Comme ça, sans raison…

Comme ça, sans raison… une impulsion.

Je vous demande si ça vous arrive parfois d’avoir envie de tuer quelqu’un ?

Est-ce que vous allez finir par me foutre la paix ?
Je meurs, barrez-vous !
Quel effet ça fait ?
Un peu comme un… lavabo qui s’vide !

Alors bon voyage !

Déconner, toujours déconner, y’en a marre de déconner.
T’as qu’à proposer autre chose, toi !
Donne-moi du blé… j’aurais des idées.

On n’est pas bien, là ? Hein ? Tu les sens les coussins d’huile, sous ton cul ?

Ca sent la fraude fiscale.
A quoi tu sens ça ?
A l’épaisseur de la moquette !

Tu l’trouves pas un peu bizarre toi c’mec ?
A quel point de vue ?
T’as pas l’impression qu’il aurait derrière la tête comme l’idée de m’enculer ?

La vie est une prison.
La plus terrible de toutes parce que pour s’en évader il faut passer l’arme à gauche.

T’es tout seul avec ta honte. Et moi ta honte je la transforme en bonheur…

Après ça, on dira que la vie est belle !

Comme ça, sans raison… une impulsion.
Je vous demande si ça vous arrive parfois d’avoir envie de descendre quelqu’un ?
Est-ce que vous allez finir par nous foutre la paix ? … On meurt, barrez-vous !
Quel effet ça fait ?

Un peu comme un… salaud qui s’tire !

Alors bon voyage, monsieur Depardieu !

Des valseuses à Tenue de soirée en passant par Buffet froid, quelques répliques le raccompagnent, en garde du cœur, à la frontière du supportable, une manière à moi de ne garder que le meilleur de l’acteur, sans en ajouter en diatribes.

Quelques répliques cultes parmi d’autres qui, elles, restent bien sûr parmi nous parce qu’elles font partie de notre patrimoine.

Buller dans Paris…

Mais de qui se moque-t-on, là haut ?

Palais de la découverte
L’autre jour je bullais dans Paris, dans un jardin sauvage, pas piqué du vert, en plein coeur du quartier mondain et luxueux des grands palais de la capitale. J’étais assis sur un banc, seul, face à une mare dans ce lieu magique et paisible, enfoui sous une place au pied du majestueux Palais de la Découverte.
Je lisais discrètement un chapitre de l’inavouable (aux yeux de mes collègues et ceux de mes fidèles compagnons de métro) « 50 nuances de Grey », quand Anastasia s’apprêtait à recevoir une fessée. Je retenais ma respiration autant que ma pudeur, inutile dans ce lieu quasi désert, quand j’entendis des gloussements au dessus de moi. Je levais la tête.
Deux enfants jouaient, l’un pointant son doigt vers le bas. Non loin, deux femmes échangeaient en ricanant sans que je pus  distinguer un seul de leurs mots. L’une semblait scruter également le square.
Mais de qui se moque-t-on, là-haut ?

Je suis sûr que vous avez une petite idée !

Remplissez ces bulles avec ce qui vous vient à l’esprit.

J’avais comme le sentiment d’être pris de haut,
mais peut-être n’étais-je pas le seul !

Palais de la découverte - squareJardin Anne-Sauvage, place du Canada

Ancien Jardin de la Vallée Suisse, vestige du pavillon suisse de l’exposition universelle de 1900.

Sur-SAU-t de filles…

Mathilde se remarie !                                 Épisode 2  / 15

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Mathilde, 29 ans, mariée, fidèle, rêve toujours de prince charmant, de robe de princesse, nostalgique du plus beau jour de sa vie, dix ans déjà !
Sandrine, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, mais rien à foutre, pas croyante, le mariage, très peu pour elle, célibataire, hédoniste de nature, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup, ou deux, et transgresser les codes dès qu’elle peut.
Catherine, Cathy pour les intimes, collègue de Mathilde, 38 ans et toujours célibataire, à fond sur Meetic, rêve de mariage en grand avec une robe blanche, elle y croit !
Lætitia, chef de Mathilde, 45 ans, divorcée, deux enfants, terminé pour elle les mecs qui ne s’assument pas et jouer leur mère au foyer, elle veut voyager et s’éclater, profiter de la vie, quoi !
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis cinq ans, elle a fait son deuil, mais les hommes, le mariage, c’est de l’histoire ancienne.

Lundi, au bureau.

Dans le grand open space du Service d’Aide aux Utilisateurs du département Financements Immobiliers Locatifs et Leasing pour Entreprises, le S.A.U. de FILLEs comme tout le monde l’appelle ici, ça jacasse.

Et pour cause, il n’y a que des filles au téléphone dans ce service dirigé par Lætitia.

— Catherine, bonjour ! … Oui… Tout à fait ! …  Non… Mais bien sûr, Monsieur Régnard ! C’est gentil… Votre problème de PBA est résolu alors ? … Ah, je vois… Oh ! vous savez parler aux femmes, vous… Non, pas demain midi … J’ai peur que… Oui, promis, monsieur Régnard … Ah! mais si vous aviez dix ans de moins, je ne dis pas… Oh ! … C’est gentil ! … Oh ! … Monsieur Régnard, on pourrait vous entendre !

C’est Lætitia qui l’entend surtout, s’agaçant de la teneur de la conversation.

— C’est Régnard ?

Cathy, la main sur le combiné, grimaçant : « oui ! »

Lætitia lui subtilise l’appareil et d’un ton sec sermonne son interlocuteur.

— Bonjour Stéphane. C’est Lætitia. Tu as un souci ? … Oui … Oui … Oui … Tout va bien, donc ! … Alors pourquoi tu embêtes encore les filles ? Tu ne crois pas que l’on a assez de boulot comme ça ? … Elle t’ensorcèle, ben voyons ! Ça va être de sa faute … … Écoute, avant qu’elle songe à tromper son mari, laisse-lui déjà le temps d’en trouver un, faire un gosse avec, peut-être deux, et vivre heureuse deux ou trois ans, hein ? … C’est ça … Bonne journée. Au revoir !

Elle raccroche et se tourne aussitôt vers Cathy :

— Régnard, mais comment tu fais pour rentrer dans son jeu ? Quel lourdingue celui-là !
— Mais, il est gentil. Ça fait du bien d’entendre des compliments des fois.
— Je rêve ! Il récite les mêmes boniments depuis dix ans que je le connais. T’es jamais fatiguée, toi. Le Dick Rivers de la dernière soirée, ça ne t’a pas arrêtée !

Mathilde, un bureau à côté, sort la tête du dossier qu’elle est en train d’éplucher et éclate de rire.

— C’est vrai ! Où t’es allée le chercher celui-là ? C’est ma mère qui était contente !
— La pauvre Joëlle, renchérit la chef, il ne l’a pas lâchée de toute la soirée et toi t’as rien fait pour l’en débarrasser. T’es soûlante parfois, tu sais ?
— Mais c’est pas moi, c’est Sandrine. Et puis je croyais que…
— Que quoi ?
— Ben que… Tu vois… Joëlle pouvait être intéressée… Il était plus de son âge, non ?
— Mais enfin, ma mère ne cherche pas un mec. Et puis même ! Elle n’est pas désespérée à ce point ! T’as vu sa dégaine au type, c’était… Hoho !

Elle éclate de rire à nouveau. Lætitia coupe court à la conversation.

— Passons, les filles, je ne suis pas venue pour ça. (S’adressant à Mathilde) À nous, ma grande ! Tu l’as consulté ?
— Oui mais je n’ai pas fini de l’étudier. Le paragraphe…
— Mais je ne te parle pas du dossier Romberg, idiote. Je te parle du site avec les robes de mariées.
— Hein ?
— Vas-y, connecte-toi !

Cathy se lève et suit Lætitia vers le poste de Mathilde, toute excitée.

— Oh ! j’peux voir, j’peux voir ?

Le téléphone de Mathilde sonne. Lætitia appuie sur une touche pour le faire taire et fait danser la souris sur son tapis jusqu’à obtenir ce qu’elle veut voir.

— Regarde celle-là, elle n’est pas craquante ? … J’adore son style années 20 !

— Bof, ça ne fait pas mariage, je trouve, grimace Cathy.
— Et toi, Mathilde, qu’est-ce que tu en penses ?
— Elle n’est pas un peu courte ?
— Avec les jambes que tu as, tu seras irrésistible … Regarde ces dentelles !

Mathilde ne dit rien. Elle affiche un air grave tout d’un coup, puis s’écarte de l’écran.

— Tu parles ! Irrésistible pour qui ? Paul ne veut pas entendre parler de ce « délire de nanas », comme il dit.
— Tu ne te remaries plus ?
— Qui parle de mariage, Cathy ? la recadre la chef. Il s’agit d’une preuve d’amour. Montrer à celle qu’on aime que l’on pourrait se réengager tous les jours s’il le fallait. Car rien n’est acquis.
— Hein ? Quoi qui est à qui ?
— Bon, Cathy, soit tu regardes les photos, soit tu suis la conversation. Mais là, ça ne va pas le faire d’une seule oreille.
— Oui oui, j’écoute, j’écoute.
— Ce mec-là, il est à l’ouest total, ma pauvre Mathilde.
— Quel mec ?
— Paul ! De qui crois-tu qu’on parle, là ? Il pense qu’en se mariant il a oblitéré un ticket pour la vie et qu’il n’a plus qu’à rester sagement assis dans son train train quotidien entre le wagon restaurant et celui couchette.
— Paul a pris le train ? Mais pour aller où ?
— Oh ! tu es exaspérante !

Mathilde est au bord des larmes.

— Il ne me regarde plus. Il n’a même pas vu que je suis allée chez le coiffeur.
— Ah bah, là, quand même ! T’as coupé au moins dix centimètres !
— Il faut les faire descendre du train ces hommes-là. Mon Louis, ça a été pareil. Et crois-moi, une fois à quai, il a fait des pieds et des mains pour refaire partie du voyage. Sauf que le prix du billet augmentait au fur et à mesure que j’ouvrais les yeux.
— C’était quel voyage ?
— Pitié, Cathy, suis un peu ! … Mathilde, il n’est pas question de céder, ma grande.
— Qu’est-ce que je peux faire ?
— On ne va pas le laisser nous gâcher la fête, quitte à la faire sans lui !

— Tu veux dire qu’elle va se remarier toute seule ?

— Et pourquoi pas ? Allez, au boulot, les filles ! Trouvons la plus belle robe qui soit !


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Ibra’cadabrantesque !

Le feuilleton tragi-comique de l’élection du président de l’UMP n’en finit pas d’alimenter la toile et de déchaîner les canards comme les émissions télé, chacun y allant de son analogie, tant le monde politique regorge de déchirements en tout genre pour accéder au pouvoir.

Le congrès de Reims qui a opposé Aubry et Royal en 2008 suscite l’analogie la plus évidente s’agissant de la quasi même élection, mais à gauche. D’autres sont allés chercher l’élection présidentielle américaine de 2000 qui opposait Al Gore à Busch et dont le dépouillement de Floride a duré également plusieurs jours. Il y en a même qui nous ont ramenés en 2010, en Côte-d’Ivoire où Gbagbo et Ouattara ne démordaient pas l’un et l’autre de leurs victoires retardant le dénouement après une guerre civile.

Bref, chacun détenait son analogie quand moi je cherchais en vain la mienne.

Et c’est en regardant le résumé du match du PSG le week-end dernier face à Rennes qu’elle a poussé comme une fleur dans mon esprit, empoté jusque là !

« Pas d’Ibra, pas d’chocolat », s’amusait-on a lire sur le net, tant l’équipe parisienne se retrouve handicapée moteur sans son meneur.

Mais oui, tout se tenait là !

Qui ne connaît pas Zlatan Ibrahimovic, une figure charismatique dans le monde du football, une attraction à lui tout seul au Paris Saint-Germain, autant pour les fans, les curieux ou les amateurs de ballon rond que les joueurs sur le terrain qui aspire implicitement à lui coller dans les pieds ce même ballon ?

1m95, 95kg, visez la bête, mesdames ! … un colosse suédois aux jambes affutées, au regard animal qui surgit et exécute des gestes incroyables, empruntés aux arts martiaux, qui tranchent dans le vif un pauvre ballon qui n’a plus qu’à filer droit en sifflant sa douleur… une douleur communicative qui arrive très vite aux oreilles du gardien adverse, condamné le plus souvent à ramasser l’objet dans ses propres filets, communiant ensemble la même détresse.

Qui n’a pas vu et revu, même contre son gré, bien sûr que si, mesdames ! … ce but abracadabrantesque en ciseau retourné, de plus de vingt mètres contre l’Angleterre, pour le compte de la Suède ?

Mais Ibra n’est pas connu que pour ses exploits sportifs mais aussi et surtout pour sa personnalité à l’égo surdimensionné.

Et c’est là que je tenais mon analogie. L’UMP comme le PSG, sans son mentor, son meneur de jeu hyper-égocentrique, est incapable d’insuffler élan, cohésion et ligne stratégique à son équipe, chacun resurgissant un égo démesuré trop longtemps enfoui, masqué par l’aura indiscutable du grand et unique chef.

L’adversaire n’en demandait pas temps.

L’équipe de Rennes, réduite à 9 pendant quarante minutes, a déclassé le PSG dans son parc des nouveaux princes du Qatar. Tout comme le parti socialiste, l’équipe aux rênes de la France, empêtrée dans l’impopularité et les couacs en tout genre, ressort gagnante de ce match ubuesque au sein de l’UMP.

Mercredi, Ibra est revenu, auteur d’une passe décisive, pour une victoire limpide à Kiev, qualifiant le PSG pour ses deuxièmes huitièmes de finale de son histoire dans la prestigieuse européenne Ligue des Champions.

Alors à quand le retour de Sarko pour retrouver le chemin du but… son but, qu’il fomente en coulisses, dans une réalisation hollywoodienne, un retourné de situation en pleine lucarne… de 2017 ?

Ce serait juste… Ibra’cadabrantesque, non ?

Tous rêves berbères allumés !

Fellag et ses petits chocs des civilisations.

J’étais au théâtre du Rond-Point pour l’avant dernière de son spectacle.

Quels chocs et quel plaisir !

Oh ! pas un électrochoc, non… mais plutôt une succession de petits chocs acoustiques, doux et drôles, qui bousculent, qui accrochent, qui éraflent les clichés, les tabous de nos civilisations franco-maghrébines si liées malgré nos différences… dans le tourbillon de l’histoire…

On s’est connus, on s’est reconnus, on s’est perdus de vue, on s’est reperdus de vue, on s’est retrouvés, on s’est réchauffés puis on s’est séparés.

Vous connaissez l’air, et même l’histoire, avec les maux qu’elle a engendrés entre nos peuples. Fellag, lui, délie les langues… tantôt française, tantôt arabe, avec ses mots à lui qui nous parlent de cet amour vache mais aussi de cet amour lâche qui nous appelle et dont il nous rappelle avec tendresse et ironie les ingrédients, en petites secousses, ces petits chocs… qu’il amortit toujours avec ce grand chic pour nous faire rire.

Quand on le voit entrer dans sa cuisine, les légumes sur la table, la s’couscoussière sur le feu, on n’est loin d’imaginer que son spectacle est une vraie petite bombe. Quoi que… en cette période sensible où le péril terroriste est permanent, certains aux premiers rangs pouvaient ne pas se sentir rassurés.

Et Fellag ne s’est pas gêné pour en abuser.

Car quand il entre dans sa cuisine, c’est bien pour se mettre à table après avoir cuisiné en grand chef nos petits défauts qu’il étale avec humour. Ecoutez plutôt !

(le sourire jusqu’aux oreilles) : Une étude internationale vous a décerné le titre de pire touriste du globe terrestre.
(semblant sérieux) : Le monde entier vous reproche d’être râleur radin arrogant impoli…
(puis moqueur) : ben alors qu’est-ce qui se passe ?
[…]
Heureusement que nous sommes là, hein ? …
Il ne vous reste plus que NOUS… on vous trouve bien, NOUS… on croit en vous, NOUS …
(les bouts des doigts de chaque main rassemblés, soudés, pointant vers le ciel) … Nous aussi on veut être français, avec le béret, la baguette et un passeport français pour aller partout dans le monde. Comme ça nous aussi on pourra être arrogant, impoli… (et de finir avec un) … Allez, casse-toi pauv’con ! (pan !)

Ah! … Il faut le voir pédaler comme un dératé sur le vélo du tour des mets favoris des français. Et pour cause le couscous est en tête. « Comme vous nous aimez, quelle plus belle déclaration d’amour ».

Et de finir par nous faire crier dans la salle « On vous aiiime ! »

Parce que les ingrédients de cet amour, ce couscous qu’il nous concocte, ses légumes sur la table et nous tous ensemble plongés dans sa marmite, dans ce théâtre, assis les uns à côtés des autres, riant aux éclats tel des poivrons qui crépitent au fond de leurs cœurs, des carottes, des navets et des courgettes qui bouillent de plaisir,  français, maghrébin, les deux peut-être, peu importe, tout nous parle, nous transporte à travers le fumet irrésistible d’un style, le bouquet parfumé d’une écriture.

Belle métaphore l’artiste !

Mais alors… quand on s’est connus, quand on s’est reconnus, pourquoi s’perdre de vue, se reperdre de vue, quand on s’est retrouvé, quand on s’est réchauffés, pourquoi se séparer ?

Tel semble être la petite flamme que ce fou de rêves berbères* a allumé en moi ce soir.

Je vous inviterais bien à courir voir son spectacle, mais aux dernières nouvelles, le directeur du théâtre lui aurait délivré un avis d’expulsion samedi dernier. Décidément !

La prochaine fois, ne le ratez pas !

* « L’allumeur de rêves berbères » est le titre d’un de ses romans que je n’ai pas lu mais dont j’aime beaucoup l’expression du titre, en nostalgique de ce beau métier cher au Petit Prince de Saint-Exupéry. 
 

Vous aussi, laissez parler vos émotions dans une de ces rubriques :
avis d’expo, de spectacle ou avis de théâtre ou encore avis de ciné !

Les brèves du Café…

Trois briquets dans la nuit

« Salut Tonio !
– Salut Khalid ! Je te sers un demi ?
– Ouais, je vais le boire avec mon ami, en terrasse…
– Fernaaando Torres ! beugle-t-il en s’approchant de la table 7 où se tient Fernand, la tête dans ses écrits.

– Alors, on ne dit pas bonjour à son pote Khalid ? »

Se retournant, surpris, Fernand esquisse un sourire et serre la main tendue par son ami, ou plutôt son collègue de bureau, pour peu que l’on puisse considérer le café comme leur lieu de travail.

Depuis deux mois que Khalid cherche un boulot, il a élu domicile au Café de la Page blanche, comme pour se donner bonne conscience, penché sur une feuille blanche, un stylo dans une main, sa bière dans l’autre, tantôt planchant sur une lettre de motivation, tantôt sur son CV. Très vite en levant la tête, il avait repéré Fernand avec qui il ne tarda pas à se prendre d’amitié et dont la faculté à faire des belles phrases le ravit immédiatement.

Fernand l’appréciait aussi, pour son bagout, son aisance à se lier avec les gens. Il pensait déjà à lui pour un personnage dans ses essais qui n’en finissaient pas de s’essayer et de ne jamais voir le jour. Tout n’était que brouillon pour l’instant, rabâchait-il souvent à Zozotte qui s’impatientait que son livre soit édité pour trouver dans une librairie une part de gloire à travers son propre personnage.

« Bonjour Khalid ! Ca me fait plaisir de te voir.
– Alors t’avances bien ? … fais-voir ! … je peux ? …

Le milieu ambiant est l’âme des choses. Whahou ! … Chaque chose possède une expression propre, et cette expression lui vient du dehors.

– Et bé ! … C’est chiadé !
– Merci, c’est juste un brouillon pour l’instant…
– Hé ! Tu sais quoi, j’ai pécho l’autre jour grâce à ton livre.
– Lequel ?
– Prévert. Comment c’est le titre déjà ? … Ma parole !
– Ah, celui-là ! … Paroles. Tu as aimé ?

– Ouais, j’adore. On peut faire une pause à chaque page. Cool ! C’est court, c’est nickel pour moi. En plus  y a des passages, c’est trop de la balle !
– Ah oui ?

– Justement l’autre jour, j’sortais avec une bourgeoise du 8ème, je l’ai bluffée. Tu vas pas m’croire, écoute. Elle me sort texto au p’tit matin: « on est quel jour ? ». Z’y va que je lui réponds direct : « on est tous les jours mon amie, on est tous les jours mon amour ».

Et là, elle a kiffé grave, j’te jure. C’est trop fort Prévert ! »

Fernand sourit, loin de penser que la prose de Prévert puisse être un outil de drague efficace.

« Et tu utilises souvent les vers de Prévert pour… séduire ?
– Y en a un qui marche à tous les coups, c’est c’ui des briquets, là !
– Des briquets ?
– Ah, comment ça fait déjà ? … Ah, oui ! … j’allume trois briquets dans la nuit, le premier pour voir ton visage, le second pour voir tes yeux, le troisième pour voir ta bouche et là, et là… écoute, écoute… Et l’obscurité toute entière pour me rappeler tout ça en te serrant dans mes bras. Trop fort j’te dis !
– Il s’agit d’allumettes il me semble.

– Ouais mais ça marche aussi avec des briquets »

Fernand ne peut s’empêcher d’éclater de rire gentiment.

« Pourquoi tu ris ?
– Oh, rien… c’est ta façon de le raconter, on dirait une charade ! »

Et Fernand rit à nouveau plus généreusement.

« Oui, mais je m’applique t’inquiète ! … Merci en tout cas, c’est trop bien comme bouquin.
– T’en as d’autres des comme ça, de lui ?
– Tu veux que je t’en fasse une liste à la Prévert ? s’amuse à lui proposer Fernand.
– Ouais, ouais que de Prévert. L’autre jour tu m’as fait lire du Beaudelaire, c’est trop triste ! »

Tonio dépose alors le demi sur la table des amateurs de poésie et interpelle Khalid sur leur sujet fétiche.

« T’as vu le carton rouge de Zlatan samedi ? … On est mal, on est mal !
– Trop la classe son geste de kick boxing… Tout ce qu’il fait c’est la classe ! »

A ce moment-là, Françoise entre dans le café : « Pff … ça parle encore football ! »
Khalid s’offusque alors :
« Et z’y va, elle, on parle de Prévert depuis un quart d’heure !
– Laisse tomber, le reprend Tonio, ça fait une semaine qu’elle est de mauvaise humeur, tout ça parce qu’elle n’a personne à son atelier d’écriture pour retraités. Chut, la r’voilà !
– Vous connaissez Prévert, Madame Françoise ?
– Hein ?

– L’histoire des briquets. C’est un mec, il allume trois briquets dans la nuit.
Il s’arrête et se reprend :

– Ca marche aussi avec des allumettes ! » 

Vous voulez la suite ? … cela ne dépend que de nous  !

Le décor est planté ! La rubrique Brèves du Café nous attend pour animer ce petit monde selon notre imagination et notre culture sitcom, série télé ou scène de théâtre !

Le Blue mot

Ecrire comme je joue,

Ecrire comme j’improvise,
Sur trois accords d’un blues
Et un art [des] mots que j’électrise.

Le blues c’est quoi ?

Trois accords, trois tonalités, trois couleurs,
Cinq notes, une pentatonique mineure,
Une même phrase qui se décline dans tous les sens, en pleurs, et…

la Blue note, cette inflexion de la quinte qui serre le cœur.

Ecrire comme je joue, pourquoi pas ?
Suivant une phrase pentatonique de mon blues, cinq mots pas plus,

  • Le sujet dans le rôle de la note tonique, ça va de soi,
  • Le verbe dans celui de la tierce, conjugué en mineur,
  • La quarte et la quinte laissant leurs places aux compléments d’objets directs ou indirects qui permettent de nous situer dans l’action,
  • Quant à la septième mineure, il faut l’imaginer comme une préposition, un petit plus, intrigante et toujours prête à abattre sa quarte.

Ecrire comme j’improvise,
avec le Blue mot qui vous prend là !

Ca donnerait quoi ?

  • Ma penta de mots, par exemple :  Je suis amoureux de toi
  • Mon Blue mot  : Fou
  • A cela, comme tout musicien qui joue du blues, j’ajoute des effets : Whaou ! … Oh ! … Hou ! … Yé !

C’est parti… en pure improvisation !

Je suis amoureux de toi.
Oh ! Je suis amoureux de toi.
Toi, toi, toi, toi !
Je suis amoureux, hou !
Je suis fou amoureux de toi.
Je suis toi, je suis deux, whaou !
Amour, eux, toi, hou !
Fou amoureux de toi,
Fou amoureux, fou amoureux, fou amoureux, fou amoureux,
Fou amoureux, fou amoureux, fou amoureux, fou amoureux de
Toi, toi, toi, toi !
Je suis âme a-mou-reux !
Jeu, amour, toi, Whaou !
Fou amoureux de toi…
Je suis, Oh !
Fou amoureux de toi…
Je suis amoureux de toi.

Ho yé !

Vous voulez essayer ?

Pour s’amuser à écrire avec du rythme et du son, il y a aussi « My name is Band,.. » !
.

Buller dans le parc (2)

Mais qu’est-ce qu’il a à ricaner, celui-là ?

Je ne vous ai pas tout dit, l’autre jour quand je bullais dans le parc, allongé sur le dos sur un banc de marbre au niveau de la fontaine de la Pyramide, dans les jardins de Versailles. Vous vous souvenez ?
Mais si ! … je travaillais mes abdos, comme toujours après mon footing et mes étirements :
« une minute vingt, une minute vingt et une, argh ! …vingt-deux, arrrgh ! … vingt… tr..ois … »
Quand à quelques mètres de moi des éclats de voix me firent me redresser d’un bloc sur le banc.
« Vingt quatre ! »
Et ben, il était là, juste derrière moi, appuyé sur son bâton, genre Gandalf le blanc bec, mais sans sa cape ou encore DSK sortant de sa salle de buis  !  … Il était là avec son air sarcastique à me regarder suer sur mon banc.
Qu’est-ce qu’il pouvait bien se dire celui-là ?

Je suis sûr que vous avez une petite idée !

Remplissez cette bulle avec ce qui vous vient à l’esprit.

Pour une fois que je vous offre un bâton pour me faire battre, profitez-en !

À l’heure de (se) défiler…

Mathilde se remarie !                                  Épisode 1  / 15

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Mathilde, 29 ans, mariée, fidèle, rêve toujours de prince charmant, de robe de princesse, nostalgique du plus beau jour de sa vie, dix ans déjà !
Sandrine, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, mais rien à foutre, pas croyante, le mariage, très peu pour elle, célibataire, hédoniste de nature, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup, ou deux, et transgresser les codes dès qu’elle peut.
Catherine, Cathy pour les intimes, collègue de Mathilde, 38 ans et toujours célibataire, à fond sur Meetic, rêve de mariage en grand avec une robe blanche, elle y croit !
Lætitia, chef de Mathilde, 45 ans, divorcée, deux enfants, terminé pour elle les mecs qui ne s’assument pas et jouer leur mère au foyer, elle veut voyager et s’éclater, profiter de la vie, quoi !
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis cinq ans, elle a fait son deuil, mais les hommes, le mariage, c’est de l’histoire ancienne.

— Qu’est-ce qu’on fout ici ?

Lætitia, de sa belle voix grave et suave, interroge les filles qui attendent, comme elle, devant l’entrée des Caves de la Mignonne, à Sancerre, où se tient un salon du mariage. Cathy, toujours aussi intimidée par sa responsable, se sent obligée de répondre.

— Il paraît qu’il va y avoir un défilé… Heu, enfin… Je crois.
— J’avais compris, Cathy. Il n’empêche, je me demande bien ce qu’on fout ici. Elle n’est pas destinée aux futures mariées, cette soirée ?
— Bah ! …

Cathy baisse les yeux, n’osant avouer qu’elle espère bien, un jour, être concernée.

— Tu as raison, Lætitia, intervient Joëlle, l’air désabusé. Je ne comprends pas non plus notre présence ici. Tu ne comptes pas te remarier tout de même, ma Choupette ! dit-elle, en se tournant vers sa fille.

Mathilde soupire, levant les yeux au ciel. Si seulement elle pouvait revenir en arrière. Ce merveilleux jour lui semble si loin.

— J’ai eu les invitations dans Elle et Marie-Claire. Autant en profiter ! J’adore voir les défilés. Alors, en plus, avec des robes de mariées, ça va être trop chou !
— J’espère surtout qu’ils seront à la crème, les choux, Poussin ! lui souffle Sandrine en l’attrapant par la taille. Moi, je n’suis ici que pour la picole et les p’tits fours. Ce serait un comble qu’il n’y ait pas de pinard dans une cave !
— Ne commence pas à m’appeler Poussin ou je déchire ton invitation sur le champ. On n’a plus dix ans !
— Je rigole, Mathiiilde, détends-toi !
— Comment tu fais pour boire et manger tout le temps sans prendre un gramme ? se désole Cathy devant la minceur de l’effrontée. Moi, dès que j’mange un bout de chocolat il vient se carrer là ! ajoute-t-elle en montrant son ventre.
— Le secret tient en cinq lettres, ma p’tite Cath’, lui répond Sandrine : le sport ! Viens courir le dimanche matin, tu verras comme ça décrasse des toxines de la semaine.
— J’sais pas courir… Han !

Le téléphone portable de Cathy sonne. Elle semble en panique.

— Excusez-moi… Oui, allo ? … ALLO ! … J’entends rien… Allo ? … T’es où ?

Tandis qu’elle s’éloigne, Lætitia en profite pour se renseigner.

— Mais on attend qui au juste ?
Une amie de Cathy qui devait nous rejoindre, répond Mathilde.
Depuis quand elle a des amies en dehors de nous ? lâche Sandrine avec son ironie habituelle.
Sauf qu’elle est en retard et qu’on risque de rater le défilé, poursuit Mathilde, l’air stressé comme si elle allait se marier.
— On pourrait bien rater le buffet aussi, ajoute Sandrine. Quand tu vois ce qu’il y a au menu. Rien qu’à le lire, j’ai la dalle.
— Cathy a raison, tu ne penses qu’à manger et boire.
— Et toi qu’à te remarier, Poussin ! Oups! Pardon… Je ne recommencerai pas, juré, craché.
— T’es fatigante ! Et puis, qu’est-ce que tu racontes ?
— Il ne faudrait pas grand chose pour que tu ressortes ta robe du placard, hein ?
— Pff !
— Tu n’rêves que d’ça… Tu kifferais de repasser une de ces robes, j’me trompe ?
— Et combien même ! Je suis déjà mariée, je te rappelle. Parle plutôt pour toi !
— Pitié ! Épargne-moi ce grotesque. Le mariage et moi ça fait deux, tu sais bien.
— Mais pour tout le monde, rétorque poliment Joëlle, provoquant un rire général.
— Pas faux, rit de bon cœur Sandrine. Moi je veux bien qu’on kiffe la robe, qu’on s’éclate dans une méga teuf, mais la mairie, l’Église et tout le tralala, très peu pour moi. Rien que le discours du maire fait flipper.

Qu’il dirait « je vous marie au nom de la loi, vous avez le droit de garder le silence, si vous ne vous soumettez pas à tous vos devoirs, tout ce que vous direz pourra être utilisé contre vous », ce serait du pareil au même. Moi, je ne me laisserai jamais mettre derrière des barreaux.

— Comme tu exagères, Sandrine, tempère Joëlle.
— Oh ! à peine, partage Lætitia. Heureusement qu’il nous reste le droit à un avocat pour le divorce.
— Que vous êtes tristes, les interrompt Mathilde. Et l’amour dans tout ça ?
— C’est bien là le mystère, répond Lætitia. J’ai beau regarder en arrière, je ne sais pas à quel moment il s’est fait la malle, celui-là. En tout cas, c’était bien longtemps avant que je ne lui emboîte le pas.
— Mais qui parle de se marier ici, d’abord ? relance Joëlle. Ma fille l’est déjà. Elle est juste venue voir un défilé par nostalgie. Hein, ma Choupette ?
— C’est exactement ça, maman, dit Mathilde en l’étreignant. Elles sont en train de gâcher mon plaisir.
— Mais personne ne te dit le contraire, revient à la charge Sandrine. Je dis juste qu’on ne devrait pas être obligé de se passer la corde au cou si le trip c’est une belle cérémonie dans une belle robe.

Et si on organisait justement une belle bringue, comme ça, pour le plaisir de porter une de ces robes ?

Sandrine montre les tenues sur les affiches collées à l’entrée.

— Ça ne te ferait pas kiffer, Pouss… Mathilde ?
C’est vrai qu’elles sont magnifiques. Mais bon… Je… enfin, ça ne se fait pas.
Et pourquoi pas, juste comme ça… Pour les dix ans, tiens !
T’es folle !

Joëlle et Lætitia se regardent interloquées.

— Encore une idée loufoque de Miss Sandrine, dit la deuxième. Où tu vas les chercher ?
Oublions les conventions et faisons-nous plaisir, merde ! Mathilde rêve de porter une de ces robes, de revivre ce grand moment. Elle n’est pas condamnée à rester brimée le reste de sa vie !
Mais enfin, s’éberlue Joëlle, tu ne veux pas qu’elle se remarie, tout de même !
— Et pourquoi pas ? insiste l’effrontée. On devrait renégocier le contrat tous les dix ans, moi j’dis.
— C’est pas con, souligne Lætitia. Au moins ce sera l’occasion de mettre les points sur les i et de voir si ton homme est toujours aussi motivé. J’aurais sans doute économisé quelques bonnes années de ma vie.
— Alors, Mathilde, qu’est-ce que t’en dis ? Il est temps de renouveler le bail avec Paulo !
— Mais t’es complètement folle !
— Moi j’adore l’idée, se réjouit Lætitia.
— Ma pauvre fille, où est-ce qu’elles t’emmènent ?
— N’inverse pas les rôles, Joëlle, dit Sandrine, c’est elle qui nous a emmenées ici. Moi je ne fais qu’interpréter ce que disent ses yeux. Regarde comme ils brillent !
— Pff ! …
— Et si on allait les voir, ces robes ? lance Lætitia. Je suis sûre que notre future mariée va craquer sur l’une d’elles.
— Mais, arrêtez ! Je ne vous suis pas dans votre délire.
— Allez ! on entre, moi j’ai la dalle. CAAATH’ ! hurle Sandrine, sifflant ensuite avec ses doigts pour être certaine d’attirer son attention. ON ENTRE !
— Il se gare. J’arrive ! lui répond Cathy.
— Il ? Je croyais que c’était une copine à elle, s’étonne Lætitia.
— Moi aussi, confirme Mathilde.

Cathy regagne alors la troupe.

— On peut y aller, il nous rejoindra à l’intérieur… Qu’est-ce que vous avez à me regarder comme ça ?
— Je croyais que c’était une amie à toi qui devait nous retrouver, dit Mathilde.
— Je ne t’ai jamais dit une amie, rétorque Cathy, je t’ai dit une connaissance.
— Attends Cath’, ne me dis pas… Non! … T’as pas fait ça ? s’inquiète Sandrine.
— Mais quoi ! s’agace l’intéressée. Il habite Nevers, ça aurait été dommage de…
— Elle l’a fait, j’y crois pas.
— Elle a fait quoi ? demande naïvement Joëlle.
— Elle nous ressort un plan Meetic, lui traduit Lætitia. Un gars d’internet, quoi.
— Attendez, c’est une soirée jeunes mariés, non ? Je ne vois pas ce qui cloche de venir accompagnée !

— Ce qui cloche ? T’es relou, putain ! C’était une sortie entre filles, qu’est-ce que tu nous ramènes un mec que tu n’connais même pas.

— Mais Sandrine, il habite…
Nevers, on a compris !
Si je ne le fais pas là, je ne le fais jamais.
Des fois jamais, ça a du bon, crois-moi, rétorque Lætitia, du fond du cœur.
Hein ? …
Bon, nous on entre, conclut Sandrine, on a assez attendu.
Je viens avec vous, il nous retrouvera à l’intérieur.

Cathy enfile des lunettes de soleil discrètement et sourit à Mathilde qui est la seule avec sa mère à ne pas lui crier dessus.

— Il me reconnaîtra avec ça.

Sandrine n’en croit pas ses yeux.

— Des lunettes de soleil ! On va dans une cave, Cath’.
T’inquiète, je vous suis de près.

En aparté, à Mathilde, elle montre sa boutonnière, toute excitée.

— J’ai aussi la petite fleur, là.
J’espère sincèrement pour toi que ce sera le bon, ma Cathy.

Mathilde embrasse affectueusement sa collègue de travail et entre avec la petite bande dans la cave. Un premier défilé est sur le point de démarrer. Pendant que Sandrine dévore des yeux le buffet, les autres se frayent un chemin au plus près de la scène.

— Hé, les filles ! Vous avez vu les p’tits fours ? … Et là-bas, les macarons ! Wouah ! Toutes ces couleurs, c’est magnifique ! Y a aussi une pièce montée, ça me donne faim, putain !
— Ramène ta fraise, l’interpelle Lætitia. Le défilé va commencer.

Sandrine la rejoint et s’assied à côté de Cathy tandis que Mathilde, Joëlle et Lætitia sont installées juste la rangée devant. La petite salle commence à se remplir. Une première fille fait son entrée sur la scène sous des applaudissements.

— Elle est vraiment belle ! s’émerveille aussitôt Mathilde.
Un peu osée, non ? ose souffler Joëlle à sa fille.
Tu crois ? rétorque celle-ci. Moi j’aime bien le côté échancré dans le dos.
Voyons les autres, ce n’est que la première.

Sans s’en rendre compte, Joëlle se prend au jeu, émue comme si elle allait vraiment marier sa fille. Cathy, elle, ne regarde pas que les robes. Elle alerte Sandrine d’un coup de coude, tout en retirant ses lunettes.

— Eh ! t’as vu le mec, là ? … Pas mal, hein ?
Lui, tu peux être sûre qu’il recherche une petite aventure avant l’heure fatidique pendant que sa promise fait le tour des traiteurs.
Pourquoi tu dis ça ?
— Le sixième sens, ma chérie. Je ne sais pas pourquoi ton Dieu t’en a dépourvu.
— Oh, ça va ! C’est autant ton Dieu que le mien. C’est pas parce que…

« Chuuuut ! » entend-on des rangées derrière. Alors que Cathy allait remettre ses lunettes, elle est prise de panique et les retire aussitôt. Une main sur sa boutonnière, elle tente de dégrafer sa fleur. Sandrine s’inquiète de la voir s’agiter ainsi.

— Qu’est-ce que tu fais ?
Aide-moi, s’il te plaît… Vite !
Quoi ?
Zut ! j’arrive pas à enlever cette foutue fleur en plastique.

Sandrine ne fait pas dans la dentelle, elle arrache la fleur et le bouton avec.

— C’est quoi ce délire ?

« Chuuuut ! » entend-on encore des rangées derrière.

— Ne te retourne pas ! Derrière-toi, c’est lui, j’en suis sûre. Les lunettes noires !

Sandrine se retourne discrètement et ne peut éviter de pouffer de rire.

— Mais tu l’as déniché où c’ui-là ? … Tu t’es inscrite sur Meetic seventies… Hoho! Pfffou !  On dirait Dick Rivers.
— Le salaud, murmure Cathy, il m’avait dit qu’il n’avait pas la quarantaine.
— Il ne t’a pas menti. Il y a bien longtemps qu’il ne l’a plus… Ahahah !

« Chuuuut ! » insiste-on des rangées derrière. « Allez discuter dehors ! »

— Tiens, dit Cathy lui tendant ses lunettes, tu peux me ranger ça dans ton sac, je vais aux toilettes ?
Hein ?

Tandis que Cathy s’échappe discrètement par le couloir opposé d’où arrive l’heureux élu du site de rencontres, Sandrine se retrouve avec une pièce à conviction dans chaque main. Elle se fait aussitôt remarquée par un homme tout vêtu de cuir noir qui se dirige directement vers elle. Retirant ses lunettes, il lui chuchote à l’oreille d’une voix rock & roll.

— Alors, on se rencontre enfin, bébé ?
Oh putain, non… Caaath !


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Dans la maison

Allez savoir qui manipule qui dans ce thriller bien amené par François Ozon, très jubilatoire j’ai trouvé dans son approche et de par la prestation de ses acteurs bien choisis.

Luchini égal à lui-même, le jeune Ernst Umhauer, banal élève doué très crédible de normalité, Kristin Scott Thomas, presque aussi nature que sa galerie d’arts invraisemblables est naturiste et où Yolande Moreau, dédoublée en sœurs jumelles peinturlurées des pieds à la tête, complète parfaitement les objets et autres tableaux loufoques. Je mettrais un bémol pour la famille des Rapha, père et fils, d’une classe moyenne caricaturée à souhait et dont Emmanuelle Seigner force un peu trop le trait. Bref !

Qui manipule qui ?

Telle semble être la question à se poser à la sortie du film. Mais sans aucun doute le réalisateur le spectateur. Telle semble être la seule réponse que j’ai trouvée.

Car si cette question se pose en fil conducteur pour le spectateur tout le long du film, c’est pour répondre à une autre question que traduit sous la forme d’un schéma simple le professeur de français à son élève.

Quel est le désir, le but final de celui qui écrit… ou qui manipule ?

A cette question, je vous attendais au tournant de la chute, monsieur Ozon, avec autant de délectation que la déception a été grande à l’arrivée. Je suis entré dans le roman avec vous, avec le professeur, avec l’élève.

Et comme eux, je me suis pris au jeu, et comme eux, je ne voulais pas être déçu. Oh non, monsieur Ozon !

Car à trop manipuler, on finit par laisser des traces, un peu grossières parfois jusqu’à casser son jouet, mon jouet… à trop appuyer dessus.

Je ne détaillerai pas ici cette déception pour ne rien dévoiler de la chute, mais devenu co-scénariste forcé, la fin méritait à mes yeux plus de subtilité, de machiavélisme peut-être, de crédibilité surtout sur certaines scènes, enfin plus d’originalité qui aurait laissé ce spectateur-réalisateur en manipulé conquis.

Cet avis est purement subjectif et n’enlève rien à l’intérêt, la curiosité ou le plaisir du film que je vous conseille d’aller voir pour vous l’approprier. Vous qui écrivez ou avez écrit, c’est une vraie leçon d’écriture qui vous fera sourire. Et avec quel professeur !

Mais par pitié, à toutes les questions que le film pose déjà, ne vous rajoutez pas celle-ci, inutile : « Mais pourquoi il n’a pas aimé la fin ? ». Il n’y a pas d’explication rationnelle.

 

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