Dans la nature…

Episode 10, saison 1                                                   Episode précédent >>

Mathilde, mariée, 29 ans, dévouée à son mari, nostalgique de ce jour merveilleux de septembre 2002, déjà 10 ans !
Sandrine, célibataire, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, rien à foutre, pas croyante, le mariage très peu pour elle, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup… ou deux.
Catherine, célibataire, collègue de Mathilde, 38 ans, à fond sur Meetic, veut fonder une famille, elle approche de l’âge critique, rêve d’un mariage en grand avec une robe blanche…
Laetitia, divorcée, patronne de Mathilde, 2 enfants, la quarantaine, terminé les mecs qui ne s’assument pas, veut profiter des bonnes choses, voyager et rencontrer du monde, se lancer dans un nouveau projet…
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis 5 ans, habitée par le deuil, les hommes, le mariage, c’est derrière elle…

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Le jour s’étirait au fil des kilomètres avalés par le Range Rover rouge au toit crème.

Depuis une heure, le 4×4 ne cesse de balloter les corps enchevêtrés à l’arrière. Mathilde, blottie comme un chaton sur le ventre de sa mère, deux vestes sur le dos, dort à poings fermés. Joëlle, dont la tête tape contre la vitre à chaque virage, rouvre et referme les yeux tels des warnings d’un sommeil impossible. Catherine a trouvé un confort appréciable sur les fesses rebondies de sa collègue, se relevant de temps à autre pour ne pas vomir. Sandrine, elle, n’a pas dit un mot depuis plus de cinq heures qu’elles roulent, perdue dans ses pensées qui se fondent dans un paysage changeant qui défile à vive allure. Elle se tient à la poignée du passager avant pour ne pas basculer côté conducteur où Laetitia, imperturbable, le pied sur l’accélérateur, l’autre sur le frein, les yeux tantôt dans les rétros tantôt droit devant, fume clope sur clope pour ne pas s’endormir, la vitre toujours entrouverte.

C (la tête décoiffée apparaissant entre les deux sièges avant) : Pourquoi tu t’arrêtes ?
L (jetant son mégot par la fenêtre grande ouverte, des cernes effroyables sous les yeux) : Dans deux kilomètres, on est à la frontière. Va falloir s’apprêter les filles. On sort se dégourdir les jambes dix minutes.
C : On est en Italie ?
L : La Suisse, mes chéries. Poste frontière de Vallorbe. On passait toujours par là avec mes parents quand on allait voir mon grand-père.
C : Il est suisse ?
L : Il était.
S (prononçant ses premiers mots) : Pourquoi on passe par la Suisse ? Y a pas un risque de se faire contrôler à la frontière ?
L (ouvrant sa portière et étirant ses jambes à l’extérieur) : Wouaaah ! …
M (se relevant à son tour, voyant sa mère éveillée) : Qu’est-ce qui se passe ? … Houuuu ! … mais il fait froid !
L : Allez hop, tout le monde dehors ! … On se recoiffe, on est présentable !
M : Mais on est où ?
C : En Suisse il paraît !
L : Dans deux kilomètres. Il ne faut pas attirer l’attention. C’est pas le moment qu’on nous fouille le coffre. Oui, il y a toujours un risque, Sandrine, mais comme disait mon grand-père :

« ce pays renferme dans ses coffres autant de cadavres que d’argent exilés ! »

S : Tu veux dire… que tu comptes l’enterrer ici ?
C : Ah bon ?
L : Ici, tous les secrets sont bien gardés, croyez-moi !
Et voilà Mathilde qui se remet à pleurer dans les jupes de sa mère. « Paul ! »
L : Ah, non ! … Tu ne vas pas  remettre ça !

Une demi-heure plus tard. Poste frontière de Vallorbe.

C : Le Creux. Ca porte bien son nom ! …
S : Pour être dans la nature, on est dans la nature !

Un douanier s’approche du véhicule stoppé à une barrière. S’adressant à la conductrice avec un accent bien caricatural comme il ne s’en fait plus dans ce pays :

« Booonjouuur madaaame. Veuillez vous raaanger iciii, j’vous priiie ! »

C’était un jeune homme d’une trentaine d’années, l’air un peu coincé en jugera Laetitia au premier abord.

« Vous alleeez où, j’vous priiiie ? … v’z’êtes en weeeek-ennnd ? »

L : A Lausanne… euh, on va bosser, on fait du covoiturage.

« Ah ! … Ca c’est bieeen çaaa, de penser à l’envirooonnemeeent ! …Vous n’avez rieeen à déclareeer j’suppoooose ? »

L (dévoilant son décolleté, chargeant sa poitrine, avec une voix de blonde) : aucune arme illicite monsieur le douanier… (et d’ajouter avec un plus de sensualité) à ma connaissance.

Le jeune homme respire un bon coup, pas insensible aux arguments palpables de cette quarantenaire : « Oh, je vous croiiis … Pouvez-vouus juste m’ouvrir le coooffre ? … Siiimple routiiiine. »

L (se retournant vers les filles) : Putain merde ! … Bougez pas ! … Pas de panique… surtout pas de panique !
Laetitia se saisit de son sac à main.
C (l’air affolé) : Mais tu vas pas …
L (le regard noir ): Tais-toi, tu vas attirer l’attention !

Elle appuie discrètement sur le bouton de verrouillage automatique des portières et sort. Elle fait acte d’ouvrir le coffre logiquement verrouillé.

L : Ah, je n’ai jamais su comment on ouvre ce fichu coffre. C’est tout mon mari ça. Il voulait un 4×4. J’ai horreur de ce véhicule. En plus ça pollue, si vous saviez !

« Oh ouiii! … Je suis très sensiiiible à la pollutiooon de ces voituuuures. Par chez nouuuus, elles se multipliiient comme des p’tits paiiiins. »

L : Comme les milliardaires… haha !

Le douanier ne relève pas l’humour de la bimbo en mal de diversions. « Moi j’ai un Raleigh Dover 40 ! » se contente-t-il très sérieusement d’ajouter.

L : Ah, désolé… j’y connais rien en bagnoles !

« C’est un vélooo électriiiique ! … ah ah ! s’eclaffe-t-il à son tour. Je vous ai bieeen euuue. Avec ça j’polluuuue rieeen et j’fais du spooort ! »

L (jouant la montre avec le suisse) : Ah ah ! Génial ! … Comment vous dîtes ?

« Raleigh Dover 40. C’est le tooop, j’vous assuuuure ! »

Laetitia feint de retourner dans la voiture… « Attendez, Je vais lire le manuel de la voiture… je dois bien l’avoir quelque part. » elle plonge la tête première sur la boite à gants, les fesses dans son jean serré pointant leur insolence sous le nez du jeune homme. Quand un fait inattendu vient perturber le contrôle en cours. Un bip discontinu provenant d’une énorme montre à son poignet.

« Ah ! … il est neuf heuuures ! … C’est le momeeent de la relèèève. Bon alleeez, vous pouvez  circuleeeer… ça iraaa pour cette foiiis ! »

L (dans un soulagement sans commune mesure) : Merci monsieur le douanier. Ca a été un réel plaisir de vous connaître. Dès que je rentre, comptez sur moi pour étudier votre vélo électrique là, le Roller Dove, vous dîtes ?

« Raleigh Doveeeer 40. Un petit bijouuu dans les montééées ! » lâche-t-il tout en assouvissant une dernière fois sa soif dans le décolleté de la pulpeuse conductrice. Les filles à l’arrière lui offrent leurs plus beaux sourires en guise de remerciement.

L : Merci encore ! … Au revoir !

« Au revoiir ! … et bon couraaaage ! »

L : Il en faut, croyez-moi, il en faut !

Le 4×4 démarre en trombe, lâchant une fumée épaisse nauséabonde en plein dans le visage du brigadier.

C : Tu comptais pas le… ?
L : Je sais pas. Je sais plus. (soufflant et ouvrant la vitre) On se tire d’ici. On fait une halte après Lausanne, on prend un petit déj et on avise pour la suite. Je suis morte. J’ai besoin d’un double café moi, je tiens plus !

Qui pourra prendre la relève pour la conduite ?

S : J’ai pas le permis !
L : Ah bon ?
S : Qu’est-ce que tu veux que j’en fasse à Paris. J’ai le Vélib’, le métro et le taxi. Pour l’étranger je prends le train ou l’avion. Je vois pas où est le problème ?
L : Ca va, ça va ! … Et toi Cathy ?
C (embarrassée) : Ben, j’ai bien essayé huit fois… mais ils n’ont jamais voulu me le donner. Pourtant c’était pas de ma faute, la dernière fois…
L : C’est bon, c’est bon ! … Mathilde ?
M (dans les vapes) : Oui. J’ai le permis… Mais j’ai jamais reconduit depuis le jour où on me l’a donné. Paul, il disait… (là voilà qui se remet à chialer).
J (la serrant dans ses bras) : Ma chérie… chuuut ! … Je prendrai la relève, Laetitia. Ca me reviendra en roulant.
L : Tu parles d’une génération d’indépendantes ! …
C : Pourquoi tu dis ça ?
L : Parce que la bagnole, dans la lutte des femmes, c’est un acquis les filles ! … Mettez-vous ça dans le crâne !

Laissez jamais un mec conduire à votre place, putain !

Laetitia était sur les nerfs. Elle roulait aussi vite qu’elle voulait que cette cavale se termine. Personne ne bronchait derrière, ni devant.

La saga « Mathilde se remarie ! » continue… cliquez ici pour la suite >> !

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Un commentaire pour Dans la nature…

  1. Zezette dit :

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