Le double, premières pages

Je réécris ma pièce « Le double » (souvenez-vous >>), sous la forme de roman, libéré des contraintes théâtrales qui ne me convenaient guère.

Cela recommence ainsi…

Un son de guitare qui craque comme une allumette. C’est l’intro de « Little wing » par Stevie Ray Vaughan. Le morceau s’enflamme tout doucement, quand, au troisième coup du batteur sur sa caisse claire, une voix au loin clame :

« Holà ! vos quinze sols ! »

Marc est seul dans sa loge. La pièce vient de commencer. Dans deux scènes, c’est à lui. Ce soir on joue la première de Cyrano, au théâtre du Gymnase, à Paris. C’est son premier grand rôle. Neuf mois qu’il répète, neuf mois qu’il s’y est préparé. Dans deux scènes, c’est à lui. Il enfonce un peu plus ses écouteurs et monte le volume à fond. La pression redescend, l’estomac se dessert. Mais une pensée occupe toujours son esprit.

Elle ne viendra pas. Il est déjà allé voir par deux fois, la loge au balcon est vide. Marc essaye de faire de même dans sa tête. Il inspire profondément, laissant infuser les trémolos de la guitare de Stevie dans tout son être. De son souffle émanent les premières notes du solo qu’il connaît par cœur, telles les volutes d’une dernière cigarette avant d’entrer en scène. La musique l’apaise et le transcende à la fois.

– La meilleure version qui soit !

Serge avait raison. Cette improvisation dépasse de loin toutes celles qu’il a pu entendre. Clapton, Santana, Satriani, Hendrix lui-même, n’ont jamais réussi à le faire vibrer autant que Stevie.

– Il tutoie les anges…
– Il ouvre les portes du paradis !
– Jimi a écrit un poème, Stevie en a fait une tragédie…

Serge et Marc étaient intarissables sur le sujet. Ils s’étaient bien trouvés ces deux-là, au théâtre de Ménilmontant, un soir de juillet. Marc y jouait « Le malade imaginaire ». Serge avait tellement été bluffé par la truculence de ce trentenaire qu’il s’était senti obligé de le féliciter à la sortie et lui offrir un verre. Depuis, ils ne se quittaient plus. Chacun avait trouvé en l’autre son alter ego, tels père et fils spirituels. L’improvisation, c’était leur crédo, chacun dans son domaine. Marc maniait le verbe, Serge la guitare électrique.

Cyrano scrute son image dans le miroir. Tout semble bien en place. Il reconnaît à peine celui qui se cache sous ce chapeau, derrière ce fond de teint. Des pensées sombres le submergent soudain. Tout n’est que déguisement, comédie. Sauf cette moustache, elle est bien à lui. Il en sourit, tout en la caressant, quand son regard s’arrête sur le milieu de sa figure. Ah ! ce nez…

Et si à ses yeux il était tout simplement laid ? Pire, sans intérêt. Et si cette comédie de Rostand n’était que le reflet de sa vie sentimentale ? Cette dernière pensée le tétanise. Il ne sourit plus, ne respire plus. Son effroi se fige dans le miroir, tandis que des éclats de voix se ruent dans le couloir.

« Je suis chevau-léger de la maison du roi ! – Vous ?
– Je ne paie pas ! – Mais… – Je suis mousquetaire.
– On ne commence qu’à deux heures, le parterre est vide.
Exerçons-nous au fleuret. »

Dans deux scènes, c’est à lui. Elle ne viendra pas. Il doit l’oublier et se reconcentrer. Cette pièce, toute sa vie il en a rêvé. Aujourd’hui, il a le premier rôle. Ce n’est pas le moment de tout gâcher. Juste parce qu’il y a Nicole. Exclusivement Nicole.

Mais tout ça, c’est la faute de Julien… et de Stevie Ray Vaughan. Marc se souvient.

***

Il y a six mois, au Blue Moon Café. Stevie était de la partie.

Serge, debout, sur une petite scène, mimait avec agilité le jeu de guitare du stratège sur sa Fender imaginaire. C’était comme ça tous les vendredis soir, le patron des lieux ouvrait sa scène à une battle de air guitar où de vieux gratteux frustrés s’affrontaient en se fondant au plus vrai de leurs idoles. C’était le nouveau défi de Serge, lui qui avait dû quitter son groupe à cause d’une dyslexie devenue fatale en concert. Depuis, il avait retrouvé ses sensations grâce à la air guitar.

Ce soir-là, il peaufinait ses gammes, sur Little Wing justement, en attendant d’ouvrir au public, une demi-heure plus tard. Marc se tenait debout, un demi à la main, accoudé au bar. Il était aux anges, se dodelinant de la tête aux hanches, les yeux mi fermés, lâchant par bribes des « c’est bon, ça ! », « ouais ! ». Quand Julien fit son entrée.

Julien, c’est son pote, son ami d’enfance. Inséparables, ils ont tout connu ensemble, les bringues, leur première cuite, et même leur dépucelage. Car pour les filles aussi ils se complétaient plutôt bien, Julien dénichant les coups, Marc les concluant avec son regard et son bagout, irrésistibles.

Julien, c’est un mètre soixante-douze, une bonne tête de moins que Marc, mais une tête bien faite, le cerveau quoi, celui qui a réussi dans l’unique métier aux études courtes qui payait bien à l’époque, l’Informatique. Marc, avec sa grosse voix, a toujours été son porte-parole, ses bras et ses jambes – tu penses donc je te suis –, celui qui enchaîne les galères et les petits boulots et se déchaîne le soir sur Molière aux cours d’impro.

Julien débarquait, l’air préoccupé, derrière ses yeux noirs. Il marchait comme un vieux, courbé dans son costume sombre, le crâne déjà dégarni, se traînant jusqu’au bar. Tout l’opposé de Marc, au gabarit élancé, jean baskets, pas sportif pour un sou, le dos droit et le port altier, le charme en plus, avec ses yeux noisette et ses cheveux bouclés roux.

Marc checka avec son pote, une tape paumes ouvertes, suivie d’une seconde, poings fermés. Julien n’avait vraiment pas l’air dans son assiette.

– Qu’est-ce qui t’arrive ? On dirait que Sophie débarque demain.

C’était pire. Elle lui demandait de descendre à Montpellier chez ses parents pour les quinze premiers jours de septembre. Et ce n’était pas tout. Elle avait réservé ensuite un hôtel, pour une semaine, à Florence.

– Tout ça, sans m’en parler, tu t’rends compte ?
– Hou !  C’est sérieux alors. Présentation des parents, et tout et tout. Ça ne fait que six mois. T’es sûr que tu veux la garder, celle-là ?
– Je n’vais pas rester célibataire toute ma vie, Marco !
– OK OK ! Ben, tout va bien alors. Pourquoi tu tires cette tronche ?
– Parce qu’on me propose une nouvelle mission qui démarre début septembre. Au Crédit de Paris, sur les Grands Boulevards. Je n’peux pas demander tout de suite trois semaines de vacances.

Non, bien sûr. Mais pour Sophie Julien était son propre patron, comme il avait toujours aimé s’en vanter devant elle. Les missions, il les choisissait, comme ses jours de congés. Seulement il avait beau être un consultant indépendant, il dépendait tout de même des missions qu’on voulait bien lui confier. Cela faisait huit mois que Julien était sans contrat et son compte en banque commençait à s’en faire ressentir.

– J’ai même demandé une avance à mes parents, pour te dire. Il me faut cette mission ou je suis dans la mouise.
– 
Ben, prends-la, qu’est-ce que tu veux que j’te dise !
– 
Si seulement. C’est pas si simple…
– 
Ça fait vingt ans qu’on s’connaît, et faut encore que j’t’arrange les coups. Tu lui expliques que c’est important pour ta boîte et puis c’est tout.
– 
Ouais, j’ai bien essayé mais ça n’a pas pris. Il ne s’agit que de trois semaines pour elle. Le monde peut s’arrêter de travailler.
– 
Comme elle !
– 
Elle est étudiante, j’te rappelle. Elle fait une thèse sur… heu… « les représentations sociales de la prématurité » ou un truc comme ça.
– 
C’est sa troisième ! Ça va un moment, les études. Elle va avoir trente et un ans.
– 
Et après ? Personne ne t’emmerde, toi, avec ton métier de comédien qui t’rapporte que dalle ou alors les allocations sociales qu’on veut bien t’accorder.
– 
Attends, mais… hé ! … T’es bien content d’avoir des spectacles à Paris, des festivals en province. Ça a un prix la culture, monsieur ! Et ce n’est pas avec ce que l’on prend à la sécu…
– OK… Stop ! On ne va pas remettre ça sur la table.

Entre les deux le ton montait souvent très vite. Surtout quand Julien attaquait Marc sur son statut d’intermittent du spectacle, ce dernier sortait aussitôt de ses gonds.

– N’empêche, moi je ne suis pas chez papa et maman à me dorer la pilule, le cul sur une dot.
– 
Putain, mais tu sais quoi d’Sophie, toi ? Oh, et puis tu fais chier, c’est pas l’sujet !
– OK, excuse-moi, dit Marc, en lui tapant amicalement sur l’épaule. Tu m’cherches aussi…
– Je suis dans la merde, se plaignit de nouveau Julien. La boîte intermédiaire attend ma réponse ce soir. En plus, elle a négocié une super tarification.
– Allez, tu bois quoi ? C’est la mienne, lui proposa Marc après avoir englouti cul sec un large fond de son verre de bière.
– J’en sais rien, mais ça va t’coûter cher… Hum, il me faudrait un truc pour me requinquer et avoir les idées claires.

Tandis que Julien regardait avec une moue dubitative les bouteilles d’alcool sur les étagères, Marc était intrigué par la dernière phrase de son pote.

– Quand tu dis une super tarification, heu… c’est combien, sans indiscrétion ?
– 
Oh ! … disons, net… ça fait pas loin de quatre cents euros dans ma poche.
– Quoi, par mois ? C’est pas bézef !
– Bah non, par jour, idiot.

Marc se mit à compter dans sa tête.

– Ça veut dire que tu toucheras huit milles euros ???
– 
Ouais…
– Mais tu leur fais quoi pour ce prix-là ? T’es trader ? … Tu leur fais gagner plein de thunes avec des programmes de ouf, c’est ça ?
– Rien de tout ça, répondit Julien, d’un air détaché. Moi, je me contente de recueillir le besoin du client pour le transmettre aux gars de l’informatique. C’est pas très sorcier. Tu mets du blabla dans un fichier Word, tu comptabilises le temps que tu y passes dans un fichier Excel et tu communiques le tout en réunion dans un Powerpoint. Le plus souvent tu fais un copié-collé du document précédent en changeant deux ou trois données. Basta ! J’te jure, parfois c’est déprimant, conclut-il avec un petit sourire.
– Tu t’fous de moi ? Je t’assure que je ne déprimerais pas à toucher huit milles euros pour remplir un fichier Word, moi !
– Bon d’accord, poursuivit Julien plus sérieusement, voyant l’air incrédule de son ami, souvent il faut mettre ses neurones à contribution, évidemment. Mais j’en connais qui ne s’en donnent même pas la peine. J’t’assure ! Tiens, je suis sûr que toi tu f’rais l’affaire… avec ton bagout et ta mine de labrador à qui c’est jamais la faute. Tu…

Tout d’un coup, Julien eut une illumination. Serge, revenu derrière le comptoir pour servir un autre demi à Marc, profita de cette interruption pour lui demander :

– Qu’est-ce que tu veux boire, Julien ?
– 
Moi ? Heu…

Le cerveau de l’informaticien fit une pause et chargea à nouveau le contenu des étagères. Il s’arrêta sur la première bouteille qui lui tapa dans l’œil.

– Je vais prendre un Jameson, tiens. Et sans glace, s’il te plaît.
– 
Je te mets un double ? lui demanda machinalement Serge.

Julien se tourna alors vers Marc avec un grand sourire.

– Un double, c’est exactement ça ! 

Marc sentait venir le piège. Derrière cette mine réjouie se cachait son lot d’emmerdes.

– Heu… ouais ?
– 
Tu connais Microsoft Office, toi ?
– Ouais, enfin… comme tout le monde. Pourquoi ? Tu… Attends là, tu ne penses pas… ?
– Et pourquoi pas ? Ça n’te dirait pas de gagner… disons, heu… quatre milles euros ?
– Tu veux dire… rien que pour moi ?
– Exact ! On fait moit’ moit’.
– Mais…
– Qu’est-ce que vous manigancez, les cocos ? intervint Serge en posant le verre de whisky sur le comptoir.
– J’lui propose un rôle en or, et pour une fois bien payé, lui répondit Julien. Quatre milles euros, Marco ! … Réfléchis ! C’est du pain béni.
– Bah… heu…
– Je me rancarde auprès du commercial. Je lui propose le CV en béton d’un gars de confiance, la main sur le cœur…
– Qui ? le coupa Marc, vexé. Je croyais que…
– Mais toi, abruti ! Je retouche mon CV avec les qualités et les expériences qui colleront pile poil à la mission, je mets ton nom et tes coordonnées, et le tour est joué.
– T’es malade ! Ça ne marchera jamais. Y a qu’à me regarder pour voir la supercherie.
– Il n’a pas tort, surenchérit Serge, en riant.
– Il ne sera pas très regardant, justement, poursuivit Julien. Ça devient urgent, je crois.
– T’es un GRAND malade !
– Reste l’entretien à passer. Et là… va falloir être bon mon coco ! dit Julien, cherchant à provoquer le comédien.
– L’entretien ? s’inquiéta Marc pour de bon.
– Ouais, la semaine prochaine, sans doute. T’inquiète, je vais t’briefer. Faudra juste que tu récites ton texte dans la peau d’un tueur. C’est dans tes cordes, non ?
– Sauf que les répliques d’en face ne seront pas dans le scénario. Bonjour l’impro !
– Et ça te pose un problème ? … T’adores ça !
– Il excelle même ! ajouta Serge. L’autre soir à Bastille, j’ai cru que ce n’était pas la même pièce que l’originale.
– Mais ça n’a rien à voir, rétorqua Marc pour calmer leurs ardeurs, c’est du théâtre. Je joue, je m’amuse là.
– T’inquiète, le rassura Julien, l’entretien sera un jeu de rôle encore plus facile pour toi. Les questions et les réponses sont toujours les mêmes.
– Non mais… t’es vraiment sérieux ?
– C’est juste pour un mois ou deux. Après je m’arrange pour revenir.
– Ça a l’air, confirma Serge en laissant les deux compères à leur drôle d’affaire. J’ouvre dans dix minutes, les gars. Je vais allumer la scène.
– Alors ? dit Julien, défiant son pote du regard.
– T’es un grand malade, lui répéta Marc, droit dans les yeux, comme pour lui signifier qu’il n’avait pas peur de son jeu.
– T’auras juste à enrober un peu, avec deux ou trois mots techniques et un air assuré, ça passera, crois-moi … les doigts dans le nez !

À ces mots Marc redressa la tête et bomba le torse, son égo en bandoulière.

– Alors si c’est dans le nez, je suis ton homme !

Puis saluant après avoir mimé d’ôter son chapeau, il ajouta :

– Cyrano-Savinien-Hercule de Bergerac !

Julien était excité par son idée fumeuse qui prenait forme dans sa tête. Elle n’était pas sans risque, il le savait, surtout avec Marc en première ligne.

– Ça tombe bien, il te faudra incarner un personnage avec du répondant. Mais bon, hum… n’en fais pas trop quand même !
– 
Quatre milles, tu dis ?

Marc leva son verre et à la manière d’un escrimeur qui porte un coup à sa cible, trinqua avec son ami, avant de conclure :

– Et qu’à la fin de l’envoi je touche ! 

Il se réjouit. Les verres tintèrent sur cette dernière tirade.

***

« Ding ! »

Un son de cloche. Ça va être à lui. La deuxième scène tire à sa fin.

« Pas de Cyrano — Pourtant…
— Ah ! je veux espérer qu’il n’a pas vu l’affiche !
— Commencez ! Commencez ! »

Marc tourne la tête, une autre vient de passer la porte de la loge. C’est Jacques.

– Marc, ça va être à toi !
– 
J’arrive, dit-il en retirant ses écouteurs.

Stevie Ray Vaughan a éteint sa guitare. Marc prend une profonde inspiration et retrouve Cyrano de l’autre côté du miroir, prêt à en entrer en scène.

[à suivre]

Envie de poursuivre ? 

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Étranges loyautés

Je me réveillai, la tête comme un rodéo.

Lové dans les pages d’un roman de William McIlvanney.
Étranges Loyautés.

Le frère de Jack Laidlaw est mort. Bouleversé, ce dernier entreprend une véritable quête à travers Glasgow afin de comprendre ce qui a pu se produire. Mais ce sont surtout les fantômes de son passé qu’il ressuscite ; rêves de jeunesse, espoirs déçus, amours perdues, et ces « étranges loyautés » qui poussent les hommes à trahir leurs idéaux et se renier.

Qu’est-ce qui s’est passé hier soir ?
Qu’avons nous fait pour en arriver là ?
 

Étrange débat, étranges candidats
Étrange violence, étrange France
Étrange parallèle.

Le vote utile. Au premier tour, c’était le leur. Eut-il été le mien que ça ne changeait rien.
Car utile était bien le mien pour changer ce qui les tourmente soudain.
Il avait au moins le souci de redonner un souffle à notre démocratie.
Et de faire en sorte qu’en 2022, nous ne nous adonnions plus à ce triste jeu.

« Derniers effluves de brume dans ma tête, ce matin », dirait Jack.

Je me réveillai, la tête comme un rodéo. Ainsi démarrait ce troisième volet des enquêtes de Laidlaw. Il est toujours douloureux de se distraire, non ? poursuivait l’auteur écossais.
Remarquez, la nuit dernière n’avait pas été vraiment une partie de plaisir, rien qu’une séance d’anesthésie au whisky. Dont les effets commençaient à se résorber. La douleur empirait. Comme toujours dans ces cas-là.

Hier soir la séance télévisée n’a pas été moins pitoyable. Triste spectacle, cirque grotesque sans clown, ni numéro professionnels. Deux gosses vidant leurs haine et vanité comme des bouteilles de mauvais whisky vendues par le supermarché médiatique, sans même se soucier qu’on les regardait dépraver la fonction qu’ils prétendent vouloir incarner.

Catriona et Elspeth firent leur entrée dans la pièce
comme un cocktail Molotov qui serait venu exploser au milieu de nous.

Les enfants faisaient ce que les enfants font si souvent : ils transformaient en jeu la banalité de l’instant… Comme pour tant de jeux d’enfants, personne, n’avait, semble-t-il, réussi à définir la règle qui déciderait de la fin de la partie.

Deux gosses. Et à L’Elysée, qui sera la nounou ?

Nu, je n’aimais guère le ventre qui se ramollissait… En compagnie, on s’arrange pour le rentrer toujours un peu plus en enfilant son corset de vanité. D’un côté.

Les femmes me sidèrent toujours par leur clairvoyance. Elles sont capables de faire un futur du présent, d’un simple baiser, une relation, d’un enlacement, un avenir. De l’autre. Telle l’exception qui confirmait la règle de McIlvanney tant elle est capable de faire un triste passé du futur, d’un simple sourire, un poison, d’un argument, un mensonge.

Ton frigo pourrait figurer dans une vitrine d’exposition. Y a foutre rien à l’intérieur.

Au bout de cinq minutes, j’ai éteint le frigo et suis allé chercher une limonade dans la télé, avant de me recoucher dans mon Laidlaw.

Pendant que je dégustais ma limonade au citron vert, j’entendis des voix indigènes chez lesquelles le riche brouet de mélanges variés se voyait mouliné au tamis de voyelles affectées pour n’être plus que la plus fine des lavasses.

La pièce était meublée avec un certain éclectisme plein de vulnérabilité.

Je débarquais au beau milieu d’une soirée, en habit de maturité, branlant du chef avec componction et suavité… quand

Lui.

Il s’appelait Harry et avait l’air aussi heureux qu’un réchabite à une dégustation de vins. Je me rappelai l’une des phrases empruntées par Scott aux citations de Gus McPhater : « Harry est à la conversation ce que le lumbago est à la danse. »

Il arrive parfois que des vérités intéressantes émergent du banal. Vous faites quelques remarques sans originalité et elles se transmuent de façon inexplicable en mot de passe, lesquels appellent un message qui comptera jusqu’à votre mort.

Elle.

Elle appartenait à cette nouvelle race de gens de Glasgow convaincus que la ville se résumait à un trajet en taxi entre un théâtre et un bar à vin. Traduit de l’écossais, cela donnerait : « Elle appartenait à cette nouvelle race de gens de fachos convaincus que le débat se résumait à du tragique entre théâtre et baratin. »

Le rire paraissait l’écho d’une autre époque.

Voyez cette manière incompréhensible dont ce qui a été se change en ce qui est aujourd’hui, ne survivant qu’en niant sa nature profonde, comme si la racine d’un chardon devait finir par donner naissance à une rose.

Quant aux animateurs.

On ne demande pas à Brahms de présenter les informations. 

Et pour finir… sans autre commentaire que votre appréciation.

Ma mémoire tenait dans un verre. Pourquoi est-ce que je bois ? Pour me souvenir.

La voix de ma mémoire résonna comme une abomination dans la bouche d’un infâme, dure et impitoyable, comme une bande sonore défilant au ralenti. 

La vie urbaine et les manques qu’elle entraîne, cette façon d’être tellement sophistiquée qu’elle rejette vite la nature des expériences des autres, de la plupart des autres, hors de sa propre vie, comme des déchets inutiles. Nos attitudes sont si désinvoltes, tellement sûres d’elles-mêmes, à ce point automatisées, que l’on en perd cette naïveté nécessaire qui fait l’acte de vivre. De cette manière on mange tout, on ne goûte rien.

Ceux qui aiment la vie prennent des risques,
ceux qui ne l’aiment pas prennent une assurance.

Mais cela ne comptait guère. La vie récompense ses amoureux fervents en les laissant se dépenser tout leur saoul. Ceux qui échouent à l’aimer, elle les autorise astucieusement à accroître de façon très précautionneuse leur propre petit magot de vide. Dans l’acte de vivre, on gagne en perdant gros, on perd en gagnant petit.

Unamuno dit quelque chose comme : lorsqu’un homme perd la conception de sa propre continuité, il est fichu. Il a le cul qui pend par la fenêtre. Désolé Miguel, si je ne te cite pas très exactement.

L’ampleur de la souffrance était l’ampleur même du rêve qu’il se déniait lui-même.

C’est toujours quand on croit être mort
que la vie vient vous chatouiller les pieds.

À tous ceux qui préservent une franche loyauté, envers eux-mêmes, leurs rêves et leurs idéaux.
À William McIlvanney*, écrivain humaniste écossais… et à Jack Laidlaw.
(*) À lire aussi, cet article de Télérama (1999) : « Glasgow la déglingue » >>
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Je suis écrivain…

Ce n’est pas facile à dire.

Je suis écrivain, au fond qu’est-ce que ça veut dire ?

Jouons un peu, si vous le voulez bien…

L’écrivain, c’est celui qui écrit et qui est publié (ou juste lu). Point.

A ne pas confondre avec*…

L’écriveur, c’est celui qui écrit, c’est tout.
Il écrit sur tout mais surtout il écrit.

L’écrivant, c’est celui qui écrit et qui s’inscrit dans son récit.
Il écrit par chemins de traverse.

L’écriviste, c’est celui qui écrit et le revendique.
Il pratique l’écrivisme, écrire la bonne parole.

L’écrivier, c’est celui qui écrit pour sa culture.
Il sème l’inspiration et récolte un récit par saison.

L’écrivole, c’est celui qui écrit par distraction.
Il écrit pour le plaisir puis jette à la poubelle.

L’écrivaire, c’est celui qui écrit par décret
dans le but d’assigner autrui, de régir le monde.

L’écrivasse, (subst. féminin, péjoratif), c’est celle qui écrit vulgairement.
Peut être associé à toute forme de « langue de pute ».

L’écrivure (son homologue masculin) ne vaut pas mieux,
inutile que je vous fasse un dessin.

L’écrivette, c’est celui qui écrit pour… pour quoi déjà ?

 

Amusez-vous à inventer le type d’écrivain-veur-vier que vous êtes ou que vous imaginez…

(*) bien entendu tous ces mots et définitions sont issus de mon imagination.
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Des Bleus à la belle étoile

D’écrits vains à écrivain, il n’y a qu’un pas…

et je viens de le franchir !

Une aubaine, la Coupe du monde de rugby, une rencontre, et nous voilà partis les Editions Salto et moi pour un coup, notre première fois, pour une belle aventure de publication, tels des bleus cherchant à décrocher nous aussi une belle étoile…

Le livre sort le 19 septembre…

Et le bébé ressemble à ça :

CouvertureJuillet 2015, les Bleus se préparent pour la huitième Coupe du monde de rugby. L’impensable se produit. Les joueurs de l’équipe de France, les entraîneurs et le chauffeur du bus disparaissent. Sans laisser de traces.
Mais où est passée la huitième sélection ? Qui a fait le coup ? Y aura-t-il une équipe pour représenter la France lors de cette compétition ? L’aventure des Bleus, en marche pour la Coupe du monde de rugby, comme vous ne l’auriez jamais imaginée.
Des chèvres les Coqs de Saint-André ? Vous ne pensiez pas si bien dire. Un thriller jubilatoire, une évasion littéraire pleine de rebondissements et d’humour…

Pour l’acheter, c’est par là >> 

 Suivez sa sortie sur la page Facebook dédiée ici >>
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Le double…

C’est son nom !

Ca y est ! Elle a pris forme ma pièce de théâtre, en dix scènes, environ une heure trente, pour tenter de faire rire et de surprendre un public qui ne peut exister que si je lui trouve un metteur en scène et des planches*…

(*) un peu plus de quatre si possible, je ne voudrais pas l’enterrer trop vite !

Telle est ma quête désormais avant de penser à la publier.

Alors si vous connaissez des metteurs en scène professionnels ou amateurs, n’hésitez pas à leur faire suivre cet article pour prendre connaissance du sujet que j’ai résumé ainsi :

Et vous, vous en pensez quoi ? … Vos avis et conseils m’intéressent !

 

 Bientôt, sur ce blog des extraits…
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Allô Papa Hebdo Charlie…

Ne nous abandonnez pas comme on vous a laissé bien seul trop longtemps,

Mercredi je serai-là, et le suivant… et le suivant !

Comme cet air qui me vient …
une parodie en clin d’oeil à un journal qui doit retrouver les kiosques.

Allô Papa Hebdo Charlie
Allô Papa Hebdo Charlie
Répondez, nous vous cherchons
Allô Papa Hebdo Charlie
Allô Papa Hebdo Charlie
Vous nous publierez bien sûr
Encore vos caricatures !

Je soutiens Charlie Hebdo, le journal.
Et pour que l’on n’oublie jamais, chaque semaine après l’avoir lu, je le laisserai sur un banc ou un siège de métro, bien en évidence au dessus des gratuits « vingt-minutes » ou « Métro ».
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Live Unblogged !

Débranchez le jack de votre écriture

et laissez exprimer le son acoustique de sa gratte sur le papier !

On n’est pas bien là, face à la mer, en haut de cette montagne, à la fraîche, déconnecté du net, le crayon à la main, on grattera quand on aura envie de gratter… ou encore au bord de ce ruisseau qui chante et que mon écriture accompagne ?

Ecoutez ce son roots de l’écriture !

Le Café de la page blanche ferme ses posts momentanément, le temps d’un projet d’écriture. Il reviendra dans quelques temps, autrement… (j’y réfléchis) mais toujours avec la même idée de partager ce plaisir d’écrire.
Vous pouvez continuer à surfer sur les pages du blog et laisser des commentaires si l’envie vous prend.

Mais n’oubliez pas de débrancher de temps en temps ! 😉

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