Seules

Mathilde se remarie !                                 Épisode 14  / 15

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Mathilde, 29 ans, mariée, fidèle, rêve toujours de prince charmant, de robe de princesse, nostalgique du plus beau jour de sa vie, dix ans déjà !
Sandrine, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, mais rien à foutre, pas croyante, le mariage, très peu pour elle, célibataire, hédoniste de nature, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup, ou deux, et transgresser les codes dès qu’elle peut.
Catherine, Cathy pour les intimes, collègue de Mathilde, 38 ans et toujours célibataire, à fond sur Meetic, rêve de mariage en grand avec une robe blanche, elle y croit !
Lætitia, chef de Mathilde, 45 ans, divorcée, deux enfants, terminé pour elle les mecs qui ne s’assument pas et jouer leur mère au foyer, elle veut voyager et s’éclater, profiter de la vie, quoi !
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis cinq ans, elle a fait son deuil, mais les hommes, le mariage, c’est de l’histoire ancienne.

— Catherine, bonjour ! … Ah ! Monsieur Régnard…

Oui… Oui, j’ai passé un bon week-end (elle bâille bruyamment) … Excusez-moi, il était aussi très fatigant… Non, Monsieur Régnard, ce n’était pas un week-end en amoureux. Oui, d’accord… Qu’est-ce qui vous arrive ? … Désolée, je n’étais pas là ce matin et Lætitia ne devrait pas tarder…  Heu, Mathilde ? Elle ne sera pas là cette semaine… Des soucis personnels, rien de grave. Enfin, si ! … Enfin, non ! Je vais regarder votre problème d’…

Un téléphone portable entonne la musique de l’Harlem Shake. Cathy plonge sa main libre, dans son sac à mains, posé à ses pieds.

— Heu, excusez-moi, monsieur Régnard, dit-elle tout en fouillant à l’aveugle, mais… rho ! T’es où toi ? … Non, il n’y a pas de danse, je vous rassure, c’est juste mon tél… Ah! le voilà ! Allo ? … Régis ? … Attends deux secondes ! … Monsieur Régnard, j’ai une urgence sur une autre ligne, je vous rappelle tout de suite sans faute.

Elle raccroche aussitôt.

— Ah ! Régis, il faut que je t’explique… Allo ? … Allo, tu m’entends ? … T’es où ? … Hein ? … T’es dans les toilettes ? … Ah bon ? … Ça capte mal ? … Tu n’veux pas parler plus fort ? Parce que là je t’entends à peine. Je te rappelle sur ton fixe. Hein ? … OK OK, reste là ! … Hein, quoi ? … … Mais faut pas mal le prendre, Chouchou ! C’est un malentendu pour ce week-end, je t’assure. Bon, d’accord, j’étais à Venise mais c’est pas du tout ce que tu crois. Oui, je sais qu’on devait aller chez Ikea, mais là, c’était une question de vie ou de… Enfin, je ne peux rien te dire… … Mais non je ne te cache rien. Enfin, si. Mais ça n’a rien à voir avec toi… Mais ni avec un autre ! Pourquoi faut que tu compliques tout ? … Je ne peux rien te dire… Je te jure sur la tête de Kiwi qu’il n’y a pas d’autre homme… On n’était qu’entre filles. Oh ! et va pas… oh !  Des fois y en a qui en sont, j’en connais… mais pas moi ! Hein ? … Ben, je disais ça comme ça… On a juste simulé avec Sandrine, j’te jure… Je ne peux pas te dire… J’te jure ! … Sur la tête de Kiwi… S’il te plaît, crois-moi, ne gâche pas… Allo ? Régis ! … Han ! … Jésus Marie… J’ai juré sur… Allo ? … Régis ? … Allo ? … la tête de Kiwi…

Lætitia débarque dans l’open space, elle voit son amie abattue sur sa chaise, quand les autres filles de l’équipe baissent la tête, comme si de rien.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Régis n’veut plus se marier… Bouh !

… Il dit que pour ne pas être allée chez Ikea c’est qu’il y avait forcément un autre homme. Et moi comme une conne j’ai rien trouvé de mieux que de lui parler de vos trucs-là.
—  Quels trucs ? commence à craindre le pire la chef.
— Maintenant il croit que je suis comme vouuus ! Bouuuh !
— Qu’est-ce que t’es allée lui raconter encore ? chuchote-t-elle pour ne pas attirer l’attention de leurs collègues, une oreille au téléphone et sans doute l’autre qui traîne. Allons dans mon bureau, ajoute-t-elle, prenant les devant.
— J’en ai marre des hommes ! Ils ont tous quelque chose qui ne colle pas, se plaint Cathy en la suivant.
— Ce n’est pas faute de t’avoir prévenue, lâche Lætitia après avoir fermé sa porte.
— Un coup, c’est le dentiste qui veut plus quitter sa femme, un coup c’est l’étudiant qui ne revient pas d’Australie, un coup c’est le skipper qui préfère la mer, quand c’est pas la mère qui préfère qu’on se quitte. J’en peux plus !

Cathy s’écroule littéralement sur la première chaise qu’elle trouve.

— Ça en fait des coups dis-moi ! plaisante Lætitia. Y en a qui restent sur le même coup toute une vie avant de se rendre compte que ce n’était pas le bon. Toi, au moins, tu n’as pas ce problème… Haha !
— Bouh ! Mais moi je veux fonder une famille ! continue de s’apitoyer sur son sort l’éternelle célibataire. Je suis fatiguée !
— Je comprends, rétorque sa responsable. Moi aussi. Je viens de dormir huit heures d’affilée et je n’arrête pas de bâiller.

Les deux filles sont sur les nerfs de n’avoir pratiquement pas dormi du week-end, surtout Lætitia qui a assuré seule le retour cette nuit au volant de son 4×4.

Tandis que Sandrine et Joëlle sont restées à Venise pour retrouver Mathilde.

— C’est trop compliqué les mecs, confie Cathy à sa responsable dans un élan de désespoir. Finalement c’est vous qui avez raison.
— Mais de quoi tu parles ?
— On va toutes finir gousses… Tu veux bien m’apprendre, dis ?
— Mais ça
ne s’apprend pas, enfin! Cathy, cesse tes lubies !
— Ah bon, c’est dans les gènes, tu crois ?
— Ne te fais pas plus bête que tu n’es, la recadre Lætitia. Il s’agit de sentiments, c’est tout. Moi j’ai aimé un homme et une femme profondément dans ma vie.
— T’es bi alors ?
— Mais tu ne t’arrêtes jamais, toi ! Je suis rien du tout, s’emballe l’interrogée. Je suis moi et j’aime qui je veux. Qu’est-ce que c’est que ces cases à la con !

Lætitia entrouvre la fenêtre et allume une cigarette, faisant fi du règlement intérieur. Cathy poursuit ses lamentations.

— Au final, tu vois, on se retrouve toutes sans mec…

ou sans… Heu, enfin tu vois ce que je veux dire. C’est Sandrine qui doit bien se marrer, tiens ! … Y a pas un bonhomme pour rattraper l’autre !
— Je te rassure, il y en a des bien, l’interrompt l’expérimentée derrière un halo de fumée. Des très bien même !
— Ils sont tous pris, tu parles, pouffe Cathy dégoûtée.
— Ou bien ils ne se laissent pas prendre.
— T’en as connu un, toi ?
— Ah ! s’exclame Lætitia, perdue dans ses volutes, c’est une vieille histoire. Il était parfait. Moi pas, faut croire. J’avais besoin de danger, de mains de jardinier, d’explorations d’aventuriers.
— Et alors ?
— Alors, j’ai épousé des mains de jardinier qui étaient surtout expertes en comptabilité. Mon Louis. J’ai eu deux gosses avec lui et un début de déprime.
— Tu regrettes ?
— Non. À quoi bon ? sourit la femme divorcée. J’aurais pas su faire autrement. J’aime mes enfants, même si leur ressemblance avec le père me sort par les yeux. Ah! il ne les a pas ratés le salaud. Non, je ne regrette pas. J’ai fini par me chercher et j’ai trouvé Joëlle, un beau jour, chez Mathilde.

C’était un mal pour un bien. On n’échappe pas à son destin.

— Ah, bon, tu crois au destin, toi aussi ? s’étonne Cathy.
— Je ne sais pas, mais ce qui est sûr c’est que si j’étais restée mariée à l’époque, aujourd’hui je pèterais les plombs.
— Et tu l’as revu ?
— Qui, mon ex-mari ?
— Non, l’autre… Le parfait !
— Oui, une fois par hasard, aux Galeries Lafayette. Il y a très longtemps, j’étais enceinte du deuxième.
— Et alors ?
— Il était accompagné d’une femme plus âgée que moi, la trentaine bien passée, plus belle aussi, parfaite quoi ! Ils se tenaient par la taille. Ils jouaient et riaient comme des gosses… Ça m’a fait un choc.
— Pourquoi ?
— Parce que j’avais perdu tout ça. J’avais tout ce que je désirais à la place, la maison, la voiture, les bijoux, les voyages, mais y avait déjà plus rien au fond de moi. À vingt-huit ans.
— T’as fait quoi ensuite ?
— Le bonheur des Galeries à défaut de celui d’un homme.

Tu vois, y a pas qu’eux qui passent à côté de l’essentiel.

Cathy est désolée pour son amie qu’elle sent touchée depuis la dispute à Venise.

— Tu as des nouvelles de Joëlle ? Tu crois qu’elle t’en veux encore ?
— Je ne sais pas. Sans doute, d’après Sandrine, lâche Lætitia, en écrasant sa cigarette sur le rebord de la fenêtre.
— Elle t’a appelée ?

— Oui… Elles ont retrouvé Mathilde.


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2 commentaires pour Seules

  1. Tételle dit :

    Bien joué pour le cliffhanger…..

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  2. Zezette dit :

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