Bas les masques !

Episode 13, saison 1                                                   Episode précédent >>

Mathilde, mariée, 29 ans, dévouée à son mari, nostalgique de ce jour merveilleux de septembre 2002, déjà 10 ans !
Sandrine, célibataire, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, rien à foutre, pas croyante, le mariage très peu pour elle, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup… ou deux.
Catherine, célibataire, collègue de Mathilde, 38 ans, à fond sur Meetic, veut fonder une famille, elle approche de l’âge critique, rêve d’un mariage en grand avec une robe blanche…
Laetitia, divorcée, patronne de Mathilde, 2 enfants, la quarantaine, terminé les mecs qui ne s’assument pas, veut profiter des bonnes choses, voyager et rencontrer du monde, se lancer dans un nouveau projet…
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis 5 ans, habitée par le deuil, les hommes, le mariage, c’est derrière elle…

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« Elle êst avec môî … euh, è côn mê ! »

Paul raclait sa nouvelle voix du fond de sa gorge, planqué derrière des lunettes noires sous un costume d’une grande classe dont la grandeur pouvait se mesurer à la liasse de billets bien posée en évidence au dessus du comptoir de la réception, comme le lui avait fait répéter Laetitia à Milan.

« Si ! … pas de peloblème, mossieu Teixier. Por oune nouit or plous ? » demande le réceptionniste expérimenté en aventures extra-conjugales, inspectant avec une discrétion toute italienne à attraper un torticolis la silhouette délectable de la femme fatale qui l’accompagnait.

« Ûne, mêrcî ! » lâche Paul reprenant sa carte d’identité et se dirigeant vers l’escalier avec le badge d’accès à la chambre dans les mains.

« Hé ! Votele monnaie ! » lance l’employé agitant un billet de cinquante euros dans sa main.

Paul se retourne et répond par un de ces clins d’yeux à la complicité bien masculine.

« Oh grazie !  Chambre vingte houite, doxième itage, bonne souarée mossieu Teixier ! » sourit l’hôtelier désormais redevable, bouche béante devant la poitrine gonflée de Catherine  qui  lui répond du bout des lèvres, aussi rouges que sa robe, dans une moue à la Marylin dont la sensualité n’en finissait pas de faire tourner la tête au poisson italien bien ferré à l’hameçon.

Il était clair pour les filles que la cible n’avait aucun visage dans son viseur mais des formes qui en invitaient certainement une autre dans son pantalon.

Et comme pour agrémenter plus encore le spectacle de cette montée affriolante, la main de Sandrine accompagne d’une caresse explicite le déhanchement appuyé de Cathy qui sursaute avec un petit cri d’offuscation, cette fois non simulé : « Ho ! »

La mission semblait s’accomplir à la perfection. Sauf que pendant ce temps-là…

L’ambiance est tendue dans la voiture entre Laetitia, Joëlle et Mathilde. Personne n’a parlé durant tout le trajet. Les langues se délient. Mathilde veut rentrer et se dénoncer à la police.

L (se retournant et fixant Mathilde dans les yeux) : T’es sérieuse ?
M (les yeux rougis de colère) : T’es… IGNOBLE ! … Tu m’dégoutes !
J (affectée) : Mathilde, je t’en prie !
M (sans jeter un regard vers sa mère) : Laissez-moi, je veux sortir ! … (s’énervant, cherchant la poignée de la porte arrière) … Comment on sort de cette putain de boite à mazout ?

Laetitia ne tient plus. Elle sort la première et ouvre la portière derrière laquelle se trouve Mathilde qui prend peur. La chef extirpe sa collègue et amie du véhicule par le col, comme l’aurait fait un mec avec vigueur, et la plaque contre la voiture.

L (soulevant presque Mathilde) : Ecoute moi bien p’tite fille, on n’est pas venues jusqu’ici pour profiter des canaux vénitien. Ca fait deux jours qu’on n’dort pas pour essayer de te sortir de ta propre merde parce que t’as pas été fichue de te débarrasser de ton sale con de mari autrement qu’en lui flanquant trois balles dans le ciboulot. Pendant ce temps-là, madame ferme les yeux tout le trajet et quand elle les rouvre c’est pour jouer les fontaines de Versailles et sa musique casse-couilles avec.

Mathilde tente de respirer plus qu’elle ne cherche à répondre.

L (serrant plus encore, l’air menaçant) : Alors je vais te dire une bonne chose, Mathilde, on a beau être à Venise, ton carnaval et ton masque de femme en deuil, soit tu les remballes, soit je me ferai un plaisir de vous aider à retrouver Paul. Alors ?

Mathilde redescend de quelques centimètres sur ses talons avant de tousser pour laisser passer plus d’air.

J (sortie et accourant vers sa fille) : Mais enfin Laetitia, t’y vas fort là ! … (enlaçant la chair de sa chair) … Mathilde, mon bébé !
M (repoussant sa mère et rentrant dans le 4×4) : Laisse-moi ! (les sanglots revenant au galop) … LAI-SSEZ-MOI !

L (toujours sur les nerfs) : ‘Tain, tu vas pas foutre en l’air mon plan !

Mathilde croyait entendre sa chef toujours à cheval sur son planning prévisionnel.

J (tentant de renouer le dialogue) : Je suis désolée Mathilde…
M (reniflant) : Hanc ! … de quoi ? … de m’humilier, hanc !… devant tout le monde ?
J : C’est pas ce que j’ai voulu. Je suis désolée que tu l’apprennes comme ça.
M : Tu parles, hanc ! … Se bécoter dans le moindre rec… hanc ! coin, t’en as rien à foutre de ce que je pense, hanc ! … ça m’dégoûte !
J : Tu ne peux pas dire ça. On n’a rien fait de mal. Laetitia a fait beaucoup pour toi depuis vendredi. Elle est exténuée. Elle avait juste besoin…
M (les pleurs laissant la place à nouveau à la colère) : Aaah ! … Tais-toi ! … tais-toi !
J : Souvent j’ai voulu t’en parler, mais tu étais si loin de tout ça, même hostile parfois.
M : Quand t’as essayé ?
J : Il y a sept ans déjà.
M : Sept ans ? … Sept ans que tu me caches ce mensonge, sept ans que t’es… une autre ! (elle s’arrête brusquement et reprend) … Mais, tu veux dire que c’était avant que papa…
J : A la mort de ton père j’ai voulu te parler, souviens-toi… Je t’ai dit que d’une certaine façon je l’avais tué.
M : Hein ? … Tu délirais, t’étais devenue… folle. C’était dur pour toutes les deux ! … Ca a été si subit…

Laetitia s’assoit à la place du conducteur.

« Ca pour être subit, c’était subit ! »

M (fronçant les sourcils devant son agresseur) : Qu’est-ce que tu veux dire ?
L (regardant Joëlle à la recherche d’un signe d’autorisation) : Je n’ai jamais connu une femme qui a autant fait abstraction d’elle-même et subir les pires humiliations pour faire bonne figure devant ses enfants.
J (suppliant) : S’il te plaît, Laetitia, ça fait trop de choses là…
M (le cœur à cent à l’heure) : Non, non… vous en avez trop dit là. Je veux savoir. Papa savait pour vous deux ?
J (hésitante) : Oui.
M (toujours avec dégoût) : Il vous a surpris, c’est ça ?
J : Non. Je lui ai dit un jour que je le quittais. Vous aviez vos vies désormais ton frère et toi. Cela faisait des années qu’il n’y avait rien entre nous. Je crois qu’il n’y a jamais rien eu vraiment. C’est mon psy qui me l’a fait comprendre. Quoiqu’au début, il était adorable. Je l’aimais d’une certaine façon. Je faisais de mon mieux en tout cas. Très vite, il est allé voir ailleurs. Cela me faisait mal. Mais aujourd’hui je sais que ma douleur venait d’ailleurs.
M : Ailleurs ?
J : Oui, ce refus en moi d’accepter qui j’étais vraiment. Mon psy et Laetitia m’ont beaucoup aidée à franchir le pas. Mais ce jour-là… (Joëlle fond en larmes les mains sur le visage)
M : Quoi ?

L : Pour certains il était hors de lui, l’alcool, il buvait beaucoup. Pour moi il a été lui-même dans ce qu’il avait de plus mauvais.

Mathilde écarquille des yeux d’horreur d’un drame à venir.

L : On a beau essayer se mettre à la place des hommes, on ne comprendra jamais ce qui leur passe par la tête parfois. Ce besoin de dominer, posséder, museler, anéantir ce qui leur échappe. La femme, l’amour en elle, pire encore, sa sensualité, son désir qui ne peuvent exister sans eux. Trois jours. (elle avale sa salive) … Trois jours qu’il l’a séquestrée, humiliée, dégradée, blessée, torturée pour se venger de ce qu’il n’avait pas su lui donner et qu’une femme, moi, avait rallumé dans ses yeux. Parce qu’on s’aimait de ce qu’il y a de plus beau dans l’amour, de plus pur et qui s’appelle l’évidence.

Laetitia sert Joëlle toute tremblante dans ses bras.

M (figée) : Maman… Papa n’est pas mort d’une crise cardiaque ?

Joëlle jette un regard vers sa fille qui ne dit ni oui ni non parce que oui parce que non.

L : Le quatrième jour, le whisky ne contenait pas que du houblon.

La saga « Mathilde se remarie ! » continue… cliquez ici pour la suite >> !

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2 commentaires pour Bas les masques !

  1. Zezette dit :

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  2. Tételle dit :

    Nouveau virage à 180°! (le 2ème…sans que l’on revienne à la case départ…quelle inspiration!)
    Mention spéciale pour la tirade décapante de Laetitia « qui soulève la pauv’ Mathilde »..J’adore!
    ENCORE!

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