarah sur son portable, lui envoyait des sms et des mails alors qu’elle le lui avait formellement interdit à l’hôtel. Il ne supportait pas qu’elle ne lui réponde pas.
Marie voyait bien que la situation ne pouvait plus durer ainsi, son mari allait péter les plombs et lui annoncer l’absurde. Mais que faire ?

Elle risquait peut-être bien de perdre les deux.

Arrivèrent alors les grandes vacances.
Une semaine dans la maison de campagne des Gaspard, un manoir du dix-neuvième à Veules-les-Roses en Haute-Normandie. Tous ensemble.
Mathias avait insisté pour maintenir cette semaine commune avec sa belle-sœur.
Marie ne put faire autrement, les enfants réclamant à cœur et à cris leurs cousins.
Les premiers jours, Sarah fuyait Mathias qui continuait de la harceler.

« Pourquoi m’évites-tu ?
– Je te l’ai déjà dit, Mathias !
– Je ne te comprends pas. Tu es si différente à l’hôtel.
– C’est moi qui ne te comprends pas.
Cesse s’il te plaît avec ce délire d’hôtel, une bonne fois pour toutes !
Ou je dis tout à Simon… et à Marie !
– On dirait que tu joues avec moi, là…
Ou je ne sais pas, peut-être tu n’assumes pas.
– Stop, Mathias ! … Je regrette de t’avoir émoustillé. Je n’aurais pas dû.
Mais j’ai toujours été claire. J’aime Simon et je n’ai pas l’intention de le tromper. Alors, laisse-moi tranquille s’il te plait !
– Tu appelles ça, m’émoustiller ??? Mais…
– STOP ! »

La situation se compliquait. Marie tentait de l’ignorer. Elle s’occupait des enfants, des courses et des repas, attendant patiemment que la semaine et les vacances arrivent à leurs termes, qu’elle retrouve enfin une vie extra-conjugale normale.

Quand le jeudi matin, des circonstances inattendues allaient chambouler leur train-train quotidien. Marie avait prévu d’aller au marché. Lorsque Mathias se leva, il la vit par la fenêtre discuter avec Simon qui revenait de son footing. Il les observa et comprit que son frère se proposait de l’accompagner. Ce dernier affectionnait ces lieux de brassage de braves gens et de bons verbes d’où il puisait ses brèves de marché qu’il notait dans un carnet. Ils empruntèrent à pied le chemin qui menait au village et disparurent au loin. Mathias sauta aussitôt de son lit, une idée en tête. Il passa devant la chambre de Sarah en foutoir, mais vide. Elle était donc levée. En passant devant la salle de bains, il s’aperçut que la porte était entrouverte. Après un moment d’hésitation il la poussa et reconnut le dos parfait de sa maîtresse. Il avança. Sarah blêmit sans oser bouger. Il l’enlaça par-derrière et l’embrassa dans le cou. Elle frémit avec un léger soupir qui invita l’amant à poursuivre son élan, à sa grande surprise. Elle ne le repoussait plus. Il ne la comprenait décidément pas.

« Ah, les femmes ! » pensa-t-il.

Elle se retourna, elle était nue, plus belle et désirable encore qu’à l’hôtel.

Il la connaissait par cœur.

La suite fut une répétition supplémentaire de leur récital amoureux. Vingt minutes d’ébats torrides qui les laissèrent en sueur sur le tapis de la salle de bains. Quand ils reprirent leurs esprits, enchevêtrés l’un sur l’autre, quelle ne fut pas leur surprise de voir la petite Lana, du haut de ses cinq ans, les yeux écarquillés, tenant son doudou dans une main et suçant son pouce de l’autre. Mathias, le premier gêné devant sa fille, prit une grande serviette et couvrit ce qu’il put des parties impudiques des deux adultes.

« Lana, sors de cette salle de bain, s’il te plaît !
Je … Ce n’est pas… Retourne dans ta chambre !
Je ne t’ai pas autorisée à te lever… »

Mathias afficha son autorité à défaut d’une explication.
Lana baissa la tête et s’approcha de Sarah en se dodelinant avec malice.

« Maman, je peux m’lever, chi’te-plaît ?…
Tu m’as dit que tu m’amèn’ras au ma’ché. »

La mère se leva, embrassa sa fille, enfila un peignoir et conduit la fillette hors du lieu du crime. Elle ferma la porte laissant Mathias seul face à sa stupéfaction.

Elle avait dit « maman ».


4ème épisode…

Toujours leurs enfants les avaient reconnus au premier coup d’œil, sans se tromper.

Sarah ne pouvait donc pas être Sarah.

Mathias venait de réaliser l’énormité de ce qui lui arrivait.
Les deux jours suivants, il n’adressa plus la parole à Marie tandis que Sarah et Simon roucoulaient tels des inséparables (les oiseaux), perchés sur leur fidélité.
Quand le dernier soir, dans la chambre du couple libertin, l’orage finit par éclater :

« Tu m’as trompé ! »

Le réquisitoire était absurde, en effet.
Mais Mathias n’en démordait pas. Si sa femme était devenue sa maîtresse c’était parce qu’au départ elle pensait retrouver son frère. La réciprocité de cet argument irréfutable ne le préoccupa guère. Une hypocrisie typiquement masculine. Tout comme le constat d’une réalité qui disculpait tout le monde ne lui suffisait pas.

« Mais puisque c’était moi ! »

C’était là le vrai problème de Mathias. C’était elle et pas Sarah.
Elle incarnait son propre échec amoureux, une usurpation sentimentale. Il la haïssait plus que tout, alors que jusque-là il lui reconnaissait avec compassion les rôles d’épouse et de mère parfaites. Il préférait vivre seul qu’à côté de cette double traîtresse.

« Je veux divorcer. Et le plus tôt sera le mieux. »

Il était décidé, Marie défaite.
Elle n’avait pas d’autre choix que de répondre favorablement à sa requête.
Quand ils rentrèrent à Jouy-en-Josas, elle demanda quelques jours de réflexion.
Deux semaines plus tard, elle posa ses conditions.

« C’est moi qui en fait la demande… Pour adultère, sinon je ne signe pas !
– Pourquoi ? s’étonna Mathias.
– Pour mon honneur de mère et d’épouse. Après tout, je ne t’ai pas trompé.
– Mais moi non plus !
– Alors ne divorçons pas.
– Je ne peux plus vivre à côté de toi, après ça !
– C’est à prendre ou à laisser. Tu acceptes ou je ne signe pas ! »

Mathias accepta et les papiers administratifs furent remplis en quelques heures.
Marie décida d’annoncer elle-même la nouvelle à sa sœur.

« Mais avec qui ?
– Je ne sais pas et je ne veux pas le savoir !
répondit la fausse femme trompée, en pleurs.
– Je le trouvais bizarre aussi ces derniers temps.
– Comment ça ?
– Enfin… Je ne sais pas si je devrais te le dire, mais…
– Quoi ? insista Marie, feignant de ne pas savoir.
– Il m’a fait des avances… Il était plutôt lourd même !
– Ah bon ? … Quelle ordure !
– Mais j’ai refusé, je t’assure.
Il m’a donné rendez-vous une fois à l’hôtel Émile.
Je n’y suis pas allée… Tu me crois, j’espère ?
– L’hôtel Émile ? C’était donc là qu’il l’emmenait… »

Marie pleurait sans forcer car elle était réellement affectée par sa situation.
Sarah était navrée pour sa sœur. Elle en parla aussitôt à Simon.
Celui-ci restait embarrassé. Sans donner raison à son frère, il trouvait l’affliction de sa belle-sœur un peu exagérée après les avances qu’elle lui avait faites.
Seulement il ne pouvait en parler à Sarah sans lui-même se compromettre.
Et ne l’avait-il pas embrassée le premier ?

Un jour qu’il déjeunait avec Mathias, dans son restaurant, il tenta de comprendre ce qui avait poussé son frère à tromper Marie. Mais ce dernier ne pouvait lui avouer la vérité.

« Je ne veux pas en parler, Simon. C’est terminé.
Ce n’était qu’une aventure sans lendemain.
– Je la connais, au moins ?
– …
– …
– Excuse-moi, j’ai ma compta à terminer. »

Mathias laissa son frère sans réponse seul devant son café.
Le silence qui avait suivi sa question intrigua l’écrivain. Et s’il la connaissait ?
Simon se souvenait de l’hôtel Émile, au temps où les deux frères y rabattaient leurs conquêtes de boîtes de nuit qu’ils se partageaient à leur insu. Mathias n’avait alors jamais eu de secret pour lui sur sa vie sentimentale. Il s’y rendit le lendemain par curiosité.
L’hôtel avait bien changé, totalement refait.
Lorsqu’il entra, le réceptionniste le reconnut d’emblée.

« Cela faisait longtemps, monsieur Gaspard !

– Je suis désolé, répondit Simon,
je pense que vous me prenez pour mon frère jumeau.
– Ah ! … Et vous désirez une chambre ?
– En fait, heu… Non… Je… Disons que… Enfin voilà. Mon frère est mourant…
Il est dans le coma !
– Oh !
– Oui, c’est effroyable. Un accident de la route…
– Et… que puis je faire pour vous ?
– Voilà, c’est assez délicat. Je sais qu’il voyait une personne ici en cachette.
Malheureusement je ne la connais pas. Je sais qu’il tenait beaucoup à elle.
Alors si vous aviez quelque information, son nom ou quelque chose…
Hum… Cela… Heu, lui ferait plaisir je crois.
– Je vois. Je ne suis pas du genre à moucharder, mais comme vous êtes son frère tout craché… et dans ces circonstances, je veux bien vous aider.
Malheureusement, je ne connais pas le nom de cette dame.
– Peut-être, pouvez-vous me la décrire ?
– Ah ça oui ! … Mais j’ai mieux.
– Comment ça ?
– Notre caméra de vidéo-surveillance a dû les prendre à l’entrée.
Si vous revenez demain, je me charge de vous passer un extrait.
Avec les dates sur le registre, je devrais vous retrouver ça facilement.
– Je vous remercie infiniment ! »

Simon posa un billet de vingt euros sur le bureau du vieil homme et promit de repasser le lendemain à la même heure. Lorsqu’il s’y présenta à nouveau, il fut estomaqué de voir son frère accompagné d’une femme qui ne pouvait être que Sarah.

C’était donc ça que son frère lui cachait.

« Merci, j’en ai assez vu. »

En rentrant, à pied, Simon se remémorait ce jour où Marie était passée chez lui.
Peut-être se doutait-elle déjà de quelque chose.
C’était pourquoi elle cherchait une consolation. Mais oui !

« Pauvre Marie ! Pauvre con que je suis ! »

Simon avait jugé sa belle-sœur un peu trop vite. Une colère noire le submergea.
Il appela aussitôt un taxi et se rendit au restaurant de son frère, place des Vosges.
Il était onze heures, le premier service se mettait en place.

« Qu’est-ce qui t’amène ? … je croyais que… ».

Mathias n’eut pas le temps de finir sa phrase.
Simon y mit un poing final, en pleine figure.

« T’es qu’un salaud… Une ordure ! »

Mathias bascula en arrière sur le poids de son frère accroché à son col.
Il comprit vite de quoi il en retournait. Il n’eut pas le temps de lui expliquer.
Un second coup l’atteignit derrière l’oreille droite.

« Je ne veux plus te revoir. Tu as brisé mon couple et ma famille ! »

Simon quitta les lieux sans un autre mot, sous les yeux médusés du personnel.
Il était prêt maintenant à affronter les mensonges de son épouse, présumée coupable.

« Je sais tout !

Je suis allé à l’hôtel Émile.
Oui, je t’y ai vue sur la vidéo surveillance…
avec Mathias, bras dessus bras dessous !
Comment as-tu pu me faire ça ?
Tous ces mensonges, cette hypocrisie, à la maison, en Normandie !
Tais-toi ! Je ne veux pas t’entendre, j’en ai assez vu.
Tu n’as pas honte ? Sous mes yeux, ceux des enfants… Devant Dieu !
Et ta sœur ? As-tu si peu de considération pour elle ?
As-tu seulement de la dignité pour toi-même ?
Vous me dégoûtez, toi et mon frère ! »

Chaque phrase était comme un uppercut dans l’estomac de Sarah qui lui remontait en sanglots au fond de la gorge, étouffant chaque syllabe qu’elle tentait de prononcer.

« Comment pouvais-tu te regarder dans la glace chaque matin ?
Comment pouvais-tu m’embrasser chaque soir et me laisser te faire l’amour après vos ignominies à l’hôtel ?
– Je te juuure ! … »

Ces trois mots s’extirpèrent du cœur de Sarah comme des éclats de cristaux de leur amour qu’il venait de briser en petits morceaux. Trois mots qui hurlaient à l’injustice et clamaient une innocence évidente que Simon ne voulait pas voir. Elle aurait voulu qu’il voie, justement, dans ses yeux sa sincérité, qu’il la prenne dans ses bras et la rassure, qu’il comprenne son erreur et cherche à recoller les morceaux.

Seulement un homme jaloux se nourrit d’images qu’ils s’inventent,
dans un mauvais film qui tourne en boucle dans sa tête.

« Demain, nous irons à l’hôtel, et tu verras par toi-même ! » dit-il, claquant la porte d’entrée derrière lui avant de disparaître dans les rues de Paris le reste de la journée.


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