Buller dans le Marais…

Mais que peuvent-elles bien combiner ces deux là ?

Place des Vosges

Ah, vivement les beaux jours !

Ces jours plus longs et plus chauds où les rayons de soleil nous mitraillent par une de ces après-midi buissonnières et crapuleuses, tuant le temps au passage sans vergogne et sans que l’on puisse y faire quelque chose tant l’astre nous tient en joue par son feu redoutable, allongés sur l’herbe les mains derrière la tête.
Ah, je m’y revois déjà, bullant au cœur du Marais, dévalant la rue Saint-Antoine et me faufilant par le jardin du Petit Hôtel Sully jusqu’à la place des Vosges où trône en son beau milieu le square dédié à Louis XIII.
Ah, je m’y revois déjà, assis, un livre à la main que très vite je laisse tomber sur ma cuisse, laissant alors mon ouïe lire la musique des fontaines et mon regard se poser sur ce tableau orné de façades en briques rouges et de toits d’ardoise et qui m’encadre, moi, mon ombre et celles des marronniers.

C’est juste… carrément royal !

Oh mais qui sont ces créatures qui m’épient au loin, sous les arcades ?

Surgissent-elles du passé, filles de fer forgé qui entouraient jadis ce lieu en vogue et de festivités au XVIIème, les princesses de Rohan ou de Guéménée, les duchesses de Duras ou de Boufflers ou quelques autres Précieuses, que sais-je ? … A moins que ce ne soit deux œuvres vosgiennes qui cherchent à se faire une place dans la capitale ?
Que peuvent-elles bien combiner ces deux là ?

Je suis sûr que vous avez une petite idée !

Remplissez ces bulles avec ce qui vous vient à l’esprit.

Et ne me dîtes pas qu’il n’y a pas de quoi faire !

France 1, Allemagne 2

A deux jours d’un sommet européen attendu, François et Angela se sont offert ce soir un petit moment de détente au Stade de France.

En effet, le président de la république française a invité en toute amitié affichée la chancelière allemande à assister au match de football amical entre leurs deux nations dans le cadre du cinquantième anniversaire du traité de l’Elysée signé entre De Gaulle et Adenauer, marquant alors la réconciliation et le rapprochement entre les deux peuples.

Comment, parce qu’Angela et François étaient fâchés ?

Pas encore. Ils ont deux jours pour faire semblant et j’imagine qu’ils s’en sont donné à cœur joie ce soir dans la tribune présidentielle.

21h. Première mi-temps.

« Excuse-moi Angela, j’ai pas pu passer te prendre, je reviens de Bamako, là. J’ai eu une semaine très chargée !
– Ze n’est pas graveu Franzois. Ze comprends.
– T’as vu le Mali ?
– Oui, Franzois… et ze te féliziteu encore pour ton intervenzion rapideu et efficazeu. Toute l’union eur…

– Ah, non, Angela ! … Je te parle de la CAN. T’as vu comme ils se sont qualifiés en demi-finale les maliens ?

– Ah, euh… oui, Franzois.  Z’est une bonne chozeu pour le moral de ze peupleu !
– Oui, n’est-ce pas ? … Et tu sais que le sélectionneur est français ?
– Ah !
– On fait ce que qu‘on peut sur le terrain, tu sais. On est sur tous les fronts et un peu tout seul. Mais en même temps que l’on formait les soldats on a réussi à leur inculquer deux ou trois trucs en football… Ooooh ! … Quelle action de Ribery !
– Oh, il z’en est fallu de peu !
– Vous en êtes content ?
– Pardon, Franzois ?
– De Ribery ? … Je crois savoir qu’il est très actif au Bayern de Munich notre français.
– Oui, bien zûr, z’est un élément important de l’équipeu.

– C’est clair ! … Ooooh ! … quel but de Valbuena ! Tu as vu ? Quelle audace ! … C’est tout nous, ça ! Là, au bon moment !

– Oui, Franzois, ze crois que vous marquez un point ! »

22h. Deuxième mi-temps.

« Dis-moi Franzois, ton équipe est de belle factureu !
– Euh… Que veux tu dire par là, Angela?
– Oh rien, juste que z’est tout à fait normal que za finisse par payer ! On ne peut pas être toujours en défiziteu… de trophées.
– Oui, on n’en fait jamais assez. Mais là on a trouvé l’équilibre je crois en première mi-temps et on a été récompensé. J’espère que l’on va confirmer… oh !

– Ze crois que l’on vient de vous retirer votre avance d’un but.

– Euh, oui… un partout. Mais on va se refaire. Je crois que notre secrétaire d’état à la sélection a son plan de relance.
– Z’il vous rezte des munizions !
– Pardon ?
– Ha ha ! Z’est une petiteu blagueu. Mais le zampionnat franzais est bien armé il me zembleu. Z’ai entendu dire que le Qatar vous z’alimenterait, est-ze vrai ?
– A peine ! … un Zlatan, un Beckam tout au plus.
– Z’est pas mal ! …. Oh!  … comme zette zplendide aczion de Ôzil !
– Hein, quoi ?

– Mais zuivez un peu le match mon ami, vous perdez d’un buteu ! »

A suivre dans deux jours…

Moralité : La politique en Europe c’est comme au foot, c’est toujours l’Allemagne qui gagne à la fin.

 

Django Unchained

Ce que j’aime chez Tarantino… c’est que dès la première minute tu sais que t’es devant un grand film. 

Django unchained

Les premiers plans, les premières notes de musique te collent à ton siège jusqu’au décollage de la première scène, tu n’échangerais ta place pour rien au monde…

On est parti, on y va, on ne sait pas où mais on y va, tous assis dans la carlingue de ce cinéma, tu jubiles déjà, une minute à peine…

Tu t’entends même dire « c’est génial ! » et pourtant tu n’as encore rien vu.

Si j’ai aimé les suivantes ?

Autant demander à un expatrié qui rentre après deux ans de fried chicken s’il aime le pot au feu que lui a concocté sa petite mère.

Parce qu’il y va plein pot Quentin, il met le feu aux poudres des clichés, il nous l’a concocté aux petits légumes ce conte invraisemblable de sang et de vengeance laissant transparaître sa vérité de l’histoire… avec une grande hache.

Tarantino plante son décor tout en couleurs, du noir sur fond blanc de champs de cotons parsemés d’éclats rouges hémoglobine. Il raconte, il règle son conte germanique sur fond de règlements de comptes de chasseurs de primes et sur fond d’histoire surtout, celle de l’Amérique avec ce qu’elle a de plus noir…

Siegfried veut sauver la belle Brunhild encerclée par les flammes de l’enfer au pays de Candy.

Plutôt que de s’attaquer à la gravité d’un film historique, à la Spielberg comme dans « la liste de Schindler » ou encore son « Lincoln » à venir, Tarantino, lui,  choisit l’ironie de l’histoire.

Et l’on rit autant qu’il se moque, de l’absurdité, de la monstruosité et de la bêtise des personnages à l’image de cette scène burlesque, à la Monty Python, où les membres du Ku Klux Klan débattent sur l’intérêt de porter ces masques mal conçus et à travers lesquels ils ne voient rien. J’adore !

On retrouve dans ce Django l’esthétique d’un Kill Bill, dans les couleurs et la chorégraphie des combats, la truculence des dialogues d’un Pulp Fiction, les mots fusent autant que les balles, le verbe est l’arme la plus maniée avec verve par les excellents Christoph Waltz et Leonardo Di Caprio, sans oublier l’incroyable Samuel L. Jackson dans un rôle sur mesure.

Quand Jamie Foxx, lui, dégaine son revolver aussi vite qu’il tourne la langue dans sa bouche pour ne pas avoir besoin de parler.

Mais quelle dégaine… surtout dans son habit de valet !

Et que dire de la bande originale du film qui nous plonge tantôt avec brio dans l’univers du western spaghetti de Sergio Leone au son de l’incontournable Ennio Morricone, génial ! … tantôt avec culot dans des envolées hip-hop et ryhtm and blues qui nous font trépider sur nos sièges.

Ca déménage dans ce nouveau Tarantino grand cru…

un des meilleurs sans doute, qui mérite bien des égards et bien vos regards si vous n’êtes pas encore allé le voir, mais il n’est pas dit que l’Amérique voit ce regard sur son histoire d’un bon oeil au point de lui laisser le dernier mot… aux Oscars.

A suivre le 24 février prochain !

Vous aussi, laissez parler vos émotions dans une de ces rubriques :
avis d’expo, de spectacle ou avis de théâtre ou encore avis de ciné !

Les brèves du Café…

Pauvre Zorg !

« Il est sorti quand de l’hôpital ?
– Z’matin !
– Et t’es pas allée le chercher ?
– Ben non, z’travaille moi ! Et puis il avait qu’à pas faire le con avec zon vélo ! Zon pote Zohn il a un quat’ quat’, z’est plus facile pour zes béquilles et za zambe. En plus il zait conduire lui !

– Comment c’est arrivé ? »

Alors que Zozotte commence à raconter à Françoise la mésaventure de Zorg tout en essuyant les verres derrière le comptoir voilà que débarque le Pierrot tout fringuant, sautillant même, se frottant les mains gelées à l’idée d’un petit remontant qui réchaufferait l’intérieur.

« Salut les filles !
– Salut Pierrot !
– Bonzour Pierrot ! … Z’te sers un demi ?

– T’aurais pas un p’tit vin chaud plutôt ? Ses yeux pétillaient et son corps frétillait à l’avance du réconfort à venir après avoir bravé le froid glacial de son chantier.

– On n’a plus de cannelle, intervient Françoise. On en refera demain sûrement. Tu veux un chocolat chaud, un thé, une tisane à la place, s’amuse-t-elle à le provoquer ?
– Pouah ! … j’suis pas encore malade. Quoiqu’un grog… oh, non, j’aime pas le rhum ! Mets-moi une poire, tiens, pour commencer !

– Il a du se faire mal, reprend Françoise s’adressant à Zozotte.

– Ben il z’est pété l’oz de la cuizze, comment qu’il z’appelle dézà ?
– Ah, me demande pas à moi, j’ai toujours été nulle en anatomie.
– Bon ben, comme le tibia là, mais zur la cuizze.
– Le fémur, les filles ! On l’appelle le fémur, les dépanne alors Pierrot. Qui s’est cassé la binette si c’est pas trop indiscret ?
– Haan !
– Zorg ! Il y a trois zours, en vélo, sur une plaque de verglas. Y a pas idée à faire du vélo par un temps pareil… Mais Zorg il n’en fait qu’à za tête !
– Ah, ça me rappelle l’hiver 66 au col du Soulor, se lance Pierrot. Avec Robert on se préparait pour le championnat inter régional des Hautes-Pyrénées, j’avais une forme du tonnerre…
– Ca va Higgins, tu vas pas nous tenir la jambe avec tes souvenirs de guerre, l’arrête tout de suite Françoise.

– Tiens voilà de quoi t’aider à remonter le col du Soulor… On a du boulot avec Zozotte ! »

Elle lui pose sa poire sur le comptoir et entraîne sa collègue dans la salle. Pierrot hausse les épaules, bougonne brièvement avant de porter sa potion chauffante à la bouche.

« Il en a pour combien de temps à être immobiliséreprend Françoise ?
– Au moins deux mois. Après ils disent qu’il y a la rééducazion. Il est pas prêt de remonter zur zon enzin. Il peut faire une croix zur zon tour du Danemark !
– Le tour du Danemark ?
– Oui, z’est zon idée depuis trois mois. Il z’entraîne tous les zours pour partir un mois zet été avec Zohn et faire le tour de zon pays.
– Ah bon ? tu ne m’avais jamais dit !
– Tu parles. Za me rend dingue ! … Il parle que vélo depuis qu’il a eu zon diplôme d’inzénieur.

Au lieu de bozzer il veut déza prendre une année zympathique pour faire le tour du monde.

– Sabbatique, Zozotte !
– Z’est pareil, z’est la vie cool pendant que les z’autres bozzent ! Mais là, il va rezter à la maizon zans bouzer, za va lui faire les pieds !
– T’es dure avec lui dis-donc !
– Et lui alors ? Tu vas pas prendre za défenze tout de même ? Le zoir il parle que des zouzis de vélo. La nuit il dort pour être en forme le matin. Il z’lève à ziz heure pour faire zent kilomètres. Z’est pas une vie za pour moi. Z’avait pas tilté sur Meetic dans la rubrique des activités.

Faut faire vassement gaffe quand z’est écrit « pazzionné de zyclisme ».

Françoise sourit.
– Tu rigoles, poursuit Zozotte, mais moi z’ai plus de vie de femme. La dernière fois, z’était pour mon anniverzaire. Tu te zouviens de mes boucles d’oreilles ?
– Oui, elles t’allaient super bien.

– Et t’as pas tilté toi non plus. Mais z’est des roues de vélo ! 

Là, Françoise éclate de rire.
– Arrête, z’est pas drôle.
– Pardon, mais là j’ai eu une vision !
– Hein ?
– Non rien. Des roues de vélo ! … Elle rit à nouveau. Et… ha ha ! … il a un bon coup de pédale quand il monte sur toi ?
– Mais t’es bête ! s’offusque presque Zozotte.

Françoise rit de bon cœur, ce qui étonne toute l’assistance tellement c’est rare, et Tonio le premier, lui qui vient de rentrer dans le café les bras chargés de cartons de vins.

– Et ben, lâche-t-il depuis l’entrée, Françoise est de bonne humeur, ça nous promet une bonne journée ! 

– Haaaan ! »

Vous voulez la suite ? … cela ne dépend que de nous  !

Le décor est planté ! La rubrique Brèves du Café nous attend pour animer ce petit monde selon notre imagination et notre culture sitcom, série télé ou scène de théâtre !

Mathilde se dérobe…

Mathilde se remarie !                                 Épisode 3  / 15

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Robe sur cintreMathilde, 29 ans, mariée, fidèle, rêve toujours de prince charmant, de robe de princesse, nostalgique du plus beau jour de sa vie, dix ans déjà !
Sandrine, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, mais rien à foutre, pas croyante, le mariage, très peu pour elle, célibataire, hédoniste de nature, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup, ou deux, et transgresser les codes dès qu’elle peut.
Catherine, Cathy pour les intimes, collègue de Mathilde, 38 ans et toujours célibataire, à fond sur Meetic, rêve de mariage en grand avec une robe blanche, elle y croit !
Lætitia, chef de Mathilde, 45 ans, divorcée, deux enfants, terminé pour elle les mecs qui ne s’assument pas et jouer leur mère au foyer, elle veut voyager et s’éclater, profiter de la vie, quoi !
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis cinq ans, elle a fait son deuil, mais les hommes, le mariage, c’est de l’histoire ancienne.

 Deux jours plus tard, appel d’urgence : « SOS meilleure copine ».

Sandrine retrouve Mathilde chez sa mère, dans la chambre de son enfance. Elle est allongée sur son lit, en pleurs.

— Qu’est-ce qui t’arrive, mon Poussin ?

Mathilde ne réagit même pas au petit nom qui l’insupporte. Sandrine comprend que l’heure est grave.

— Hou là ! qu’est-ce qu’il t’a encore dit ton mec pour que tu te mettes dans un tel état ?
— Hanc ! je ne veux plus le voir ! dit-elle enfin en se retournant vers son amie… Tout ce qui l’intéresse, c’est son boulot et sa collection de voitures miniatures.
— Il n’a toujours pas passé l’âge ?
— Si tu savais, il a deux cartons  de souvenirs hanc ! d’enfance à la cave. J’ai même trouvé hanc ! une trousse avec des billes… Je ne peux pas comprendre. C’est sa réponse à tout d’habitude, sauf que là, hanc ! depuis l’idée de célébrer les dix hanc ! de mariage, il a mis la face B du disque. Je ne te comprends pas, Math… hanc !

— Dis, tu ne veux pas te moucher ? C’est agaçant ces coupures. On se croirait dans une vidéo en streaming avec le débit d’une box Free.

Mathilde se relève et s’assied au bord du lit avant de s’exécuter bruyamment.

— Il t’a dit quoi ? poursuit Sandrine dans son interrogatoire.
— Heinc ?
— Il t’a dit quoi ton Paulo pour te mettre dans un tel état ?
— Les mêmes choses ! Que cette idée de mariage c’est du grand n’importe quoi, un fantasme de filles, que vous êtes des…
—  Des quoi ? se braque Sandrine, prête à lui en coller une à la première occasion.
— Des folles. Et que toi, la première, tu n’avais qu’à te marier si ça te faisait kiffer au lieu d’embarquer les autres. Tout le monde en a pris pour son grade, je te rassure. Même ma mère qui n’y est pour rien, il l’accuse de chercher à m’accaparer pour ne pas être seule.
— Quel con !
— Il a même ajouté que l’on ne devait pas dénigrer le mariage, que c’était un sacrement.
— Ben voyons ! Lui qui ne met jamais les pieds dans une église. Il est sacrément con !
— À la rigueur, on pourra aller au resto, il a dit. Juste tous les deux. Comme si ce n’était que pour me faire plaisir. Il s’en moque de cet anniversaire !
— C’est le moins qu’on puisse dire.
— Comme du reste. Il ne m’aime plus, Sandrine, il ne me regarde plus, il rentre tard, on ne fait… on n’a pratiquement plus de vie intime ou alors… Oh, j’en peux plus ! … Il ne veut jamais qu’on parle d’enfants, c’est…

Mathilde refond en larmes de plus belle. Sandrine la prend dans ses bras.

— Oh, non ! Mon poussin…
— Haan ! Arrêteu !
— Mon bébé… Tu sais quoi ? on devrait arrêter de les supporter ces mecs, tous les mêmes !

On devrait vivre ensemble toutes les deux…

Mathilde s’arrête net de pleurer, repoussant Sandrine un peu trop affectueuse.

— Heinc ? Mais ça va pas ? Je ne suis pas…
— Oh, mais moi non plus, qu’est-ce tu crois ! Je parle juste de vivre ensemble, en couple, on baise avec qui on veut, de vrais amants qu’on jette quand ils ne sont plus bons à rien et on s’épanouit à la maison comme autrefois quand on était ados, tu te souviens, quand je dormais chez toi, dans cette chambre ?
— Arrête ! On n’est plus des ados, Sandrine. Je veux avoir une vraie vie de famille, moi ! … Un mari, des enfants…
— Le bonheur sur terre, quoi. Regarde où ça te mène. Dommage, Poussin, on aurait pu être heureuse toi et moi.
— Je ne suis pas comme ça. Désolée d’être conventionnelle mais…

Tout à coup, on frappe à la porte. C’est Joëlle qui entre avec Lætitia.

— Bonsoir, ma chérie, je n’ai eu ton SMS qu’après la séance. Si j’avais su que tu dormais là, je ne serai pas allée au cinéma. Oh! mais tu as pleuré ?
— Ce n’est rien. Vous êtes allées voir quoi ?
Tabou, un film portugais.
— Ah ? Et c’était bien ?
— L’histoire de cette femme m’a transporté du début à la fin. Pas toi Lætitia ?
— Un peu long, mais très beau.

— Ça m’a rappelé toute une époque, l’Afrique avec ton père.

Voyant le visage de sa fille se décomposer, elle s’assied à ses côtés et la serre dans ses bras pour la réconforter. Seulement rien ne semble pouvoir arrêter les nouvelles échappées lacrymales de la future remariée, en plein doute.

— Mais qu’est-ce qui se passe mon trésor ?
— C’est encore Paulo, intervient Sandrine, il ne veut pas jouer le jeu, pas plus qu’il ne veut lui faire un gosse, ce bouffon !
— Ah mais si ce n’est que ça, je te refile les miens, Mathilde, plaisante Lætitia pour tenter de détendre l’atmosphère. Je sais, ça ne se dit pas, mais là, ils me mènent la vie dure. Ça y est, le petit remange avec nous à table.
— Comment ça ? demande Sandrine éberluée.
— Je ne supportais plus ses caprices pour avaler trois brocolis le soir. Alors, je le collais avec son assiette dans sa chambre pour ne plus l’entendre chouiner.
— T’as pas fait ça ?
— Quoi ? C’est pas comme si je l’avais mis à la cave. Et Dieu sait si j’y ai pensé !

Tandis que Sandrine découvrait comment Lætitia pouvait être pire qu’elle avec un gosse, Joëlle portait son attention sur la grande armoire.

— Dis donc, ma chérie, tu as ressorti ta robe. Elle est magnifique ! Une ou deux retouches et tu serais superbe ! Pourquoi en choisir une autre ? 

— Y a plus de fête, mam’hanc ! je crois que je vais demander le divorce. 

Derrière, deux voix tintent à l’unisson : « Alléluia ! »


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Buller au Grand Palais…

Quelle impression on vous fait, là haut ?

Hopper au Grand Palais...L’autre jour, je bullais au Grand Palais, plus précisément à son pied, dans la file d’attente qui nous menait, ma sœur et moi, à l’exposition très courue de Hopper. « Joyeux Noël frangin ! Merci Sister ! »
Mais rien ne servait de courir pour qui n’arrivait billet en poing, merveilleux sésame que nous détenions en menottes et qui allait nous libérer de l’insoutenable attente promise dans l’interminable file d’à côté où on pouvait lire sur un écriteau l’inscription flippante :

« A partir de ce point, il y a 4h d’attente ».

Certes, notre file avançait un peu plus vite que sa voisine, clouée dans son lit d’inhospitalité avec de l’espoir en perfusion, cependant il nous faudra près de trente minutes pour passer le pas de la grande porte d’entrée.
Trente minutes durant lesquelles tous les regards étaient rivés au perron, immobiles, silencieux, attendant qu’il se passe quelque chose, un signe, un mouvement, une bonne nouvelle. Le tableau était frappant. Des lignes droites de files, des lignes perpendiculaires d’une pluie fine, un sac bleu turquoise, un parapluie vert bouteille, un rond rouge au pied d’un clarinettiste qui agrémentait l’attente d’une agréable musique.

Comme la sensation étrange de faire partie… de l’expo.

Quand deux regards curieux ou avisés nous scrutaient d’en haut, allant chacun de son commentaire sur l’étrange tableau que nous leur présentions.
Mais quelle impression on peut bien vous faire ?

Je suis sûr que vous avez une petite idée !

Remplissez ces bulles avec ce qui vous vient à l’esprit.

Rassurez-vous, vous avez tout votre temps !

Bonne journée !

En cette période de crise, de récession, annoncée pour 2013, notre président nous l’a encore rappelé lors de ses vœux, il va falloir se serrer la ceinture, on ne peut plus se permettre de souhaiter toute une bonne année.

« Bon semestre ! », à la rigueur pour les classes moyennes.

« Bon trimestre ! », se contenteront les moins fortunés.

« J’espère que vous passerez l’hiver ! »,  se risqueront des ménages surendettés.

« Bon mois ! », s’étranglera sans doute le smicard.

« Bonne semaine ! », se désoleront encore les CDD.

« Bonne journée ! » …

I_got_the_blues

sourira malgré tout ce SDF, dans le couloir de la station Opéra, jouant un blues sur sa guitare et que j’accompagnerai… promis ! à l’harmonica.

.

« Hé Rémi ! … Joue-nous un GimSmick … ça a l’air de rien, mais ça fait du bien ! »

.

Tandis qu’en bons damnés, derrière leurs frontières, fiscalement chauffés, les riches, eux, se tairont.

Et vous voulez que je vous dise ? … A la bonne heure !

Bonne journée à tous ! 
qu’elle vous apporte l’envie,
la force de la suivre et
le coeur pour la sublimer !

Noël m’a tuer…

Elle est passée où la magie de Noël ?

Noël grands boulevards

Je ne vois qu’une machine, en route depuis un mois, qui avale tout sur son passage, engloutissant les idées, les cadeaux avec leurs rubans et papiers d’emballage, ne laissant aucun répit à l’envie, au plaisir, celui d’avoir, celui d’offrir, balbutiés dans des commandes, des listes, jamais assez longues pour satisfaire des enfants insatiables et des adultes plus au garde à vous qu’au prend garde à eux, dépassés, en manque d’idées.

Parce que le problème, au fond, ce n’est pas tant qu’il y a trop de cadeaux, c’est surtout qu’il y a trop de sapins !

Un chez maman, un chez papa, un chez mamie, un chez mamou. Et sous chaque sapin, deux, trois, quatre cadeaux par enfant car ce serait oublier tatie Line et tonton Paul ou encore tata Jeanne et tonton Richard.

Il est loin le temps où il n’y avait qu’un seul sapin, qu’un seul cadeau.

C’était le temps où on prenait le temps d’avoir envie, de sentir, de décorer. L’avant Noël était déjà une fête, un premier cadeau que l’on partageait dans la joie, l’excitation, l’espoir, d’avoir peut-être, ce cadeau-ci, ce cadeau-là. C’était le temps où le matin de Noël, en pyjama, on s’extasiait d’avance, scrutant chaque paquet, cherchant le sien… le mien, mon cadeau, se réjouissant de sa couleur, sa forme, il a l’air lourd comme un camion, il est gros comme un nounours, il est plat comme le tableau de la maîtresse, il fait du bruit comme des pièces de Légo. On ne l’a pas encore ouvert que déjà on s’émerveille, on s’invente d’autres cadeaux. Les rubans feront une attache pour les cheveux de ma Barbie, celle que j’ai eue l’année dernière. Je veux le même papier dans ma chambre avec les voitures. Pourvu que ce soit le jouet que j’ai découpé dans le catalogue, j’espère, j’espère… le cœur bat. J’ouvre. J’y crois. Ouiiiiiiii ! Je suis le plus heureux, la plus heureuse du monde ! Père Noël ou mère veillant sur moi, merci, ô merci !

Me voilà tonton Tonio, sur la ligne de départ de cette course folle, cette chasse aux trésors qui se déroule le long de grands boulevards éclairant des vitrines aux figurines chargées de l’animation. Je suis là, au milieu d’un million d’illuminés qui prennent d’assaut l’entrée des galeries creusées par un certain Lafayette au printemps, je lis.

Qu’est-ce qui pourrait bien leur faire encore plaisir à ces sales gosses ?

Parce qu’ils ont déjà tout ! … Et l’autre, là, qui m’a doublé sur mon idée, sans compter les papis et les mamies qui se sentent obligé d’en faire deux, c’est plus fort qu’eux, c’est dans leurs gènes, que voulez-vous ? Quand moi je reste las, avec une gêne grandissante tant je ne pense qu’à une chose… déguerpir.

Ca sent le sapin.

La magie de Noël n’agit plus, j’ai plus envie de jouer, plus envie de courir pour un cadeau de plus, un cadeau de moins, la belle affaire… T’as eu quoi à Noël ? … Voilà une question bien embarrassante pour ce malheureux plus gâté que sa jeune mémoire ne peut contenir.

Je dépose les armes, mon Général, j’abdique, je me rends… atterré par cette déferlante humaine à la caisse, des gens marteaux, par milliers, alignés comme dans The wall des Floyd, me tapant dessus pour que j’avance, me plantant là entre ces quatre murs sur les planches de ce grand magasin. Je me couche, je suis mort.

La machine de Noël a tué l’enfant que j’étais.

Tire une carte !

Billets Euro

Je vais te faire un tour de magie, vas-y tire une carte !
Remets-la dans le paquet !
Hé !!! … Hééé !!! … Reviens !!!

Alors… dans la famille 500, je demande la petite sœur !
Poche !

Qui a réglé son compte au Docteur Lenoir ?
Moi je dis que c’est le Colonel Moutarde à coup de deux cents dans son cabinet.

Tiens ma chérie, je t’offre ce joli bouquet d’Euros en fleur !
Vite, mets-le dans une poche avant qu’il ne se fane aux Galeries Lafayette !

Et vous, il vous inspire quoi ce bouquet d’argent, cette main à l’atout trèfle ?

L’argent ce n’est pas sale, regardez comme ils sont beaux et clinquants ces billets !
L’argent ne fait pas le bonheur, voyez comme on dénigre les malheureux qui en ont.
Mais l’argent peut-il être drôle, poétique, créatif… ?

Et si comme moi vous leur donniez une autre destinée à ces feuilles imprimées ?

Allez-y… Tirez une carte dans le paquet de votre imagination !

Faites-vous plaisir, c’est bientôt Noël !

Les brèves du Café…

Table 7

Fernand n’a pas touché à son assiette.

« Z’est pas bon ?  s’étonne Zozotte qui a trouvé plutôt réussi ce pot au feu du chef.
Pardon Zozotte, s’excuse Fernand, je n’ai pas faim, je n’aurais pas du le commander.
– Z’est pas grave,
le rassure-t-elle en ramassant l’assiette et les couverts.
– Tu ne vas pas le jeter ? Sinon tu me le mets dans un Tupperware. Je l’emporterai chez moi. Je n’aime pas gaspiller.
– Z’est comme tu veux. Qu’ezz qui y a, za va pas ?
– Si, si ! …  … En fait non, je n’arrive à rien depuis trois jours. Pas une once d’inspiration.

– Z’est la panne quoi ! Z’est pas grave, za arrive tu zais, za va revenir ! »

– Ha, hahaha ! … T’entends ça, Tonio, l’inspiration de l’écrivain, elle bande plus… hahaha ! … hahaha ! »

Claude qui n’en manque pas une, un coude sur le comptoir et l’autre en levier pour déverser son calva dans le gosier déjà bien ardent, saute sur l’occasion.

« Ah za z’est fin ! »

Alors qu’elle file en cuisine avec le plat du jour à peine entamé, Tonio, à quelques mètres, derrière son comptoir y met son grain de sel. Il interpelle son client de la table 7 :

« T’as essayé de changer de place ?  lance-t-il d’une voix très audible.

– Pardon ?

Le patron s’approche de Fernand surpris.

– Ben ouais, la table 7, t’en as peut-être fait le tour.
– Je ne comprends pas, Tonio. Tu sais bien que j’affectionne cette place depuis toujours.
– Ouais je sais. Comme je sais que t’aimes la poêlée d’encornets et ici on ne t’en fait pas tous les jours, je me trompe ?
– Euh, non, mais…

Fernand ne voit pas où Tonio veut en venir avec son analogie. Quel est le rapport ? Tonio passe derrière lui, face au comptoir.

« Si tu te places à la une, à l’intérieur, qu’est-ce tu vois ?
– Je ne sais pas. C’est quelle table la une ?

– Moi, je vais te le dire.

– Tu vois le bar dans toute sa longueur, tu vois le profil des clients, côté gauche, peut-être le meilleur, peut-être le pire. De la table 4 tu devines le droit. Mais de la une tu peux voir le déhanché de Marie-Elisabeth quand elle passe avec les plats chauds, tu vois sa petite moue contrariée quand elle revient avec les assiettes vides. Et avec un peu de chance, tu peux la voir en direct se taper le lustre que je me refuse à retirer, salaud de patron que je suis, au lieu de te retourner, toujours après l’accident, alerté par le rire général.
– Heiiiin, z’est malin !
l’interrompt Zozotte en haussant les épaules, revenant sur la terrasse.

– Dis donc, t’es inspiré toi aujourd’hui, s’étonne Fernand qui retrouve soudain le sourire.

– Mais je le suis chaque jour, reprend Tonio comme un comédien son texte, avec aplomb et sa fierté d’auvergnat, derrière le comptoir, devant, à la terrasse ou même à la cave. Parce qu’un café c’est une scène de théâtre où on joue des pièces en continue dans tous ses recoins.
– Haha !
s’esclaffe le Claude. Et ici on est aux premières loges !
– Tiens par exemple, à la table 5, t’es face au tableau noir où Françoise s’amuse à noter ses citations, des phrases des clients, triées sur le volet, SES phrases, attention ! … c’est le tableau de madame et pas question d’y inscrire mes jeux de mots à deux balles et encore moins tes répliques salaces, Claude.

– Argh ! On est des incompris, lâche par dépit ce dernier.

– Alors le mec de la 5, chaque fois qu’il lève la tête, il lit ces phrases, entre chaque bouchée ou chaque gorgée, il les connaît par cœur, à force, elles lui rentrent dans la tête et ressortent avec d’autres mots qu’il ne soupçonnait même pas exister dans son imagination et qu’il ne prend même pas la peine de relever, trop fainéant pour demander une page blanche et un stylo. Il se fait son film sans rien dire, en avalant, une bouchée, une gorgée, puis une autre, en silence. Parfois, s’il est désinhibé, il m’appelle et me fait l’honneur de sa trouvaille. Parfois seulement. Parce qu’il est pudique souvent, le client de la 5. Et je ne te parle même pas de la 13, pile en face des toilettes. Faut les voir y entrer et en sortir soulagés de leurs petites contrariétés. Ils ne payent pas de mines, pour tes portraits justement ! »

Personne ne semblait pouvoir arrêter Tonio dans sa fougue verbale. Fernand était impressionné de le voir aussi volubile. C’était bien la première fois.

« Et ben mon vieux, je crois que la leçon a fait son effet.

Demain, je change de table ! »

Zozotte ne semble pas du même avis.

« Z’est n’importe quoi, Fernand. Tu vas pas croire zes zottizes ?
– Tu sais quoi, Zozotte ? Je crois que j’ai faim.
– Zans déc ? …

– Je veux bien que tu me réchauffes ce pot au feu. » 

Vous voulez la suite ? … cela ne dépend que de nous  !

Le décor est planté ! La rubrique Brèves du Café nous attend pour animer ce petit monde selon notre imagination et notre culture sitcom, série télé ou scène de théâtre !