Marie et femme (suite)

Petite fable de moeurs contemporaine… en six épisodes


reprendre au début >>                                                                                     3ème épisode…

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Au bout de quelques mois, Marie parvint à dissocier les deux hommes en Mathias.

Physiquement. Comme un troisième jumeau des frères Gaspard. Et comme il la prenait pour sa sœur, elle n’avait plus aucune honte, plus aucun tabou sur le plan sexuel. C’était l’extase totale. Suffisamment pour rendre fou un homme.

Et ce qui devait arriver arriva.

« Je veux quitter Marie pour vivre avec toi ! »

Marie était sur le cul. C’était le cas de le dire, la tête posée sur le postérieur de son amant de mari, renfilant la culotte de dentelle qu’elle venait de s’offrir pour l’occasion tandis que Mathias, allongé sur le côté et lui tournant le dos, se rongeait les sangs des pensées qui le submergeaient. Marie bondit hors du lit, finissant de remonter le bas de ses dessous.

« Tu n’es pas sérieux, Mathias ! Passe-moi mon soutien-gorge sur la table ! »

Cette voix, ce ton sec, c’était incroyable.
Comme si Marie venait de se glisser dans le corps de Sarah.
Elles se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, certes… Mais là !
Il aurait juré que c’était elle. Marie s’en rendit compte et se ressaisit aussitôt.
Elle changea de ton et de petit nom pour son Roméo.

« Mon amour, c’est si soudain…
Oh, comme j’aimerais aussi pouvoir être avec toi chaque jour,
jusqu’au petit matin. Ce n’est pas si simple ! »

Puis elle l’embrassa dans le cou tout en étendant son bras pour attraper son haut de dessous pendu sur la lampe de chevet. Mathias fut rassuré. Il prit Sarah, qui n’était pas Sarah, dans ses bras, pensant à Marie à qui il croyait faire du mal alors que celle-ci, dans les bras de son amant, tentait d’oublier que cet homme qui lui faisait tant de bien n’était autre que son mari.

Les jours suivants, Mathias avait du mal à regarder Marie en face. Si elle n’avait pas été complice de son secret, elle l’aurait aussitôt soupçonné de la tromper avec une autre.
Ils ne faisaient plus l’amour en dehors de leur liaison adultère.
Mathias n’était pas tranquille, il ne supportait plus d’être à la maison.
Il appelait Sarah sur son portable, lui envoyait des sms et des mails alors qu’elle le lui avait formellement interdit à l’hôtel. Il ne supportait pas qu’elle ne lui réponde pas.
Marie voyait bien que la situation ne pouvait plus durer ainsi, son mari allait péter les plombs et lui annoncer l’absurde. Mais que faire ?

Elle risquait peut-être bien de perdre les deux.

Arrivèrent alors les grandes vacances.
Une semaine dans la maison de campagne des Gaspard, un manoir du dix-neuvième à Veules-les-Roses en Haute-Normandie. Tous ensemble.
Mathias avait insisté pour maintenir cette semaine commune avec sa belle-sœur.
Marie ne put faire autrement, les enfants réclamant à cœur et à cris leurs cousins.
Les premiers jours, Sarah fuyait Mathias qui continuait de la harceler.

« Pourquoi m’évites-tu ?
– Je te l’ai déjà dit, Mathias !
– Je ne te comprends pas. Tu es si différente à l’hôtel.
– C’est moi qui ne te comprends pas.
Cesse s’il te plaît avec ce délire d’hôtel, une bonne fois pour toutes !
Ou je dis tout à Simon… et à Marie !
– On dirait que tu joues avec moi, là…
Ou je ne sais pas, peut-être tu n’assumes pas.
– Stop, Mathias ! … Je regrette de t’avoir émoustillé. Je n’aurais pas dû.
Mais j’ai toujours été claire. J’aime Simon et je n’ai pas l’intention de le tromper. Alors, laisse-moi tranquille s’il te plait !
– Tu appelles ça, m’émoustiller ??? Mais…
– STOP ! »

La situation se compliquait. Marie tentait de l’ignorer. Elle s’occupait des enfants, des courses et des repas, attendant patiemment que la semaine et les vacances arrivent à leurs termes, qu’elle retrouve enfin une vie extra-conjugale normale.

Quand le jeudi matin, des circonstances inattendues allaient chambouler leur train-train quotidien. Marie avait prévu d’aller au marché. Lorsque Mathias se leva, il la vit par la fenêtre discuter avec Simon qui revenait de son footing. Il les observa et comprit que son frère se proposait de l’accompagner. Ce dernier affectionnait ces lieux de brassage de braves gens et de bons verbes d’où il puisait ses brèves de marché qu’il notait dans un carnet. Ils empruntèrent à pied le chemin qui menait au village et disparurent au loin. Mathias sauta aussitôt de son lit, une idée en tête. Il passa devant la chambre de Sarah en foutoir, mais vide. Elle était donc levée. En passant devant la salle de bains, il s’aperçut que la porte était entrouverte. Après un moment d’hésitation il la poussa et reconnut le dos parfait de sa maîtresse. Il avança. Sarah blêmit sans oser bouger. Il l’enlaça par-derrière et l’embrassa dans le cou. Elle frémit avec un léger soupir qui invita l’amant à poursuivre son élan, à sa grande surprise. Elle ne le repoussait plus. Il ne la comprenait décidément pas.

« Ah, les femmes ! » pensa-t-il.

Elle se retourna, elle était nue, plus belle et désirable encore qu’à l’hôtel.

Il la connaissait par cœur.

La suite fut une répétition supplémentaire de leur récital amoureux. Vingt minutes d’ébats torrides qui les laissèrent en sueur sur le tapis de la salle de bains. Quand ils reprirent leurs esprits, enchevêtrés l’un sur l’autre, quelle ne fut pas leur surprise de voir la petite Lana, du haut de ses cinq ans, les yeux écarquillés, tenant son doudou dans une main et suçant son pouce de l’autre. Mathias, le premier gêné devant sa fille, prit une grande serviette et couvrit ce qu’il put des parties impudiques des deux adultes.

« Lana, sors de cette salle de bain, s’il te plaît !
Je … Ce n’est pas… Retourne dans ta chambre !
Je ne t’ai pas autorisée à te lever… »

Mathias afficha son autorité à défaut d’une explication.
Lana baissa la tête et s’approcha de Sarah en se dodelinant avec malice.

« Maman, je peux m’lever, chi’te-plaît ?…
Tu m’as dit que tu m’amèn’ras au ma’ché. »

La mère se leva, embrassa sa fille, enfila un peignoir et conduit la fillette hors du lieu du crime. Elle ferma la porte laissant Mathias seul face à sa stupéfaction.

Elle avait dit « maman ».


4ème épisode…

Toujours leurs enfants les avaient reconnus au premier coup d’œil, sans se tromper.

Sarah ne pouvait donc pas être Sarah.

Mathias venait de réaliser l’énormité de ce qui lui arrivait.
Les deux jours suivants, il n’adressa plus la parole à Marie tandis que Sarah et Simon roucoulaient tels des inséparables (les oiseaux), perchés sur leur fidélité.
Quand le dernier soir, dans la chambre du couple libertin, l’orage finit par éclater :

« Tu m’as trompé ! »

Le réquisitoire était absurde, en effet.
Mais Mathias n’en démordait pas. Si sa femme était devenue sa maîtresse c’était parce qu’au départ elle pensait retrouver son frère. La réciprocité de cet argument irréfutable ne le préoccupa guère. Une hypocrisie typiquement masculine. Tout comme le constat d’une réalité qui disculpait tout le monde ne lui suffisait pas.

« Mais puisque c’était moi ! »

C’était là le vrai problème de Mathias. C’était elle et pas Sarah.
Elle incarnait son propre échec amoureux, une usurpation sentimentale. Il la haïssait plus que tout, alors que jusque-là il lui reconnaissait avec compassion les rôles d’épouse et de mère parfaites. Il préférait vivre seul qu’à côté de cette double traîtresse.

« Je veux divorcer. Et le plus tôt sera le mieux. »

Il était décidé, Marie défaite.
Elle n’avait pas d’autre choix que de répondre favorablement à sa requête.
Quand ils rentrèrent à Jouy-en-Josas, elle demanda quelques jours de réflexion.
Deux semaines plus tard, elle posa ses conditions.

« C’est moi qui en fait la demande… Pour adultère, sinon je ne signe pas !
– Pourquoi ? s’étonna Mathias.
– Pour mon honneur de mère et d’épouse. Après tout, je ne t’ai pas trompé.
– Mais moi non plus !
– Alors ne divorçons pas.
– Je ne peux plus vivre à côté de toi, après ça !
– C’est à prendre ou à laisser. Tu acceptes ou je ne signe pas ! »

Mathias accepta et les papiers administratifs furent remplis en quelques heures.
Marie décida d’annoncer elle-même la nouvelle à sa sœur.

« Mais avec qui ?
– Je ne sais pas et je ne veux pas le savoir !
répondit la fausse femme trompée, en pleurs.
– Je le trouvais bizarre aussi ces derniers temps.
– Comment ça ?
– Enfin… Je ne sais pas si je devrais te le dire, mais…
– Quoi ? insista Marie, feignant de ne pas savoir.
– Il m’a fait des avances… Il était plutôt lourd même !
– Ah bon ? … Quelle ordure !
– Mais j’ai refusé, je t’assure.
Il m’a donné rendez-vous une fois à l’hôtel Émile.
Je n’y suis pas allée… Tu me crois, j’espère ?
– L’hôtel Émile ? C’était donc là qu’il l’emmenait… »

Marie pleurait sans forcer car elle était réellement affectée par sa situation.
Sarah était navrée pour sa sœur. Elle en parla aussitôt à Simon.
Celui-ci restait embarrassé. Sans donner raison à son frère, il trouvait l’affliction de sa belle-sœur un peu exagérée après les avances qu’elle lui avait faites.
Seulement il ne pouvait en parler à Sarah sans lui-même se compromettre.
Et ne l’avait-il pas embrassée le premier ?

Un jour qu’il déjeunait avec Mathias, dans son restaurant, il tenta de comprendre ce qui avait poussé son frère à tromper Marie. Mais ce dernier ne pouvait lui avouer la vérité.

« Je ne veux pas en parler, Simon. C’est terminé.
Ce n’était qu’une aventure sans lendemain.
– Je la connais, au moins ?
– …
– …
– Excuse-moi, j’ai ma compta à terminer. »

Mathias laissa son frère sans réponse seul devant son café.
Le silence qui avait suivi sa question intrigua l’écrivain. Et s’il la connaissait ?
Simon se souvenait de l’hôtel Émile, au temps où les deux frères y rabattaient leurs conquêtes de boîtes de nuit qu’ils se partageaient à leur insu. Mathias n’avait alors jamais eu de secret pour lui sur sa vie sentimentale. Il s’y rendit le lendemain par curiosité.
L’hôtel avait bien changé, totalement refait.
Lorsqu’il entra, le réceptionniste le reconnut d’emblée.

« Cela faisait longtemps, monsieur Gaspard !

– Je suis désolé, répondit Simon,
je pense que vous me prenez pour mon frère jumeau.
– Ah ! … Et vous désirez une chambre ?
– En fait, heu… Non… Je… Disons que… Enfin voilà. Mon frère est mourant…
Il est dans le coma !
– Oh !
– Oui, c’est effroyable. Un accident de la route…
– Et… que puis je faire pour vous ?
– Voilà, c’est assez délicat. Je sais qu’il voyait une personne ici en cachette.
Malheureusement je ne la connais pas. Je sais qu’il tenait beaucoup à elle.
Alors si vous aviez quelque information, son nom ou quelque chose…
Hum… Cela… Heu, lui ferait plaisir je crois.
– Je vois. Je ne suis pas du genre à moucharder, mais comme vous êtes son frère tout craché… et dans ces circonstances, je veux bien vous aider.
Malheureusement, je ne connais pas le nom de cette dame.
– Peut-être, pouvez-vous me la décrire ?
– Ah ça oui ! … Mais j’ai mieux.
– Comment ça ?
– Notre caméra de vidéo-surveillance a dû les prendre à l’entrée.
Si vous revenez demain, je me charge de vous passer un extrait.
Avec les dates sur le registre, je devrais vous retrouver ça facilement.
– Je vous remercie infiniment ! »

Simon posa un billet de vingt euros sur le bureau du vieil homme et promit de repasser le lendemain à la même heure. Lorsqu’il s’y présenta à nouveau, il fut estomaqué de voir son frère accompagné d’une femme qui ne pouvait être que Sarah.

C’était donc ça que son frère lui cachait.

« Merci, j’en ai assez vu. »

En rentrant, à pied, Simon se remémorait ce jour où Marie était passée chez lui.
Peut-être se doutait-elle déjà de quelque chose.
C’était pourquoi elle cherchait une consolation. Mais oui !

« Pauvre Marie ! Pauvre con que je suis ! »

Simon avait jugé sa belle-sœur un peu trop vite. Une colère noire le submergea.
Il appela aussitôt un taxi et se rendit au restaurant de son frère, place des Vosges.
Il était onze heures, le premier service se mettait en place.

« Qu’est-ce qui t’amène ? … je croyais que… ».

Mathias n’eut pas le temps de finir sa phrase.
Simon y mit un poing final, en pleine figure.

« T’es qu’un salaud… Une ordure ! »

Mathias bascula en arrière sur le poids de son frère accroché à son col.
Il comprit vite de quoi il en retournait. Il n’eut pas le temps de lui expliquer.
Un second coup l’atteignit derrière l’oreille droite.

« Je ne veux plus te revoir. Tu as brisé mon couple et ma famille ! »

Simon quitta les lieux sans un autre mot, sous les yeux médusés du personnel.
Il était prêt maintenant à affronter les mensonges de son épouse, présumée coupable.

« Je sais tout !

Je suis allé à l’hôtel Émile.
Oui, je t’y ai vue sur la vidéo surveillance…
avec Mathias, bras dessus bras dessous !
Comment as-tu pu me faire ça ?
Tous ces mensonges, cette hypocrisie, à la maison, en Normandie !
Tais-toi ! Je ne veux pas t’entendre, j’en ai assez vu.
Tu n’as pas honte ? Sous mes yeux, ceux des enfants… Devant Dieu !
Et ta sœur ? As-tu si peu de considération pour elle ?
As-tu seulement de la dignité pour toi-même ?
Vous me dégoûtez, toi et mon frère ! »

Chaque phrase était comme un uppercut dans l’estomac de Sarah qui lui remontait en sanglots au fond de la gorge, étouffant chaque syllabe qu’elle tentait de prononcer.

« Comment pouvais-tu te regarder dans la glace chaque matin ?
Comment pouvais-tu m’embrasser chaque soir et me laisser te faire l’amour après vos ignominies à l’hôtel ?
– Je te juuure ! … »

Ces trois mots s’extirpèrent du cœur de Sarah comme des éclats de cristaux de leur amour qu’il venait de briser en petits morceaux. Trois mots qui hurlaient à l’injustice et clamaient une innocence évidente que Simon ne voulait pas voir. Elle aurait voulu qu’il voie, justement, dans ses yeux sa sincérité, qu’il la prenne dans ses bras et la rassure, qu’il comprenne son erreur et cherche à recoller les morceaux.

Seulement un homme jaloux se nourrit d’images qu’ils s’inventent,
dans un mauvais film qui tourne en boucle dans sa tête.

« Demain, nous irons à l’hôtel, et tu verras par toi-même ! » dit-il, claquant la porte d’entrée derrière lui avant de disparaître dans les rues de Paris le reste de la journée.


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Par ici l’Euro !

Le Championnat d’Europe des Nations, de par son nom d’état civil sur son acte de naissance, édité le 6 juillet 1960 à Paris, fête sa 14ème bougie sur les terrains de Pologne et d’Ukraine dans un climat de crise sans précédent.

Je ne vous parle pas de la crise économique, celle-là on en soupe depuis quatre ans et on n’a pas fini de nous la mouliner dans les sommets internationaux et européens de peur que l’Euro s’y casse les dents.

Non, je vous parle de la crise du football qui depuis douze ans sévit sur les terrains de l’Europe. Depuis la victoire de l’équipe de France en 2000 – la belle époque, avec Trézégol, Pirès, Wiltord et Monsieur Zizou –  le niveau de jeu en Europe n’a pas pris un seul point de croissance. Pire, tourné à l’économie, favorisant les transactions financières des mercatos et en pleine récession de ses talents, le football a vu la Grèce et l’Espagne se saisir tour à tour, en 2004 puis en 2008, du titre suprême de champion d’Europe.

L’UEFA alerte : « si ça continue, ce sera le tour du Portugal ! »… ouaiis! 🙂

Alors l’Allemagne, suivie par les Pays-Bas, le Danemark et la Suède, prône aujourd’hui l’austérité dans sa défense dont la rigueur a pour but d’étrangler les attaques grecques, espagnoles et même portugaises, tant la détermination d’un Cristiano Ronaldo, par exemple, qui n’en finit pas de creuser sa dette d’occasions ratées en équipe nationale, inquiète la Mannschaft !

La France, elle, veut favoriser la croissance. Dans le sens de faire grandir ses joueurs, au bout de leurs pieds comme dans leurs têtes, depuis l’histoire pathétique du bus lors de la dernière coupe du monde. C’est l’obsession de Laurent Blanc. L’Euro, bon… c’est l’obligation de rachat de son équipe dans la solidarité les uns avec les autres. Je crois que le message est passé. Trois victoires en trois matchs de préparation et un groupe soudé qui mouille le maillot.

Voilà les bleus de Blanc prêts dans cet Euro à se livrer contre des anglais, dans le rouge !

Par ici l’Euro ! … Le Championnat d’Europe des Nations, de par son nombre d’états civils engagés dans cette 14ème édition, 16 au total, avec les deux pays organisateurs que sont la Pologne et l’Ukraine, promet un combat sans merci aux quatre coins de l’Europe pour remporter cette compétition qui aura un léger goût de règlement de comptes dans la désunion européenne ambiante.

La Grèce attend l’Allemagne de pied ferme pour lui rendre la monnaie de sa pièce à moins qu’elle ne lui rende sa monnaie en pièces. Mais que dire de nos deux hôtes pour le moins… à l’opposé. La Pologne, plus européenne que jamais, faisant figure de bon élève avec ses 4,3% de croissance, elle ne connaît pas la crise. Quant à l’Ukraine, à la botte des russes, maniant la corruption aussi bien que la répression des libertés dans son pays,  en témoigne l’affaire Timochenko, on voit mal comment elle pourrait entrer dans cet Euro sans fracas.

16 nations qui vont s’affronter en 4 poules aussi relevées que quatre bouteilles de vodkas à l’herbe de bison, réfrigérées depuis dix mois et qui n’attendent que ce jour pour être ouvertes.

Poule A comme « A l’est, un de nouveau » : avec la Pologne, la Russie, la République Tchèque et … la Grèce. Cherchez l’erreur !

Poule B comme « Bou diou, ça va péter ! » : avec les Pays-Bas, l’Allemagne, le Portugal et le Danemark. Des buts et du sang !

Poule C comme « Cours toujours après el Campeon ! » : avec l’Espagne, l’Italie, la Croatie et l’Irlande. E viva Espana !

Poule D comme « Dites donc vous allez descendre du bus oui ! » : avec l’Ukraine, l’Angleterre, la Suède et la France… A coups de pieds au cul ou au but !

Alors sans plus attendre, allons voir du côté de Varsovie, cette cérémonie d’ouverture !

Au Café de la Page blanche on aime les grands évènements sportifs !

Premières pages…

Je suis né sans nom, sans lieu, sans date… sans papiers quoi.

Une idée de mon père avec la complicité de ma mère bien entendu, aussi marginale que lui. On ne naît pas marginal. Moi oui.
Mes parents le sont devenus par la force des évènements. Il faut dire qu’ils vivaient une drôle d’époque. Je suis incapable de vous dire quel âge j’ai, qui sont mes parents que j’ai bien connus, de quelle nationalité je suis… qui je suis dans cette société.

Mes parents, avant de partir, dès que j’ai eu atteint la maturité pour qu’ils puissent le faire, avaient pris les précautions nécessaires pour que je ne les retrouve pas.
Ils ne m’ont pas abandonné. Ils m’ont juste, comme ils disent, déposé sur le chemin de ma condition humaine, de l’universalité de mon être, avec les valeurs qu’ils auront bien voulu m’inculquer pour appréhender le monde dans l’état qu’il est, avec l’espoir sans doute d’être plus heureux qu’eux n’ont pu l’être.

« Respire, sens, vis ! »

Ces trois mots revenaient sans cesse dans mon enfance comme la réponse systématique à toutes les questions que je leur posais.
Mes parents, instituteurs de formation, renvoyés par l’académie de Créteil pour des positions politico-sociales à tendance anarchiques ostentatoires, se sont occupés eux même de mon éducation et de ma scolarité.
Retirés de la société dans une petite commune du Lot et Garonne, ils vivotaient dans une ferme retapée avec quelques illuminés de leur espèce, tous musiciens de surcroît et de survie surtout. Ils étaient bons, en particulier un dont le jeu de guitare enflammait les soirées autour du feu. Son jazz manouche n’avait plus grand-chose à envier à Django tellement Manu lui avait tout piqué.

Et c’est là que je suis arrivé, la boule au ventre de ma mère et les boules dans la gorge de mon père qui en voulait au monde entier, à tous ces gens qui avançaient tels des moutons sans broncher, au gré des gouvernements qui se succédaient en uppercuts gauche, droite qui mettaient chaos une France déjà à terre. Cette terre que mon père se plaisait à ramasser par poignées dans les champs lorsque nous nous promenions et de me dire… Je l’entends encore :

« Tu vois, ça c’est universel. Ca n’appartient à personne »

Et là, inéluctablement, les yeux mouillés de rage, il levait la tête vers le ciel, le soleil, respirait un grand bol d’air. J’avais compris très vite. Dès que j’eus maîtrisé l’expression de notre langue et les mathématiques, pour un petit garçon sans nom, sans identité, l’universalité prenait corps en moi comme le caractère et la personnalité s’affirmaient chez les autres enfants, à une maturité similaire.

Tout le monde au village respectait le choix de vie de mes parents d’autant plus facilement qu’ils ne cherchaient pas à comprendre. Pour autant, il leur semblait impossible de ne pas nous associer à des noms pour la vie en communauté. Mon père avait beau leur expliquer l’universalité dans des discussions interminables, le soir,  autour d’une bouteille de Takin, rien n’y faisait.
Ils s’étaient pourtant mis d’accord à ce que chacun nous appelle comme il voulait. On répondrait ou pas, précisait mon père. Ca amusait la bande qui s’en donnait à cœur joie. Pour Manu, je suis resté Django. C’est le prénom qui m’aura le plus marqué et que je garderai au fond de moi comme la marque de reconnaissance de tout ce qu’il m’aura appris, à la guitare, les petits détails qui font aujourd’hui mon talent, celui-là même qui fait que j’ai la liberté sauve.
Pour d’autres, je suis passé par Chico, Nino, Bello, « mon amour » même, par Mam’ Charlotte comme je l’appelais et dont le visage semblait bien attaqué par les lames d’un temps au fond mauvais.
Entre nous, mon père et ma mère m’appelait par des petits noms comme des titres. Maman c’était « mon bébé » puis « mon petit », papa lui se contentait de « fiston », « gamin », « fainéant » parfois. Entre eux, je les ai surpris à s’appeler par des petits noms affectueux. « ma chérie », « mon cœur » pour mon père alors que maman a lâché une fois un « mon loup » alors que j’étais sensé dormir. Le reste du temps, ils se regardaient et se comprenaient, s’interpellaient tantôt par un « chéri(e) ! », jusqu’au jour où je surpris mon père appeler maman « Didi ». Un diminutif d’un prénom, de l’identité de ma mère sans doute. Jamais je ne saurai et mon père ne s’y est jamais repris.

Mon père s’appelait « Monsieur l’instituteur » ou « maître » pour beaucoup parce qu’il faisait office d’instituteur pour les enfants de la tribu et régulièrement pour les enfants du voyage qui aimaient à passer et repasser par là. Même maman s’amusait à l’appeler par ce titre en classe ou au village.
Parfois ils l’appelaient « le bourru » entre eux ou César, Tito, Salazar pour son côté dominateur dans les discussions, « Le Ché » pour ceux qui adhéraient à ses paroles. Impossible de dire si un prénom lui seyait plus qu’un autre et cela n’était pas pour lui déplaire tant il ne voulait pas s’attacher à l’un ou à l’autre.

Ma mère, elle, parlait peu et on le lui rendait bien. Je ne sais pas si elle avait de petits noms. J’ai le souvenir de n’avoir entendu que « Madame » comme si personne n’osait la froisser. Elle impressionnait, Maman, par son calme sidérant, un sourire mesuré, ni trop, ni pas assez. Elle aidait les femmes aux tâches ménagères qu’on voulait bien lui laisser et aussi mon père dans ses cours.
Ma mère semblait blasée, meurtrie en dedans, sans la moindre envie qui vous tient debout. Et pourtant elle tenait debout. Sans doute était-ce ce voyage qu’elle attendait et auquel elle me préparait depuis toujours.

Le voyage. Le mot me faisait peur, je ne pouvais savoir ce qu’il y avait derrière. Je savais que je n’en ferai pas partie, qu’il fallait que je construise le mien, me disait-elle. Lorsqu’elle mentionnait son nom, elle souriait, les yeux brillants, et me rassurait.

« Mais tu sais, c’est encore très loin. Tu vas encore en voir des pleines lunes avec ta maman »

Jusqu’au jour où le voyage est devenu demain, puis hier, puis il y a bien longtemps.

(ébauche d’une idée originale par Antonio… à suivre… ou pas)
 

Les premières pages sont pour moi les plus belles, les plus excitantes parce qu’elles me surprennent… Les suivantes sont déjà plus déconcertantes, souvent décevantes !

Le plaisir de la page blanche c’est comme la sensation de sauter dans le vide ou de descendre une piste noire. Une fois la peur dépassée, on a envie de voler, de crier, de faire des figures de style…
Une fois en bas de la page, on est tout excité et on n’a envie que d’une chose :

remonter pour sauter ou descendre en haut de la suivante !

Ne laissez pas ce plaisir à d’autres. Tout n’est pas génial dans ce que l’on écrit.

Peu importe, seule la sensation compte !

Clichés sortis de Londres

Londres est une ville surprenante au premier abord. C’était ma première !

Entre son côté rétro, à l’image de ses fameuses cabines téléphoniques rouges, objets vivants d’un autre temps, son côté kitsch, il n’y a qu’à scruter les étals de Covent Garden, et son côté moderne, branché, voire avant-gardiste, il n’y a qu’à goûter à leurs sélections de vins (merci Bernard !), je ne saurais vraiment quoi retenir de cette ville pour le moins insolite.

Telle est ma première impression  !

Certes, je ne mettrai pas London sur le même piédestal que Paris, la majestueuse ou Lisboà, l’insouciante, mes deux amours, mais tout de même… cette ville, à l’effigie d’une reine, affublée d’un chapeau gris, d’atours et de bijoux multicolores (étonnant bleu du Tower Bridge) m’intrigue autant qu’elle m’inspire.

Alors je me suis amusé…

à quelques clichés ou brèves sorties de ma tête, voici ce que ça donne !

A Londres, c’est simple : c’est mini cab et maxi cash !

Mini Cab, mini classe mais on rentre au maximum ! (8 places)

Londres c’est tellement cher qu’il fait bon marcher !

Je n’ai jamais eu autant de livres en poches qui se feuillettent aussi rapidement.

Paradoxe entre Paris et Londres :

Quelle idée, un Paris sans Tamise alors que la capitale de la pop semblait plus prédestinée à être montée sur Seine ?

On s’était donné rendez-vous à Big Ben mais il y a eu comme un micmac quand la cloche a fait ding dong, ma montre ne faisait plus tic-tac. J’ai pris mes cliques et mes claques et sauté dans le bateau, c’était ric-rac !

Alors que l’on se promenait à Greenwich, ma femme et moi,
on en a profité pour remettre les pendules à l’heure !

Une petite dernière :

Savez-vous que personne ne fait la manche à Londres, comme dans toute l’Angleterre… de peur d’échouer en France. (it’s a joke !)

Désolé, tout n’est pas du meilleur goût … c’est british quoi !  lol
 

Et vous, ça vous inspire quoi, London ?

Matière à écrire…

Tout n’est que matière. La matière est le tout.

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » disait Tonio, le chimiste. C’est devenu un leitmotiv au Café de la Page blanche, le big bang de son univers en expansion.

Ah, l’univers ! … Il anime la matière dans son mouvement perpétuel depuis sa création. Dieu ?

Non, nous compliquerions. Pourquoi chercher une explication ?
Toujours la raison, quand il n’y a de place ici que pour le cœur.
L’univers a sans doute ses raisons que la raison humaine ignore.
L’amour, au cœur du mouvement… Mais oui, évidemment !

Pour quoi ?

Pour la matière, ça va de soi ! Sans amour, elle ne peut se mouvoir.
La matière se propulse en aimant, attirée par le mouvement, portée par son élan, elle se gonfle d’énergie, elle fond sous la lumière qui luit, elle se transforme, elle avance, elle danse, elle aime, elle est… elle meut !

Mais elle reste toujours égale à elle-même, à ce tout que l’homme appelle l’univers et dont il ne supporte pas l’idée qu’il puisse lui échapper, ne pas contenir dans ses instruments de mesure. Alors des nanomètres aux années lumières, il se perd dans la démesure.

Un jour, je le mesurerai et je saurai enfin où, quand, qui, quoi, comment et pourquoi.

Déjà, il se passionne dans ses recherches, dans sa quête du savoir, du sacré Graal. Il aime, il avance, poussé par son élan, il transforme le monde sous ses pieds, il se fond en poussière, de siècle en siècle. Il est, il meut, dans ce tout, insignifiant, il est, il meurt, la matière le balaye, grain de poussière qui reprend sa place dans la ronde de l’univers, au milieu des étoiles.

Tout est matière, même les mots que l’on écrit sur une feuille blanche.

Un mot naît de notre imagination et prend forme sous notre plume. Transformation de l’encre sous l’impulsion d’une mine affûtée dans le mouvement précis de nos doigts. Un mot, puis un autre, une phrase, puis une autre, une rature peut-être, une page agite enfin ses petites formes, son style sur le ventre de sa feuille-mère. On pourra bien la déchirer, la faire partir en fumée, chaque mot que l’on aura posé et lu aura existé, il poursuivra sa transformation dans l’air du temps, il aura participé à la ronde de l’univers, dans ce tout de la matière où tout un chacun se meut à jamais.

Je sais désormais que je n’écris pas pour rien. 

Et vous ?

… si vous laissiez exploser vos mots et s’épandre sur une page blanche de votre univers ?

Redevenir un nom propre…

ou presque !

François Hollande vient d’être élu président de la république française à près de 52% du suffrage universel !

Une aubaine pour le nom Sarkozy qui va pouvoir enfin reprendre sa place parmi le dictionnaire des noms propres… ou presque !

Car la justice devra encore le laver de tout soupçon ! 

Mais n’empêche, pour tous les canards enchaînés à ce nom, devenu commun depuis cinq ans, c’est l’heure de leur libération et surtout… l‘occasion pour eux d’enrichir leur vocabulaire !

De ce point de vue là, c’est déjà une bonne nouvelle, non ?

Les brèves du Café…

Zozotte

Elle s’appelle Marie Elisabeth mais tout le monde l’appelle Zozotte. Petite, c’était la Zaza à son papa, la Maelle à sa maman. À l’école Jeanne d’Arc de Mâcon, c’était tantôt Maelle, tantôt Bébeth ou Sossotte. Ce n’était pas de sa faute, elle souriait tout le temps, d’un sourire édenté assimilé sot… méchamment, comme peuvent être les enfants. Aujourd’hui, tout le monde l’appelle Zozotte. Tous, sans exception ! Vous le comprendrez aisément.

« Bon, za va ! t’es pas oblizé de raconter ma vie quand z’étais p‘tite ! »

Pourtant Zozotte aime bien raconter sa vie, depuis qu’elle est grande, du haut de son mètre 84. Fernand l’écoute attentivement, chaque matin, devant son café, au comptoir, puis chaque midi, à la table 7 de la terrasse du restaurant. Il prend des notes, l’enregistre parfois. Parce que Fernand est écrivain. Enfin, c’est ce qu’il dit, même si, au café personne ne le croit capable d’alimenter autre chose qu’un journal intime de ses déceptions amoureuses. Mais Zozotte, elle, n’a que faire des commentaires de l’assistance. Elle l’aime bien son écrivain, surtout parce qu’il parle d’elle dans ses cahiers.

« Mais zi, il zait écrire, qu’ez’ti connais toi aux livres, tu lis que des zournaux zaunes avec des grozzes lettres et des tâzzes de gras ? »

Son patron, le Tonio, un Portugais auvergnat qui a appris son métier avec les bougnats de la capitale, tout pour lui rien pour les autres, elle ne le portait pas dans son cœur, la Zozotte.

« Les z’auvergnats, z’est les pires. Portugais en plus, za arranze pas !
– Hof ! … ils ne sont pas tous comme ça, c’est lui qu’est con et puis c’est tout ! »

Françoise, elle n’était pas compliquée. Pour elle, la France était divisée en deux. D’un côté les cons et de l’autre les gens à qui elle parle. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, cela faisait deux mois qu’elle bossait au café, elle n’avait jamais prononcé un mot envers son employeur. En guise de bonjour, de oui, de non, de va te faire foutre ou encore de salut je me casse, elle utilisait la même interjection sur des tons appropriés avec quelques variantes :

« han ! … han han ! … hof ! … rrrhan ! …  hum … haaaaaaan ! »

Mais lui s’en foutait. « Business is business ! », c’était sa devise. « Mieux vaut une chieuse qui bosse bien qu’une lèche-botte qui fout rien ». Et c’est vrai qu’elle dépotait la Françoise. Elle avait un joli sourire, une gouaille d’effrontée et des mensurations qui, tous réunis, parvenaient à un bon compromis pour une clientèle aussi variée qu’au Café de la Page blanche.

Zozotte l’aimait bien Françoise. Elle l’enviait car elle avait une taille idéale et quinze centimètres de moins qu’elle. Zozotte n’arrêtait pas de heurter le lustre que le Tonio avait eu la bonne idée d’installer au milieu dela salle. Du haut de son mètre 65, il ne risquait pas de s’ouvrir la tête, lui. « Et combien même, rajoutait souvent Françoise, ça ne détériorerait pas grand-chose là-dedans ! »

Dix fois par jour, elle se cognait, la Zozotte. Ca faisait marrer la clientèle.

« Baisse la tête Zozotte ! » pouvait-elle entendre dans la salle à tour de rôle. Il est vrai qu’elle avait la tête en l’air, au sens propre comme au figuré. Une rêveuse. C’est ce qu’aimait Fernand en elle, son insouciance, sa spontanéité candide.

« Zui trop grande, Franzoize !
– Commence par ne plus mettre de talons, après on verra !
– Oh, mais Zorg aime bien, zinon za fait pas femme qu’i dit !
– Han, han ! … Ben alors mets un casque ! … tiens, c’est pour la 7, ton écrivain !
– Fernand ! »

Zorg, c’est le petit ami qu’a déniché Zozotte, l’année dernière, enfin !!! … Elle désespérait de trouver un homme de plus de cinq centimètres qu’elle, elle avait mis la barre haute sur Meetic. Et là, ce danois, venu faire des études en France était un envoyé de Dieu. Parce que Zozotte, elle est croyante en plus. Catholique, non pratiquante.

« Zauf à Noël et à Pâques, ze manze du poizzon quand même !
– Mais ce n’est que le vendredi saint, Zozotte ! lui rétorque toujours Françoise !
– A zaque fois z’oublie, alors z’en mange les deux fois. Vendredi Zaint z’est le vendredi avant le vingt zinq dézembre, z’est za ?
– C’est ça ! »

Il ne fallait pas parler religion à Françoise, c’était de l’herbe pour moutons.

Au moins de ce point de vue là, Zozotte et le Tonio partageaient leurs croyances quand Françoise leur balançait des « han » d’indifférence en haussant les épaules.

« Tiens, Fernand, des zencornets, comme t’aime ! … touze pas à l’azziette z’est très zaud !
– Merci Zozotte ! .. hum, ça sent bon !
– Alors il avanze ze roman ?
– Ce n’est pas un roman, je t’ai déjà dit. Il s’agit d’un essai sur le quotidien d’une serveuse, un recueil d’instants volés, tu vois ?
– Mais tu m’voles rien, moi z’te donne. Comment tu m’as appelée déza dans ton roman ?
– Zézette, mais peu importe ! … Si ça ne te dérange pas, j’attaque tant que c’est chaud !
– Oui, oui ! … tu veux le gros poivre ? … Zézette, z’est rigolo ! … T’entends, Franzoize, ze m’appelle Zézette dans zon livre ! »

Vous voulez la suite ? … cela ne dépend que de nous  !

Le décor est planté ! La rubrique Brèves du Café nous attend pour animer ce petit monde selon notre imagination et notre culture sitcom, série télé ou scène de théâtre !

Coup de blues au Réservoir !

Aujourd’hui, faire le plein du réservoir, on le sait et on a beau râler, ça coûte bonbon !

Mais il est un Réservoir, qui, une fois qu’il a fait le plein, ne manque pas de culot pour se remplir encore les poches.

Un peu de décence tout de même !

Ca se passe à Paris dans le 11ème, rue de la Forge-Royale. Ce n’est pas sans aplomb que ce lieu branché de la vie nocturne parisienne s’affiche sur son site comme un lieu de privilégiés, un club comme il se nomme, propice à l’épanouissement des artistes et la découverte de nouveaux talents.

Et il n’y a rien à redire, ce soir-là, la musique live au Réservoir, c’était du super ! … Mais à quel prix ?

Cela aurait été d’autant plus super qu’à 15 euros l’entrée on ait pu occuper la place assise ou debout que stipulait le billet pour assister au concert.

Seulement en arrivant, on est plus facilement sur le cul que le cul sur une chaise. Tout d’abord, il faut reconnaître que l’endroit en jette avec ses poutres apparentes, sa déco baroque atypique créée de toutes pièces pour simuler l’aspect d’une ancienne forge en l’honneur de la rue qui lui sert d’adresse, des tentures, des sculptures, des grands miroirs et des luminaires insolites, il y a même une cage en fer forgé, de vieux fauteuils et canapés en velours rouge.

Mais très vite, ce sont les videurs qui en jettent. Tous ceux qui oseraient s’aventurer devant la scène ou dans la salle, au risque d’obstruer la vue des privilégiés qui, eux, ont réservé une table pour « leur » dîner concert. C’est bien simple, sans réservation pour dîner (repas autour de 45€ environ, sans les boissons), vous êtes gentiment convié à longer le bar, parqué avec les autres en file indienne, chacun tentant de deviner un bout de la scène, à défaut de voir les musiciens.

Oui mais voilà, un malheur n’arrive jamais seul. On aurait pu penser qu’accoudés au bar, on soit idéalement placés pour être servi les premiers d’une petite bière pression.

Que nenni ! … Figurez-vous qu’au Réservoir, à la pompe, il n’y a qu’une seule serveuse pour tout ce « tiers » monde, son collègue s’attelant à servir en priorité « les nantis » en salle qui commandaient.

« Ca va, vous n’êtes pas tout seul ! » me répondit sèchement l’employée, débordée qu’elle était à composer des cocktails et à qui je demandais gentiment de ne pas m’oublier, un quart d’heure que j’attendais patiemment mon tour. Chaque fois qu’elle ouvrait la bouche les mots semblaient vouloir s’échapper de la porte de prison qu’elle tenait en guise de sourire. Je n’ai pas répondu et fui avec eux. Bref, je reviendrai plus tard dans la soirée, sans pression, pour une bière bouteille à 6 euros pièce, premiers prix.

Et encore heureux que la musique était bonne !

Le blues sur scène aidait à oublier celui en bord de salle. Ca déménageait sous la Gibson du soliste et pourtant personne ne bougeait à table, ça dînait tranquillement, applaudissant entre deux fourchetées. On est loin de la ferveur des salles du New Morning, du Trianon et autre Cabaret Sauvage de la Villette… de vrais ambiances de concert !

Ce jeudi 19 avril, il y avait du blues et du bon avec l’énergique groupe français Blues Power Band précédé d’un non moins excellent Hub, au son authentique du sud de la Louisiane.

Tous deux ont réussi à me faire oublier un instant ce foutage de gueule ambiant.

Bref, on ne m’y reprendra plus…

la prochaine fois, j’irai faire le plein de musique live ailleurs !

Vous aussi, arguez de l’humeur de vos coups de gueule ou coups de coeur dans la rubrique avis d’expo, de spectacle ou encore avis de théâtre ou avis de ciné !

Des mots sur un air de jazz…

L’improvisation, c’est le nerf du jazz !

Elle transporte ses messages entre les membres d’un corps musical pour que chacun articule son instrument, organe moteur de leur musique, organisme bien vivant.

L’improvisation, c’est le nerf du bœuf que les jazzmen sur scène affectionnent, matraquant  sur un rythme fou ce que leur dictent à tort ou à raison leurs instruments.

Je pourrais continuer à jouer comme eux toute la nuit avec mes mots comme ils me viennent sur ce thème. Mais poser des mots directement sur un air de jazz, c’est une toute autre paire de manche, un autre set, quoi !… Si je puis me permettre une dernière fois – je suis incorrigible, vous l’aurez deviné ! – cela n’est pas sans risque de taper sur les nerfs plus que sur ses pieds à mesure que le rythme défile et les mots se défilent .

Car le jazz c’est d’abord un rythme, un coeur qui bat :
swing, cool, bebop, à contretemps, syncopé… toujours vivant !

Le jazz, c’est aussi un son, le souffle de la vie qui passe dans ce corps instrumental. Ce sont ces mots que les instruments prononcent et qui nous charment par leur accent de cuivres claironnant, de cordes vibrant, de tambours battant, tels des bambins dans une crèche balbutiant leurs premières onomatopées. Pada pada pada padap … Biiii bap !

Et que nous disent-ils ? … Les aides maternelles se posent sans doute la même question et pourtant, comme le public de jazz, instinctivement elles perçoivent leurs intentions.

Et si on essayait à notre tour de mettre des mots sur cette musique,
des mots qui respirent… qui battent la mesure de notre coeur ?

Claude Nougaro était très fort dans cet exercice. Ses mots savaient trouver la résonance des thèmes d’origine.

« Quand le jazz est, quand le jazz est… là !  »

Allez-y, chantonnez ! … On entend presque le frottement des baguettes sur les charleys et le coup de grosse caisse sur le premier temps, non ?

Essayons, je disais ! … Il ne s’agit pas pour moi de vous faire ici un cours de musique, je n’en ai pas la faculté, loin de moi l’idée. Je vais même vous dire, j’improvise complètement cet article. Ça tombe bien, c’est le sujet. Et j’espère qu’il saura vous faire jaser.

Mais assez parlé, écoutons plutôt ! … « So What de Miles Davis« 

Cliquez sur l’image !  (à défaut de pouvoir l’écouter sur un meilleur support, car le son ici est plutôt médiocre)

Ecoutez en boucle,
fermez les yeux… vous voyez quoi ?

Imaginez chaque instrument comme un mouvement dans un décor ou comme un personnage principal qui agit, qui parle.

Imaginez... à l’envers du film « ascenseur pour l’échafaud » de Louis Malle où Miles Davis a improvisé en direct la musique du film sur les images, à votre tour vous improvisez les images à l’écoute du thème de ce morceau de jazz culte.

Décrivez ce que vous voyez, posez les mots qui vous viennent sur la pellicule de votre film… sur quelques lignes.

Comme vous le sentez, essayez  !

Vous n’êtes pas obligés de suivre scrupuleusement l’exercice…
Postez un commentaire comme il vous vient.

Les brèves de campagne !

Les candidats à l’élection présidentielle se jouent des mots comme jamais. L’écriture est au centre des ébats à défaut de programmes au centre des débats.

A croire que l’élection présidentielle est devenue une aubaine d’écriture de sketches pour les prétendants à l’Elysée (ou leurs nègres) dont les discours proférés dans les meetings de campagne sont de véritables one-man-show. Et ils s’en donnent à cœur joie nos candidats devant des assemblées conquises.

Les chiens aboient, car la vanne passe !

Arrêtons-nous un instant sur les deux ténors de cette campagne dont les tribunes peuvent aller faire se rhabiller Guidoni et Roucas dans les loges du Théâtre des 2 Anes !

Car l’éloge revient ici aux plumes brillantes et acérées de ce duo de choc, promis sans doute à un rappel en deuxième semaine, qui se sont sentis poussés des ailes d’humoristes.

Le président-candidat, spécialement conseillé, dégaine haut et fort le premier. Et le public en rit !

« Comme elle est curieuse, cette campagne : d’abord j’ai regardé en spectateur, j’étais aux premières loges, mais le spectacle valait le coup. J’ai vu un petit club d’agités, le club des socialistes. Ils sont heureux d’abord quand ils sont entre eux. Jusque-là, on ne les a pas gênés, c’était formidable. On a vu l’amitié intense entre eux, la camaraderie comme ils disent. » lol !

Un autre jour, tantôt dans le Loiret…

« Ah, on me dit, il y a eu Fukushima. Certes !  Fukushima c’est un tsunami. Je n’avais pas conscience avant de venir ici, (pause) cher Eric, (pause) cher Maurice, (pause) que la Loire était en risque de tsunami immédiat sur la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux. A moins que Fessenheim en Alsace soit sous un risque de tsunami venant du Rhin. » mdr !

… tantôt dans le Var.

« Je me dis : ‘j’ai un trou dans ma géographie’, alors je me précipite sur une carte … Fessenheim, Alsace, elle est où la plage ? Et ça veut gouverner la France… » mdr !

Aquilino Morelle, plume et directeur adjoint de campagne de François Hollande n’est pas en reste et répond à Henri Gainot dans la même verve.

« Mon problème c’est que je n’ai pas de candidat de droite en France. J’ai parcouru toute la France ! J’ai été dans la Loire. J’ai demandé : ‘vous avez de la droite, vous ?’. Ils m’ont répondu : ‘Non, nous avons un groupe qui s’appelle Union pour la Loire’ ». lol !
Puis j’ai été dans le Puy de Dôme. J’ai demandé : ‘Et vous, vous avez de la droite ?’. Ils m’ont répondu : ‘Ah, nous, non, nous avons des républicains pour le Puy De Dôme’ . lol !
Et puis je suis allé au cœur du système dans la Seine et Marne, à Meaux, chez le président de l’UMP, maire de la ville : ‘ – Et vous, vous devez en avoir des candidats UMP. – Pas davantage ! ‘. Quel malheur !  Et puis je vais dans les hauts de Seine. Je dis : « Vous connaissez les Sarkozy ? … si ce n’est le père, le fils, à défaut le sain d’esprit ! » mdr !

Et dire que le candidat socialiste retient son humour par charité pour le candidat sortant !

Si à cela on ajoute le brin de répondant autant que d’humour des autres candidats, comme Eva Joly par exemple, plus cabossée que jamais dans sa campagne, derrière des lunettes noires :

« J’ai la gueule de travers mais depuis le temps qu’on me demande ce qu’elle a ma gueule, enfin elle a quelque chose ! » mdr
« Une des raisons pour lesquelles je tiens le choc dans cette campagne, c’est aussi que j’ai envie de dire aux femmes : « la vie ne s’arrête pas avec la ménopause » » lol

Sans oublier Jean-Luc Mélenchon, bien entendu, qui écrit lui-même ses sketches ou plutôt ses pièces de théâtre aux décors prestigieux, il fait autant recette et affiche places combles à la Bastille comme au Capitole. Chapeau l’artiste !

On en arrive, du coup, au point de s’interroger si les Guillon, Canteloup et tous les guignols de la satire professionnelle ne devraient pas mettre la clef sous la porte ou trouver eux-mêmes la clé des problèmes qui préoccupent les français !

En attendant, la France se marre… en partis. Le reste se désole à l’avance d’aller voter pour des marionnettes qui caricaturent ses humoristes,

sans savoir s’il faut twitter un lol ou un mdr dans l’urne !

Ah, si seulement Coluche était encore là !

Postez ici les vannes de nos candidats, et contribuez à la nouvelle constitution… d’un premier tome des brèves de campagne !