Harkness entre à la BNF

Aujourd’hui, c’est son premier jour d’embauche… à mon deuxième !

Comme son grand frère, Des Bleus à la belle étoile, il y a trois ans déjà. Le même teint rose mais un peu plus épais, et pourtant il ne fait pas de rugby. Regardez comme il est beau !

Il est plutôt dans la musique, mon Harkness. Bruce Springsteen, vous connaissez ?

Lui non plus, faut lire… Quelle histoire !

Depuis ce matin, il la raconte aux lecteurs de tous âges. C’est ça son travail !

L’autre jour, il a déposé sa candidature à la BNF*, de façon tout à fait légale… la démarche souple, le pelliculage brillant gominé (vous m’connaissez, je l’ai bien arrangé, mon fils), quand le formulaire commence à le brocher… genre !

– Nom, prénom !
– Harkness, au cœur d’un concert de Bruce Springsteen.
– Matricule !
– 979-10-227-8347-7.
– Vous êtes nouveau ?
– Euh, oui.
– Lieu de naissance ?
– Imprimerie Jouve en Mayenne.
– Taille, largeur, poids !
– 210 cm, 148cm, 254 pages.
– La catégorie érotique, ça vous intéresse ?
(mais enfin !)
– Euh, non… plutôt roman, classique.
(c’est bien, mon fils !)
– Je vois… chiant quoi. Et vos prétentions salariales ?
– 16 euros par livre.
– Et vous voudriez commencer quand ?
– Dès que possible…
– Publiez-vous ici le 14 décembre, on fera un essai.
– Merci m’sieur le formulaire.

Et voilà comment il est arrivé là. N’hésitez pas à aller le voir et demander ses services… C’est son travail maintenant… Vous lire son histoire !

Pour le trouver, je vais tout vous expliquer, c’est pas compliqué… 
Suivez-moi >>

(*) Bibliothèque nationale de France

Irradié… à jamais !

C’était le 26 novembre 2013. 

Je ne savais pas que c’était la dernière fois que j’allais être irradié de ton énergie démesurée. Quatre ans et quatre mois déjà. Pourtant c’est encore tellement là en moi. Beau repaire restera pour moi ton dernier album, mon dernier refuge, et ce concert au Zénith notre dernier délire, annonciateur de l’album suivant avec des musiciens en fusion et ta fille, ô combien « si touchante ». J’entends encore sa voix…


« Je suis du village l’idiot et j’entends les rumeurs de la villeuuuu ! »

Un cri déchire le rideau, jusque-là invisible, qui venait de tomber sur la scène.

Izia

La bouille de son père, la banane et la voix en canons, la môme Izia klaxonne…
24-9-90, sa p’tite gonzesse qui a vu le jour et qui réapparait là, à nouveau dans la nuit, avec ce même cœur dans la gorge, cette même rage en dedans du père…

l’irradié, le sage, le fou, le débile.

« Je suis du village l’idiot et j’entends les rumeurs de la villeuuuu ! »

Hou ! Tout le Zénith frissonne. On ne peut l’être moins. Le père s’émeut visiblement. Embrassades, étreinte physique autant que musicale. Ils s’aiment assurément.

Un final d’anthologie, plus d’une demi-heure d’irradiation qui a contaminé toute la scène jusqu’au public transporté depuis deux heures dans cet immuable aéroplane blindé qu’est un concert de Jacques Higelin,  pour un voyage extraordinaire au bout de la nuit.

Derniers instants, dernière capture

Tout a commencé vers 20h30, ce mardi, quand l’artiste à son Zénith, avec un dernier album aussi beau qu’abouti (Beau repaire, à lire ici >>), a fait son entrée dans un délire d’alarme où, de ce monde à la dérive, barré comme un bateau ivre, il se fait d’un soir commandant de bord.

Et il faut le voir sur sa guitare nous emmener de Paris à New York, dans un aller-retour fulgurant et vivifiant, nous extirpant de notre torpeur, de cette asphyxie ambiante avec une énergie en trois syllabes qui fait écho jusque dans nos cœurs.

Un retour arrière à ses débuts sous le groove d’un Mona Lisa Klaxon ou d’un Œsophage Boogie, cardiac’blues au son de cuivres endiablés et surtout de la basse retrouvée du vieux pote, Eric Serra.

Ca déménage, on est scotché, Jacquot en reste muet d’émotion.

Et la nuit promet d’être belle car voici qu’au fond du ciel apparaît là, une rousse… au chocolat. On s’en délecte. De la gare de Nantes à celle d’Angoulême, tout s’enchaîne. Comme ce duo d’anges heureux formé avec une Sandrine Bonnaire, femme fatale d’un soir, saisie d’une sainte frousse que tout le commun des mortels croit voir à ses trousses. Troublante et troublée, déraillant parfois, elle rattrape le train de sa voix tremblante  étranglée dans un moment de partage et de grâce intenses.

La vie n’est pas faite de hasard, nous confie-t-il, mais de belles rencontres comme celle-ci.

On veut bien le croire. Et puis vient cet instant magique, cette communion ultime avec tous, le public, ses musiciens, mais avec elle avant tout.

Trombone, sax et trompette, ouvrez lui le passage… Et vous magicien pervers, faites entrer vos instruments de ménage… Prévenez de ma part mes amis nécrophages que ce soir ils sont  priés de rester dans leurs marécages.

Voici mon message : cauchemars, fantômes et squelettes, vous pouvez ranger vos idées noires, près de la mare aux oubliettes, tenue du suaire au placard !

Irradié, voyageur immobile,
Irradié, je suis le sage, le fou, le débile et…

 Izia fera le reste… inoubliable !

Mais déjà le ciel blanchit.  Jacquot, on te remercie de nous avoir si bien reçus.

Toi l’ami qui soigne et guérit la folie qui nous accompagne et jamais ne nous a trahi.

(article publié ici le 30 novembre 2013)

Merci pour tout, Jacques… pour tes mots, ta musique et tous ces moments privilégiés, pour ce que tu es et restera pour moi, à jamais… une inspiration éternelle. Ciao l’artiste !

Deuxième Démarque

C’est le nom d’un groupe composé de deux jeunes musiciens que je connais bien et qui, du haut de leurs 35 ans amassés sur un compte épargne-temps commun depuis leurs naissances… ou presque, écrivent et composent avec talent.
Des chansons abouties, force de travail et d’oreilles musicales, à l’envi, comme des portes qu’ils voudraient voir s’ouvrir sur une grande scène quand derrière eux d’autres doucement se ferment sur une adolescence encore incertaine.

L’idée m’est venue de comprendre à travers leur expérience comment naît une chanson.

Des mots sur une musique, un rythme ou bien…
des accords sur des paroles, une émotion ?

J’avais un titre !     (première partie)

Antoine a bien voulu répondre le premier à ma question.

« Le pont des artistes », c’est lui.

Lui qui a écrit le texte. Sam, son compère, a contribué à finaliser la musique.

« A la base j’avais un titre ». 

Ne lui demandez pas d’où ça lui vient !

.

Oubliez le Pont des Arts au dessus de la Seine…
ou les quais imaginaires d’une autre scène, place Delille à Clermont-Ferrand, où guitare sur le dos les mots se seraient exilés pour fuir la rive trop droite d’un lycée, là où le bac n’accoste pas.

Une émission peut-être ou il l’a lu. « Je ne sais pas » qu’il vous dit, n’insistez pas !

Le titre, il s’est levé avec un jour, il lui plaisait, l’inspirait, et il s’est dit, j’ai envie d’écrire une chanson dessus. Point.

Alors comment sont venues les paroles, la musique ?

« Je ne l’ai pas écrite d’un coup. Il y a eu plusieurs jets. Tout d’abord elle a pris une forme différente. Après j’ai commencé à écrire le texte comme ça et en même temps je posais les accords dessus. Et j’ai trouvé la mélodie en écrivant, en fait. C’est un peu bizarre… »

Rien de bizarre… L’inspiration ne souffre d’aucune règle, si ce n’est l’évidence.

Je résume. Un titre, des premiers mots, des accords qui se posent dessus, une mélodie qui se dessine, des paroles qui se réécrivent dessus et un rythme qui les cale. C’est ça ?

« Ouais, si tu veux »

En tout cas le résultat sonne comme une belle promesse d’avenir… Moi j’aime !

A écouter… à plus d’un titre ! … ici ! >>

Et si vous aimez, partagez… dîtes-leur ! 

Comme un air de campagne…

On y entre par la porte des Lilas ou celle du Pré Saint Gervais, entre le parc de La Villette, celui des Buttes Chaumont, la rue de Belleville et le périphérique, une enclave bucolique, un hameau pittoresque, un petit air de province qui vous prend là.

La campagne à Paris, ça n’est pas que le square de Montsouris ou le petit îlot pavillonnaire historique de la porte de Bagnolet, c’est aussi le 19ème arrondissement, son quartier du Danube jusqu’aux abords chantants de la rue de Mouzaïa.

Liberté, Egalité et Fraternité…

plus qu’une devise de notre république, triptyque de rues publiques indivisibles, un tableau qui enchante par ses chemins de traverses, villas pavées et fleuries, des réverbères éclairant la scène à chaque passage des artistes en costumes de briques colorées, de céramique et de meulières.

Trois rues que l’on emprunte dans un sens ou un autre, peu importe, tant que l’on n’oublie pas de faire une halte dans ce lieu atypique qu’est le café Aux petits joueurs, rue de Mouzaïa.

Entrée de garage ou bar de routiers, on ne sait trop quoi penser devant cette façade jaune aux allures de province. On entre, c’est grand, des tables alignées comme dans une cantine, au milieu une scène, il ne manquerait plus qu’un feu au milieu de ce campement tzigane pour jazz manouche.

Parce que ce soir, on joue du jazz manouche avec un quartet qui promet autour du guitariste aux doigts affûtés, Michael Gimenez, un violoniste, un contrebassiste et un batteur, tous des pointures, bien chaussés dans leurs instruments.

« Ici on déguste de la bonne musique
et on écoute de bons petits plats ! »

Parce qu’on mange aussi, à la bonne franquette et à la bonne charcutaille, sélectionnée avec soins par le patron, dit Bobosse, un astérisque sur le menu vous raconte pourquoi. Je vous laisse le plaisir de la découverte.

La formule plaît, l’ambiance est conviviale. Tout pour passer une bonne soirée.

Des plats et des prix corrects quand la musique ce soir là était, elle, excellente… de Django à Oscar Peterson en passant par Petrucciani ou encore Duke Ellington… une version de Caravan endiablée !

Aux petits joueurs, vous l’aurez compris, à l’extérieur comme à l’intérieur, le « déparisement » est assuré !

Vous aussi, offrez-nous vos coups de coeur dans une de ces rubriques : avis d’expo, de spectacle,  avis de ciné, avis de lecture ou encore avis de théâtre !

La fête des mots…

Au Café de la Page blanche, le 21 juin, ce sont des mots que l’on joue dans la rue.

Moi je joue de la plume.   Plume

J’adore ! … parcourir la rue de la Page blanche et rejoindre tous ces groupes délurés et jouer des mots ensemble. Je me souviens, l’an dernier, il y en avait un qui jouait du crayon de papier.

Whouah ! … quel son sur sa gratte !

Un peu gras pour certains, mais quelle impro ! … Avant que ce mixeur à la gomme ne l’efface en augmentant le volume du grand feutre noir. Il faut dire que les mots du black étaient plus grands, plus ronds, ils parlaient à tout le monde qui scandait son refrain.

Mais le must, l’an passé, c’était la section des Bic. Ils écrivaient à une allure, montant descendant les gammes du Larousse, avec une telle fluidité qu’il m’était difficile de les suivre. Avec ma plume à bec, je faisais tâche à côté du Bic rouge qui paraphait son solo avec brio quand je cherchais encore les mots de mon inspiration, mon instrument à la bouche.

W  h  o  u  a  h   !

Je suis resté bouche bée aussi, je me rappelle, devant ce morceau de rap joué à la craie sur un tableau noir. Les mots grinçaient sur un rythme saccadé, c’était cru, c’était fort.

Qu’ils sonnaient bien ces poèmes en slams sur la scène !

Ah ! … c’est bien simple, la fête des mots dans la rue de la Page blanche, si vous saviez comme on se la raconte, on se croirait dans une parade à la Nouvelle… Orléans.

Et ce n’est pas le Jazz Band du Café de la page blanche qui vous dira le contraire !

Et vous, vous l’imaginez comment la fête des mots demain dans la rue ?

Ce billet est un petit clin d’oeil à la question du boudoir de Phédrienne : la fête des mots, une utopie ?
Quand les idées se rencontrent ! 😉

Ce plaisir…

Ecrire.

Avec un stylo bille, feutre ou plume ou encore un crayon à papier, la mine taillée sur mesure aussi précisément qu’une barbe qui caressera sans la heurter, la peau douce et fragile de ma dame… la Page Blanche, ce n’est pas le même plaisir.

Ecrire.

Avec un clavier, Azerty ou Qwerty, d’un ordinateur fixe ou portable, depuis une tablette ou un téléphone blackberry, I Phone ou autres Android derniers cris, c’est encore autre chose.

Je ne parle même pas de l’écriture vocale via un dictaphone ou autre appareil enregistreur.

Ecrire.

Avant même que les premiers mots d’une idée, une histoire n’ait germé dans la tête.

Ecrire.

Prendre un crayon, un stylo entre ses doigts, le triturer, gratter des lettres, des formes et des mots sur une feuille, comme si on les dessinait, sans avoir au départ le moindre but, le moindre projet, c’est aussi un plaisir que l’on retrouve chez les musiciens. Le stylo, le crayon, est son instrument. Son toucher, son contact avec la feuille lui donne envie d’écrire comme le bec d’un saxophone de souffler dedans et produire une note, s’essayer à la baisser d’un demi-ton ou de jouer toute sa gamme.

Le plaisir de lire un mot écrit qui épouse l’autre, le même plaisir d’entendre  une note jouée et d’aimer l’écart mineur ou majeur avec la précédente. On s’attarde dessus comme on s’attarde sur une idée qui germe à partir d’un ou plusieurs mots. Ainsi naît la musique, sa musique !

Ecrire.

C’est un plaisir que j’ai découvert en me posant devant une page blanche, avec un mot parfois en tête, un sentiment souvent au coeur, beau comme une couleur ou triste comme un dégradé de gris auquel je n’avais pas de mot à associer… enfin je le croyais.

Puis elle arrive, avec sa horde de mots en vrac mais déterminés. Ce sont des bons, ce sont les bons, parce que évidents, non calculés. Je les pose sur ma feuille blanche, gêné, presque pour ne pas les contrarier. Et puis je me surprends à être ému par eux.

J’écris.

Elle est là, l’idée, avec l’excitation du premier lecteur que je suis et qui se demande où l’auteur l’emmène. Mais… mais l’auteur c’est moi ! … L’excitation grandit, une sensation de pouvoir même s’installe.

J’écris.

Les images sont nettes, les odeurs distinctes, la musique dans le bon tempo. Je me laisse porter par ce sentiment qui ordonnent mes mots. Ils prennent forme sur ma feuille, une forme littéraire que je ne me connaissais pas.

Une complicité est née. La feuille blanche est devenue mon alliée, je sais que des mots, toujours plus nombreux, viendront à ma rescousse. Vingt ans que j’écris, ils ne m’ont jamais laissé tomber.

Ecrire.

Avec un stylo, un crayon, ce plaisir est devenu plus rare, je dois l’avouer, le stockage électronique offrant tant de facilités, surtout quand on écrit souvent. Fini la gomme, fini les ratures, fini l’écriture illisible, fini surtout de recopier le soir !

Et pourtant parfois, j’ai la nostalgie de ces instants, je me surprends à gratouiller sur une feuille et je me revois au pied de cet arbre à chercher l’inspiration, la boule au ventre tant les émotions me dictaient les mots qui ne demandaient qu’à être les élus de mon cœur.

Ecrire.

Quel que soit le support, le moyen, ici dans ce blog-café, derrière mon clavier ou dehors sur un banc derrière un bloc-notes, c’est toujours un moment de plaisir entre les mots et moi.

L’émoi devient sublime quand les mots surgissent et me surprennent, quand l’inspiration me submerge et tout semble si facile, instant rare où je ne me regarde pas écrire, où je laisse les mots prendre les commandes et mes doigts exécuter leur figures capricieuses, insolentes et aussi légères qu’une plume qui ne cherche plus son style, qui s’accepte tel que je suis.

Ecris !

De quel instrument joues-tu, toi ? … clavier, crayon, stylo-plume ? … Quel style de musique ? … Partageons ici ce plaisir d’écrire  !

L’ami Caouette

L’ami Caouète, me fait la tête. Qu’a Caouète ?
La p’tite Noé, veut plus m’parler. Qu’a Noé ?

A vous !

Un nouveau jeu pour agrémenter vos longs trajets de vacances.

Faites vos bagages sur ce blog… Rendez-vous dans la rubrique L’ami Caouette… 

Les liens qui se nouent…

The ties that bind… comme un clic en moi, dans mon ventre qui m’attache à la déferlante du bolide qui s’élance, là, sur scène, avec moi à son bord.

The ties that bind… comme un déclic en moi, dans mon cœur, relâchant une émotion forte qui ressemble à un sanglot dont je retiendrai toute larme.

The ties that bind… comme un cyclique émoi, dans tout mon être, chaque fois que ces notes retentissent à mes oreilles, comme une odeur d’enfance retrouvée que je croyais oubliée et qui remonte avec elle tous ces souvenirs qui m’enivrent d’une espèce de mélancolie.

Ces liens qui se nouent, qui sont nous, en nous… et que l’on ne saurait défaire dans nos entrailles comme des nœuds mouillés par nos larmes versées… de joies ou de tristesses infinies.

Oui mais encore…

The ties that bind… comme un clic en moi, je disais… Il aura suffit d’un roulement de batterie, du tintement de deux notes de guitares « Ta dain !!  … Ta dain !! » pour réveiller en moi cette toute première fois où j’ai passé la cassette dans mon magnétophone de cet album* extraordinaire qui restera pour beaucoup une référence.

Et pour cause, ces premières notes y étaient pour quelque chose, je l’ai compris seulement l’autre soir, ce jeudi 5 juillet 2012, à 20h59. Le Boss entame son deuxième concert à Paris Bercy pour une nuit mémorable, une prestation d’anthologie de 3h39 qui consacre ce qu’il est, un homme de cœur autant que de scène, généreux et heureux, en communion totale avec ceux qui l’aiment, avec ceux qu’il aime, son public et ses musiciens, 16 rien que ça, complétant le mythique E Street Band, un show extraordinaire pour la postérité de l’homme et de son œuvre, revisitée.

Un concert où il se livre comme jamais auparavant, juste et sincère dans la voix, enthousiaste et insouciant comme un gosse dont les élans et la fulgurance le poussent jusqu’à se fondre dans la foule et se laisser happer, porter par les vagues humaines en délire qui finiront par le refouler sur la plage électrique de sa scène.

Il ne faut pas seulement être fan pour être touché par ce phénomène. La performance est autant physique que musicale. Chaque détail de l’orchestration de ce show en mouvement est une pure merveille, les tambours, les cuivres, l’accordéon, les chœurs et le violon, autant d’ajustements qui contribuent à une harmonie encore plus totale de son groupe et de sa musique que l’on croyait déjà complète.

Chaque concert du Boss est différent, chaque morceau une nouvelle version propre à l’instant, en tient pour démonstration une setlist de 31 chansons dont 15 au moins  diffèrent de la veille, rien que ça !

Bruce Springsteen est passé dans ma vie, il y a vingt-cinq ans déjà, et jeudi soir je ne vous mentirai pas si je vous dis que j’ai eu cette sensation rare et sublime d’une première fois.

Tenth avenue freeze-out… comme un dernier tour sur scène, un dernier morceau en hommage à l’emblématique saxophoniste, Clarence Clemons décédé l’an dernier, et remplacé avec autant de brio que de symbole par son neveu dont la voix de son instrument durant la soirée nous ramenait sans cesse en mémoire l’imposante stature du Big Man que les écrans n’ont pas manqué de nous offrir en images quand la chanson s’est arrêtée, nette, sur sa célèbre phrase « and The Big Man joined the band ». Bruce, la guitare en bout de bras levé, est resté figé dans un silence musical couvert par l’ovation brouhahantesque du public qui lui rendait hommage. Et le morceau reprenait à l’endroit exact de l’interruption comme si le Boss avait appuyé sur la touche play, et d’en finir avec le marathon de son œuvre. Et quelle œuvre !

3h39, sans interruption, à enchaîner des morceaux les uns plus enlevés que les autres, jusqu’à ce « For you », seul au piano, et ce « Racing in the Street » qui n’en finissaient pas de nous émouvoir au plus profond de sa voix.

Et de demander au public au bout de trois heures, dans un français maîtrisé, « Fatiguéééé ? ». Et nous de lui crier à chaque fois « noooon ! » dans un mensonge jamais avoué. A terre, le Boss se relève et tend son harmonica en signe d’épuisement, vers le premier rang. Je n’y étais pas… je n’y étais pas !

Cela restera mon seul regret qui nourrira encore cette même envie, restée intacte, d’y retourner en me promettant que cette fois on ne m’y reprendra plus… je serai au premier rang, l’harmonica dans la poche.

Si Bruce Springsteen n’était pas ici pour moi prétexte à écrire, alors je n’écrirais jamais. Je lui dois bien ça. Merci Boss pour ce grand moment !

* « The ties that bind » premier morceau du double album « The river » (1980)
 

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Coup de blues au Réservoir !

Aujourd’hui, faire le plein du réservoir, on le sait et on a beau râler, ça coûte bonbon !

Mais il est un Réservoir, qui, une fois qu’il a fait le plein, ne manque pas de culot pour se remplir encore les poches.

Un peu de décence tout de même !

Ca se passe à Paris dans le 11ème, rue de la Forge-Royale. Ce n’est pas sans aplomb que ce lieu branché de la vie nocturne parisienne s’affiche sur son site comme un lieu de privilégiés, un club comme il se nomme, propice à l’épanouissement des artistes et la découverte de nouveaux talents.

Et il n’y a rien à redire, ce soir-là, la musique live au Réservoir, c’était du super ! … Mais à quel prix ?

Cela aurait été d’autant plus super qu’à 15 euros l’entrée on ait pu occuper la place assise ou debout que stipulait le billet pour assister au concert.

Seulement en arrivant, on est plus facilement sur le cul que le cul sur une chaise. Tout d’abord, il faut reconnaître que l’endroit en jette avec ses poutres apparentes, sa déco baroque atypique créée de toutes pièces pour simuler l’aspect d’une ancienne forge en l’honneur de la rue qui lui sert d’adresse, des tentures, des sculptures, des grands miroirs et des luminaires insolites, il y a même une cage en fer forgé, de vieux fauteuils et canapés en velours rouge.

Mais très vite, ce sont les videurs qui en jettent. Tous ceux qui oseraient s’aventurer devant la scène ou dans la salle, au risque d’obstruer la vue des privilégiés qui, eux, ont réservé une table pour « leur » dîner concert. C’est bien simple, sans réservation pour dîner (repas autour de 45€ environ, sans les boissons), vous êtes gentiment convié à longer le bar, parqué avec les autres en file indienne, chacun tentant de deviner un bout de la scène, à défaut de voir les musiciens.

Oui mais voilà, un malheur n’arrive jamais seul. On aurait pu penser qu’accoudés au bar, on soit idéalement placés pour être servi les premiers d’une petite bière pression.

Que nenni ! … Figurez-vous qu’au Réservoir, à la pompe, il n’y a qu’une seule serveuse pour tout ce « tiers » monde, son collègue s’attelant à servir en priorité « les nantis » en salle qui commandaient.

« Ca va, vous n’êtes pas tout seul ! » me répondit sèchement l’employée, débordée qu’elle était à composer des cocktails et à qui je demandais gentiment de ne pas m’oublier, un quart d’heure que j’attendais patiemment mon tour. Chaque fois qu’elle ouvrait la bouche les mots semblaient vouloir s’échapper de la porte de prison qu’elle tenait en guise de sourire. Je n’ai pas répondu et fui avec eux. Bref, je reviendrai plus tard dans la soirée, sans pression, pour une bière bouteille à 6 euros pièce, premiers prix.

Et encore heureux que la musique était bonne !

Le blues sur scène aidait à oublier celui en bord de salle. Ca déménageait sous la Gibson du soliste et pourtant personne ne bougeait à table, ça dînait tranquillement, applaudissant entre deux fourchetées. On est loin de la ferveur des salles du New Morning, du Trianon et autre Cabaret Sauvage de la Villette… de vrais ambiances de concert !

Ce jeudi 19 avril, il y avait du blues et du bon avec l’énergique groupe français Blues Power Band précédé d’un non moins excellent Hub, au son authentique du sud de la Louisiane.

Tous deux ont réussi à me faire oublier un instant ce foutage de gueule ambiant.

Bref, on ne m’y reprendra plus…

la prochaine fois, j’irai faire le plein de musique live ailleurs !

Vous aussi, arguez de l’humeur de vos coups de gueule ou coups de coeur dans la rubrique avis d’expo, de spectacle ou encore avis de théâtre ou avis de ciné !

Des mots sur un air de jazz…

L’improvisation, c’est le nerf du jazz !

Elle transporte ses messages entre les membres d’un corps musical pour que chacun articule son instrument, organe moteur de leur musique, organisme bien vivant.

L’improvisation, c’est le nerf du bœuf que les jazzmen sur scène affectionnent, matraquant  sur un rythme fou ce que leur dictent à tort ou à raison leurs instruments.

Je pourrais continuer à jouer comme eux toute la nuit avec mes mots comme ils me viennent sur ce thème. Mais poser des mots directement sur un air de jazz, c’est une toute autre paire de manche, un autre set, quoi !… Si je puis me permettre une dernière fois – je suis incorrigible, vous l’aurez deviné ! – cela n’est pas sans risque de taper sur les nerfs plus que sur ses pieds à mesure que le rythme défile et les mots se défilent .

Car le jazz c’est d’abord un rythme, un coeur qui bat :
swing, cool, bebop, à contretemps, syncopé… toujours vivant !

Le jazz, c’est aussi un son, le souffle de la vie qui passe dans ce corps instrumental. Ce sont ces mots que les instruments prononcent et qui nous charment par leur accent de cuivres claironnant, de cordes vibrant, de tambours battant, tels des bambins dans une crèche balbutiant leurs premières onomatopées. Pada pada pada padap … Biiii bap !

Et que nous disent-ils ? … Les aides maternelles se posent sans doute la même question et pourtant, comme le public de jazz, instinctivement elles perçoivent leurs intentions.

Et si on essayait à notre tour de mettre des mots sur cette musique,
des mots qui respirent… qui battent la mesure de notre coeur ?

Claude Nougaro était très fort dans cet exercice. Ses mots savaient trouver la résonance des thèmes d’origine.

« Quand le jazz est, quand le jazz est… là !  »

Allez-y, chantonnez ! … On entend presque le frottement des baguettes sur les charleys et le coup de grosse caisse sur le premier temps, non ?

Essayons, je disais ! … Il ne s’agit pas pour moi de vous faire ici un cours de musique, je n’en ai pas la faculté, loin de moi l’idée. Je vais même vous dire, j’improvise complètement cet article. Ça tombe bien, c’est le sujet. Et j’espère qu’il saura vous faire jaser.

Mais assez parlé, écoutons plutôt ! … « So What de Miles Davis« 

Cliquez sur l’image !  (à défaut de pouvoir l’écouter sur un meilleur support, car le son ici est plutôt médiocre)

Ecoutez en boucle,
fermez les yeux… vous voyez quoi ?

Imaginez chaque instrument comme un mouvement dans un décor ou comme un personnage principal qui agit, qui parle.

Imaginez... à l’envers du film « ascenseur pour l’échafaud » de Louis Malle où Miles Davis a improvisé en direct la musique du film sur les images, à votre tour vous improvisez les images à l’écoute du thème de ce morceau de jazz culte.

Décrivez ce que vous voyez, posez les mots qui vous viennent sur la pellicule de votre film… sur quelques lignes.

Comme vous le sentez, essayez  !

Vous n’êtes pas obligés de suivre scrupuleusement l’exercice…
Postez un commentaire comme il vous vient.