Le Blue mot

Ecrire comme je joue,

Ecrire comme j’improvise,
Sur trois accords d’un blues
Et un art [des] mots que j’électrise.

Le blues c’est quoi ?

Trois accords, trois tonalités, trois couleurs,
Cinq notes, une pentatonique mineure,
Une même phrase qui se décline dans tous les sens, en pleurs, et…

la Blue note, cette inflexion de la quinte qui serre le cœur.

Ecrire comme je joue, pourquoi pas ?
Suivant une phrase pentatonique de mon blues, cinq mots pas plus,

  • Le sujet dans le rôle de la note tonique, ça va de soi,
  • Le verbe dans celui de la tierce, conjugué en mineur,
  • La quarte et la quinte laissant leurs places aux compléments d’objets directs ou indirects qui permettent de nous situer dans l’action,
  • Quant à la septième mineure, il faut l’imaginer comme une préposition, un petit plus, intrigante et toujours prête à abattre sa quarte.

Ecrire comme j’improvise,
avec le Blue mot qui vous prend là !

Ca donnerait quoi ?

  • Ma penta de mots, par exemple :  Je suis amoureux de toi
  • Mon Blue mot  : Fou
  • A cela, comme tout musicien qui joue du blues, j’ajoute des effets : Whaou ! … Oh ! … Hou ! … Yé !

C’est parti… en pure improvisation !

Je suis amoureux de toi.
Oh ! Je suis amoureux de toi.
Toi, toi, toi, toi !
Je suis amoureux, hou !
Je suis fou amoureux de toi.
Je suis toi, je suis deux, whaou !
Amour, eux, toi, hou !
Fou amoureux de toi,
Fou amoureux, fou amoureux, fou amoureux, fou amoureux,
Fou amoureux, fou amoureux, fou amoureux, fou amoureux de
Toi, toi, toi, toi !
Je suis âme a-mou-reux !
Jeu, amour, toi, Whaou !
Fou amoureux de toi…
Je suis, Oh !
Fou amoureux de toi…
Je suis amoureux de toi.

Ho yé !

Vous voulez essayer ?

Pour s’amuser à écrire avec du rythme et du son, il y a aussi « My name is Band,.. » !
.

Les brèves du Café…

Brève au comptoir

« C’est comme ça et puis c’est tout ! conclut Tonio. Et d’ajouter :
– C’est encore moi le patron que je sache !
– Rrrhan ! ».

Françoise rageait à l’intérieur. Elle trouvait l’idée ringarde et le faisait savoir à son patron… à sa façon. Le vieux n’aurait jamais laissé passer ça. Le Café de la Page blanche associé à la « beauferie » des idées de ce type.

« Pff … ».

Elle repassa derrière le comptoir sans regarder son interlocuteur.

« Oh, tu peux pouffer à défaut de faire des phrases. Elle est belle la discussion ! » reprit Tonio.
– Ben z’est vrai que z’a pas été trop le ztyle de la maizon… » crut bon d’intervenir Zozotte.
Toi, ressers donc un coup à Pierrot, tu vois bien qu’il est à marée basse au lieu de te mêler d’affaires qui ne te regardent pas ».

Tonio enchaîna, prenant Pierrot à témoin.

« C’est vrai quoi, j’vois pas où est le problème. Ce tableau noir, il est pratiquement vide depuis qu’on a rouvert il y a six mois. Qu’est-ce t’en penses toi ?
– Ah, moi j’trouve que c’est une idée géniale. Ça nous évitera d’aller chez les rosbifs samedi prochain !
acquiesça le plus fidèle des clients du patron.
– Haaaan, gros malins !  lâcha Françoise dans sa plus longue phrase de cette discussion qui durait depuis une heure déjà.

– C’est quoi ces han de… p… porteuses d’eau ? s’agaça Tonio, cherchant ses mots. T’es fatiguée ? .. Euh… mets moins d’eau dans le pichet si c’est trop lourd ! »

Il esquissa un sourire quand Françoise baissa la tête et attrapa deux assiettes qu’elle claqua brusquement dans l’évier. L’eau du robinet s’écrasait dessus à haute pression. Ainsi exprimait-elle sa colère dans une symphonie de fracas de vaisselle.

« Haha ! … Des han de porteuse d’eau, haha ! C’est bon, ça ! s’esclaffa Pierrot.
– Heiin ! … Z’est pas de vous, za ! » osa se mêler à nouveau Zozotte tout en servant sans regarder un deuxième whisky au client privilégié du patron.
– Stooop ! hurla Tonio qui voyait son alcool dix ans d’âge partir gratuitement. On voit que c’est pas toi qui le paye.
– Merci Zozotte ! Les yeux de Pierrot pétillaient devant une telle rasade.
– Et après ?
s’insurgea Tonio, c’est interdit de s’en servir pour faire un bon mot. Moi aussi j’ai lu Molière !
– C’est De Rostand,
le reprit Pierrot en aspirant du bout des lèvres le trop plein de son alcool à la limite de déborder du verre.
– De Roustand ? … heiin ? … Je l’ai jamais entendu dire ça et pourtant je le suis depuis Téléfoot, je suis fan de son blog dans l’Equipe.
– Mais non, j’te parle d’Edmond De Rostand, Cyrano de Bergerac. Et l’autre hé… Roustand haha !!
– Ah ben oui, c’est dans ce film même qu’il y a la fameuse réplique… euh.. c’est un pif, c’est un cap…
Il moulina ses gestes de sa main droite pour poursuivre avec un ton théâtral. Oh, que dis-je c’est un cap, c’est… euh… c’est une euh… insule ! »

Puis il se reprit, gêné :

« Euh, bon.. je sais plus trop mais… mort de rire ! » Et il rit.

Voilà que Fernand fit son apparition. Onze heures deux minutes. Une vraie horloge ce Fernand.

« Bonjour !
– Bonjour !
– Salut !
– Oh ! Bonzour m’zieur Fernand !
– Ah, je vois que Françoise n’est pas dans un bon jour,
lâcha le poète tout en lui adressant un sourire.
– Bonjour Fernand. Je suis juste un peu énervée, là !
– Ben oui, le bozz veut nous mettre un écran zéant devant le tableau pour zuivre les matss de rugby,
intervint spontanément Zozotte.
– Ouais et alors, poursuivit Tonio, j’vois pas où est le problème. Faut qu’il y en ait pour tout le monde ici.
– Pourquoi pas ? C’est une bonne idée, dit Fernand en se tournant vers Françoise.
– Pff !

– Madame trouve que ça fait pas assez littéraire pour l’endroit.

– Ben oui, z’est pas l’ztyle de la maizon…
– Moi j’aime bien le rugby même si je ne comprends pas tout,
ajouta Fernand. Et puis, c’est une matière à écrire comme une autre. Ca peut donner l’occasion de s’initier à une chronique sur les résultats des matchs, non ?
– Voilà, Fernand nous fait la chronique et on l’affiche en vitrine le lundi,
conclut Tonio, fier d’avoir gagné son bras de fer avec Françoise. Il a horreur quand ils se font la tête, ça peut durer très longtemps.
– Ah, mais je n’ai pas dit que ce serait moi le chroniqueur sportif. J’en suis bien incapable, alerta tout de suite Fernand.
– Mais qui alors ? demanda Tonio
– Toi ! Je suis sûr que tu as la verve pour nous concocter des petites brèves hebdo sur le sujet.
– Moi ? Tonio rougissait sans s’en rendre compte.
– Lui ?
s’étouffa Zozotte incrédule.
– Pff !
– Mais oui ! confirma
Pierrot déjà à sec depuis cinq minutes qu’il écoutait ses amis débattre. Ca s’arrose, non ?
– C’est la tournée du patron »
le rassura Tonio.

Une phrase qui sonnait comme un Alléluia dans les oreilles des quelques acolytes accoudés au comptoir.

Ainsi naquirent les brèves d’Ovalie ce matin-là, au comptoir du Café de la Page blanche.

Vous voulez la suite ? … cela ne dépend que de nous  !

Le décor est planté ! La rubrique Brèves du Café nous attend pour animer ce petit monde selon notre imagination et notre culture sitcom, série télé ou scène de théâtre !

Et n’oubliez pas, les Brèves d’Ovalie se mettent à jour chaque week-end… ou presque !

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My name is Band, Jazz Band !

Imaginez…

Le meilleur du Jazz réuni dans un groupe de rêve, créé de toutes pièces pour vous par le Café de la Page blanche.

Sa mission ? … vous faire écrire autrement … avec du rythme et du son !

Composé principalement de son trio aux cuivres retentissants, Miles Trumpet, Charlie Sax et Bennie Trombone, ainsi que des intarissables rythmeurs fous, Marcus Bass et Billy Drums, tantôt accompagnant la voix éclatante et sublime d’Ella Voice, tantôt accompagnés par les diaboliques frères Jimi Gibson et Stevie Ray Fender, sans oublier le soliste génial Herbie Keyboard, ce groupe de jazz insolite anime sur ce blog un jazz littéralement déjanté, empreint de vos propres élucubrations.

Je m’explique.

Comme cela vous chante et quand cela vous chante, ces musiciens virtuoses et virtuels improvisent vos dialogues avec leurs instruments.

Comment ?

C’est simple. Sur n’importe quel sujet qui vous passe par la tête, comme en musique on part sur un thème, il s’agit pour vous d’improviser une réplique (simple) ou des dialogues entre eux en respectant la contrainte de leurs caractères et du son de chacun de leurs instruments tels que je les ai imaginés pour vous.

Par exemple :
Miles trumpet emploie beaucoup le son ‘t’, laissant traîner certaines voyelles : « Taratata, tu te tais ! ». Il est leader de la section cuivres et cherche toujours à imposer son avis dans les discussions.
Charlie Sax allie au maximum les sons ‘s’ et ‘x’ « C’est qu’c’est sexy ça ! ». C’est un sensuel autant que vicieux, il ramène tout aux filles et au sexe.
Bennie Trombone emploie surtout le son ‘ou’ derrière une consonne : « Bouh, ça me dégoute ! », un côté nounours,  il bougonne toujours, pouffe, n’est jamais content.
Marcus Bass emploie des sons qui résonnent, du genre ‘ding’, ‘deng’, ‘dong’. « Dis donc, tu joues comme un dingue ! ». Il sait tout, recadre tout, c’est le sérieux du groupe, celui qui raisonne.
Billy Drums ne parle qu’en mesures, avec un nombre de pieds réguliers (souvent en alexandrins) dont chaque premier temps commence par le son ‘t’ : « Tu dis n’importe quoi, t’es tombé sur la tête ! ».
Ella Voice utilise surtout des mots commençant par une voyelle ou un ‘h’ aspiré avec des sons qu’elle aime laisser traîner : « Hooo ! il est a-doraaable ! ». Elle est un peu hystérique, extravertie… avec un accent américain pourquoi pas. C’est une staaaar quoi !
Les frères Gibson et Fender adorent monter le son et parler tous seuls, avec des riffs courts comme des phrases jamais terminées, répétées, bégayées, avec des interjections en guise d’effets, ils s’exclament plus qu’ils ne s’expriment : « Whaou, c’est … c’est, whaou ! »
Herbie Keyboard parle tout à fait normalement et clairement, sans contrainte quoi ! …

L’idée  première…

C’est de créer une situation autour de dialogues qui fassent interagir ces musiciens comme s’ils étaient sur scène, les mots devenant les notes qui sortent de leurs instruments… avec du rythme et du son !

L’idée seconde…

C’est que l’on arrive à reconnaître qui parle, grâce aux consonances des phrases qui caractérisent les instruments, sans avoir à préciser leurs noms devant chaque dialogue.

  • Pour commencer, reprenez systématiquement le premier mot en gras de chaque phrase des exemples ci-dessus (Miles Trumpet : « taratata ! »).
  • Vous n’êtes pas obligé de tous les faire participer, tout comme vous pouvez personnaliser chaque musicien à votre sauce. Ce qui est écrit ci-dessus est à titre d’exemple.
  • N’hésitez pas à intégrer Herbie Keyboard qui lui n’a pas de contrainte.

On essaye ? … suivez-moi comme bon vous semble !

Si vous avez aimé cet article, vous aimerez « Des mots sur un air de jazz… » !
.

Les brèves du Café…

L’émotion des idées

Tonio, jean, surtout pas délavé, chemise en dedans, faisant ressortir ce ventre rond, désastre d’une vie derrière le comptoir à enquiller les demis, un pour toi, un pour moi, lui qui était affûté à l’âge de dix-huit ans, numéro dix et capitaine de la Séléccào de la porte de Vanves dans le championnat de football du dimanche matin avant d’entrer dans la vie professionnelle tracée par son père qui tenait le bar-restaurant Lusitanos de la rue Didot, Tonio et ses multiples clefs accrochées à la ceinture, débarquait au café, à 10h30, comme chaque matin quand Zozotte passait l’aspirateur dans un boucan infernal, chantant à tuer toutes les têtes avec des oreilles encore en état d’ouïr.

« Bonjour Marie-Elisabeth ! » s’amusait-il à saluer ainsi chaque matin, Zozotte.

Aucune réponse ne semblait venir du mètre quatre-vingt quatre qui s’employait à astiquer, le nez sur la moquette et le derrière en trompette.

Peu importe, le patron s’installa à une table après s’être servi une noisette noyée de lait, comme Françoise appelait son café du matin. Car à chaque fois il versait tout le pot de lait jusqu’à ras bord dans son expresso, servi dans une grande tasse, toujours.

Le vacarme de l’aspirateur cessa. Une voix nasillarde se fit entendre dans le fond avec éclat : « Bonzour patron ! »

Un hochement de tête à peine détournée d’un bout de papier sur la table la salua à nouveau, avec un bonjour inaudible entre les dents.

« Depuis quand qu’vous z’écrivez patron ?

– Mais depuis que j’tiens ce café ! » répond sèchement Tonio agacé que la plume ici dans son propre café soit dressée en éloges sur les têtes pensantes des autres quand pour lui elle est tout juste plantée dans le trou du cul de sa culture.

Tonio n’était pas si inculte, il avait son humour et il n’avait honte de rien, deux qualités qui l’ont toujours fait avancer, reconnaissaient ses proches.

« Mais vous z’écrivez quoi ?
– Tiens, lis ça et dis moi ce que tu comprends ! »

Il lui tendit la feuille noircie à l’encre bleue qui interpella aussitôt Zozotte.

« Ben, on dirait l’écriture de Fernand. Vous z’écrivez comme… »

Elle s’interrompit comprenant que ce ne pouvait être que l’écriture de Fernand.

« Lis ! »

Elle lut à voix haute :

« Vivre une vie cultivée et zans pazzion, au zouffle caprizieux des z’idées, en lizant, en rêvant, en zonzeant à écrire…
– Continue !
– … une vie zuffizamment lente pour êt’ touzours au bord de l’ennui, suffizamment réfléssie pour n’y tomber zamais.
– Continue, continue !

– Vivre zette vie loin des z’émotions et des penzées, avec zeulement l’idée des z’émozions, et l’émozion des z’idées.

– C’est quoi ça, l’émotion des idées, hein ? »

Zozotte resta interloquée ne sachant vraiment quoi répondre.

« Et bien moi j’dis que j’aime mieux être à ma place, ajouta Tonio. Il m’a l’air bien perturbé notre ami.
Mais z’est beau, z’est bien écrit, lâcha-t-elle, à court d’autres arguments.
– C’est beau, soit. C’est de la poésie. On peut aligner des mots sans qu’on soit obligé de comprendre, c’est ça ? renchérit-il.
– Ze zais pas, balbutia à nouveau la serveuse, embêtée. Des vois on peut pas tout comprendre dans les livres. Z’ai pas fait azzez d’études pour… 
– C’est ça, l’interrompit Tonio, c’est des mots pour intellectuels qui se comprennent entre eux. Moi je préfère encore les blagues de Bigard à ce charabia. Au moins je sais pourquoi j’rigole !
– Pff ! »

Zozotte haussa les épaules, convaincue que son Fernand était un grand écrivain et que s’il avait écrit cela, c’est que ça voulait dire bien plus encore que les mots dont elles connaissaient le sens dans le dictionnaire mais bien moins une fois assemblés entre eux.

Justement, Fernand arrivait comme chaque lundi matin, vers 11h.

« Bonjour !
– Bonjour !
– Bonzour Fernand !
– Tiens t’as laissé ça sous la table hier soir. Désolé si c’est un peu froissé.
– Oh, merci beaucoup Tonio. Je le cherchais justement ce matin. Ca m’fait un souci de moins.
– A nous aussi, répond Tonio, à nous aussi !
– Pff ! »

Zozotte haussa à nouveau les épaules quand son patron disparut derrière le comptoir.

« Qu’est-ce qu’il a voulu dire, Zozotte ? demanda Fernand interloqué.
– Oh, rien, il est zaloux, z’est tout ! »

Après un moment d’hésitation, Zozotte ajouta :

« Dis Fernand, za veut dire quoi l’émozion des z’idées ? »

Vous voulez la suite ? … cela ne dépend que de nous  !

Le décor est planté ! La rubrique Brèves du Café nous attend pour animer ce petit monde selon notre imagination et notre culture sitcom, série télé ou scène de théâtre !

Et n’oubliez pas, les Brèves d’Ovalie se mettent à jour chaque week-end… ou presque !

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Je n’ai jamais d’idée…

António Lobos Antunes.

Je suis allé à la rencontre* de ses chroniques, comme je suis entré la première fois dans le coeur de l’Alfama, à Lisbonne, errant dans ses rues étroites, sans plan
(on comprend vite que cela s’avère inutile)
sans chercher à me rendre à un point B
(sachant que je serais incapable de vous dire d’où partait le point A).

Et quelle n’a pas été ma surprise, ma stupéfaction même !

devant cette sensation douce et tranquille de se sentir soi, chez soi, où les couleurs, les odeurs des mots vous parlent, vous portent, vous ramènent là où vous ne vous souveniez plus avoir été
– mais je n’y suis jamais allé !
dans l’écriture, dans ce pays, dans cette ville, au milieu de ces âmes vives et vraies, d’un passé qui lui appartient et qui m’appartient soudain, une complicité naissante qui se crée au fil des pages, la même qui m’a submergé depuis ces escadinhas (petits escaliers) dont la septième marche m’ouvrait avec bonheur un bras du Tage, quand la onzième le recouvrait d’une vague de draps blancs pendus à des fenêtres.

Tout se mêle dans ce livre, cris de l’intérieur, odeurs de l’enfance,  couleurs des écrits qui peignent les murs d’une existence. Tous se mêlent, dans ces rues qui ne font qu’une, de ceux qui les regardent, comme moi, et de ce qui ne les regarde pas, surtout. On entend les enfants jouer au loin, la voix chantante d’une Amalià
– Zé ! .. Zé ! … c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?
couvrir l’orchestre de la rue, le grillé des sardines vous emplit les narines quand un vent de lessive l’emporte aussitôt au large du fleuve de paille.

Oui, on peut dire que j’ai aimé ses chroniques,

son style, sa perception de l’écriture, et notamment de la page blanche, point de rencontre de tout écrivain ou écriveur en vain, comme ici au Blog-Café, avec les premiers mots, l’inspiration, un rendez-vous avec l’histoire, avec un petit h et qui finit souvent avec un grand euh…

Pas de panique, en bon chasseur de mots, d’idées, assis, à attendre le gibier, laissez-le venir à vous. C’est ce qu’António nous livre dans sa « chronique pour ceux qui aiment les histoires de safari » :

« Je n’ai jamais d’idée, commence-t-il ;

je me limite à attendre le premier mot, celui qui entraîne les autres derrière lui. Il y a des fois où il vient tout de suite, et d’autres où il met des siècles. C’est comme chasser des antilopes sur la rive du fleuve : on reste adossé à un tronc jusqu’à ce qu’elles arrivent, en silence, sans parler. Et voilà qu’un petit bruit s’approche : la chronique, méfiante, regarde de tous côtés, avance d’un rien la patte d’une phrase, prête à se sauver à la moindre distraction, au moindre bruit. Au début, on la voit à peine, cachée dans le feuillage d’autres phrases, de romans écrits par nous ou par d’autres, de souvenirs, d’imaginations. Puis elle devient de plus en plus nette quand elle s’approche de l’eau du papier, qu’elle prend de l’assurance, et la voilà, toute entière, qui penche le cou en direction de la page, prête à boire. C’est le moment de viser soigneusement avec son stylo-bille, en cherchant un point vital, la tête, le cœur
(notre tête, notre cœur)
et quand nous sommes sûrs de bien avoir la tête et le cœur dans la mire, de tirer : la chronique tombe devant nos doigts, on dispose ses pattes et ses cornes de façon à ce qu’elle soit présentable
(ne pas en faire trop, pour que l’attitude ne soit pas artificielle)
et on l’envoie à la revue. »

Juste… limpide. Des mots sauvages, chassés dans la brousse de notre imagination ou des mots d’élevage, en batterie, soigneusement sélectionnés pour alimenter une production de best-sellers. Ma caricature est facile mais tellement claire dans mon esprit qui rejoint cette pensée que j’adore
(et je finirai cette chronique naissante là-dessus)

« Comment ça le roman portugais, ou américain, ou espagnol. Cessez de dire des bêtises :

les seuls livres qui peuvent devenir bons
(et ce n’est jamais certain)
sont ceux dont on a la certitude qu’on n’est pas capable de les écrire »

(extrait de la chronique « Explication aux béotiens »)

Je vous laisse méditer là dessus, en vous invitant sur une page blanche, si vous aimez les histoires de safari, bien sûr !

(*) Merci Pascal !
 

Les brèves du Café…

Le vieux

Le Tonio est un de ces patrons auvergnats qui achètent tous les fonds de commerce parisiens qui se libèrent. Il n’y a pas de limite à faire des affaires. Et en bon auvergnat, il n’y a pas de limite à faire des économies. Pas question de revoir la déco ou encore de changer l’enseigne.

« On est là pour vendre des consommations, pas pour se la jouer dans un décor de cinéma ! »

Et tant mieux, parce que Françoise, elle n’aurait pas supporté. Le Café de la Page blanche, c’est l’idée du Vieux comme il se faisait appeler avant qu’il ne vende l’affaire sans que personne n’en connaisse la raison. Pas même Françoise.

Seuls Fernand et elle l’ont côtoyé. Françoise a fait ses débuts avec, il y a dix ans, il lui a appris le métier et bien plus.

« I z’ont coussé enzemble ?
– Je ne crois pas, Zozotte. Et après, ça changerait quoi ? En tout cas, elle avait le sourire, c’est sûr ! »

Fernand était le plus fidèle des clients. Il trouvait dans ce café une inspiration qu’il ne s’expliquait pas. Le Vieux lui avait insufflé l’envie d’écrire.

« Ca a été une vraie révélation.

– Ah ouais ?
– La première fois que j’ai eu une feuille blanche entre les mains, je ne voyais rien. Et puis il est venu vers moi. Il s’est assis.
– Et après ?
– Il m’a demandé pourquoi je n’écrivais rien. Je lui ai répondu que je n’avais rien à raconter sans doute, que l’écriture et moi, ça faisait deux.
– Et alors ?
– Il m’a rétorqué : « et alors, tu n’aimes pas être à deux ? ». Sur le coup j’ai pas compris. Et puis il a tourné la feuille vers lui et s’est mis à lui parler : « Excusez-le, c’est un rustre, il ne sait pas parler aux demoiselles, une belle page blanche comme vous, immaculée avec ce joli petit liseré bleu, pas une tâche, ni de gras, ni de vin, alors que lui… Regarde ta chemise ! Tu aurais pu changer de chemise avant de la sortir ! ». Il a continué ainsi pendant dix bonnes minutes. Il parlait bien, je souriais, je me prenais à son jeu. Jusqu’au moment où il s’est levé…

– Et alors, et alors ?

– Il a remis la feuille bien droite devant moi et s’est excusé : « Je vous laisse, j’ai du travail. Vous avez sans doute plein de choses à vous dire ». Et il m’a fait un clin d’œil avant de retourner en cuisine.
– Et qu’ez’ t’as fait ?
– J’ai écris comme jamais je n’avais écrit, à cette femme-feuille, la première de mon existence. Je l’ai gardée chez moi. Puis chaque jour qui a suivi, j’ai entrepris une correspondance avec elle avant de passer à d’autres sujets. J’avais plein d’idées en moi que je ne soupçonnais pas. C’était fabuleux.
– Whoua ! C’est beau ! … Tu me feras lire zet’ correzpondanze, dis ?
– Peut-être, je ne sais pas. Le plus dingue, c’est que je n’arrive pas à écrire ailleurs qu’ici. C’est comme si j’avais besoin de sentir sa présence. Pour moi, il n’est pas parti. En tout cas son souffle, l’inspiration quoi, ne m‘a pas quitté. Il est resté dans ce lieu, intact. Je le sens presque physiquement. Et pour ça, je peux remercier Tonio.

– Ah mais lui, il zait écrire que des addizions et te zouffler dans les bransses quand tu vas pas azzez vite…

– Les bronches, Zozotte, on dit souffler dans les bronches.
– Z’est pas z’que z’ai dit ? Qu’ez’ te zers ze matin, une noizette ?
– Parfait ! … avec une tartine s’il te plaît. »

Vous voulez la suite ? … cela ne dépend que de nous  !

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Premières pages…

Je suis né sans nom, sans lieu, sans date… sans papiers quoi.

Une idée de mon père avec la complicité de ma mère bien entendu, aussi marginale que lui. On ne naît pas marginal. Moi oui.
Mes parents le sont devenus par la force des évènements. Il faut dire qu’ils vivaient une drôle d’époque. Je suis incapable de vous dire quel âge j’ai, qui sont mes parents que j’ai bien connus, de quelle nationalité je suis… qui je suis dans cette société.

Mes parents, avant de partir, dès que j’ai eu atteint la maturité pour qu’ils puissent le faire, avaient pris les précautions nécessaires pour que je ne les retrouve pas.
Ils ne m’ont pas abandonné. Ils m’ont juste, comme ils disent, déposé sur le chemin de ma condition humaine, de l’universalité de mon être, avec les valeurs qu’ils auront bien voulu m’inculquer pour appréhender le monde dans l’état qu’il est, avec l’espoir sans doute d’être plus heureux qu’eux n’ont pu l’être.

« Respire, sens, vis ! »

Ces trois mots revenaient sans cesse dans mon enfance comme la réponse systématique à toutes les questions que je leur posais.
Mes parents, instituteurs de formation, renvoyés par l’académie de Créteil pour des positions politico-sociales à tendance anarchiques ostentatoires, se sont occupés eux même de mon éducation et de ma scolarité.
Retirés de la société dans une petite commune du Lot et Garonne, ils vivotaient dans une ferme retapée avec quelques illuminés de leur espèce, tous musiciens de surcroît et de survie surtout. Ils étaient bons, en particulier un dont le jeu de guitare enflammait les soirées autour du feu. Son jazz manouche n’avait plus grand-chose à envier à Django tellement Manu lui avait tout piqué.

Et c’est là que je suis arrivé, la boule au ventre de ma mère et les boules dans la gorge de mon père qui en voulait au monde entier, à tous ces gens qui avançaient tels des moutons sans broncher, au gré des gouvernements qui se succédaient en uppercuts gauche, droite qui mettaient chaos une France déjà à terre. Cette terre que mon père se plaisait à ramasser par poignées dans les champs lorsque nous nous promenions et de me dire… Je l’entends encore :

« Tu vois, ça c’est universel. Ca n’appartient à personne »

Et là, inéluctablement, les yeux mouillés de rage, il levait la tête vers le ciel, le soleil, respirait un grand bol d’air. J’avais compris très vite. Dès que j’eus maîtrisé l’expression de notre langue et les mathématiques, pour un petit garçon sans nom, sans identité, l’universalité prenait corps en moi comme le caractère et la personnalité s’affirmaient chez les autres enfants, à une maturité similaire.

Tout le monde au village respectait le choix de vie de mes parents d’autant plus facilement qu’ils ne cherchaient pas à comprendre. Pour autant, il leur semblait impossible de ne pas nous associer à des noms pour la vie en communauté. Mon père avait beau leur expliquer l’universalité dans des discussions interminables, le soir,  autour d’une bouteille de Takin, rien n’y faisait.
Ils s’étaient pourtant mis d’accord à ce que chacun nous appelle comme il voulait. On répondrait ou pas, précisait mon père. Ca amusait la bande qui s’en donnait à cœur joie. Pour Manu, je suis resté Django. C’est le prénom qui m’aura le plus marqué et que je garderai au fond de moi comme la marque de reconnaissance de tout ce qu’il m’aura appris, à la guitare, les petits détails qui font aujourd’hui mon talent, celui-là même qui fait que j’ai la liberté sauve.
Pour d’autres, je suis passé par Chico, Nino, Bello, « mon amour » même, par Mam’ Charlotte comme je l’appelais et dont le visage semblait bien attaqué par les lames d’un temps au fond mauvais.
Entre nous, mon père et ma mère m’appelait par des petits noms comme des titres. Maman c’était « mon bébé » puis « mon petit », papa lui se contentait de « fiston », « gamin », « fainéant » parfois. Entre eux, je les ai surpris à s’appeler par des petits noms affectueux. « ma chérie », « mon cœur » pour mon père alors que maman a lâché une fois un « mon loup » alors que j’étais sensé dormir. Le reste du temps, ils se regardaient et se comprenaient, s’interpellaient tantôt par un « chéri(e) ! », jusqu’au jour où je surpris mon père appeler maman « Didi ». Un diminutif d’un prénom, de l’identité de ma mère sans doute. Jamais je ne saurai et mon père ne s’y est jamais repris.

Mon père s’appelait « Monsieur l’instituteur » ou « maître » pour beaucoup parce qu’il faisait office d’instituteur pour les enfants de la tribu et régulièrement pour les enfants du voyage qui aimaient à passer et repasser par là. Même maman s’amusait à l’appeler par ce titre en classe ou au village.
Parfois ils l’appelaient « le bourru » entre eux ou César, Tito, Salazar pour son côté dominateur dans les discussions, « Le Ché » pour ceux qui adhéraient à ses paroles. Impossible de dire si un prénom lui seyait plus qu’un autre et cela n’était pas pour lui déplaire tant il ne voulait pas s’attacher à l’un ou à l’autre.

Ma mère, elle, parlait peu et on le lui rendait bien. Je ne sais pas si elle avait de petits noms. J’ai le souvenir de n’avoir entendu que « Madame » comme si personne n’osait la froisser. Elle impressionnait, Maman, par son calme sidérant, un sourire mesuré, ni trop, ni pas assez. Elle aidait les femmes aux tâches ménagères qu’on voulait bien lui laisser et aussi mon père dans ses cours.
Ma mère semblait blasée, meurtrie en dedans, sans la moindre envie qui vous tient debout. Et pourtant elle tenait debout. Sans doute était-ce ce voyage qu’elle attendait et auquel elle me préparait depuis toujours.

Le voyage. Le mot me faisait peur, je ne pouvais savoir ce qu’il y avait derrière. Je savais que je n’en ferai pas partie, qu’il fallait que je construise le mien, me disait-elle. Lorsqu’elle mentionnait son nom, elle souriait, les yeux brillants, et me rassurait.

« Mais tu sais, c’est encore très loin. Tu vas encore en voir des pleines lunes avec ta maman »

Jusqu’au jour où le voyage est devenu demain, puis hier, puis il y a bien longtemps.

(ébauche d’une idée originale par Antonio… à suivre… ou pas)
 

Les premières pages sont pour moi les plus belles, les plus excitantes parce qu’elles me surprennent… Les suivantes sont déjà plus déconcertantes, souvent décevantes !

Le plaisir de la page blanche c’est comme la sensation de sauter dans le vide ou de descendre une piste noire. Une fois la peur dépassée, on a envie de voler, de crier, de faire des figures de style…
Une fois en bas de la page, on est tout excité et on n’a envie que d’une chose :

remonter pour sauter ou descendre en haut de la suivante !

Ne laissez pas ce plaisir à d’autres. Tout n’est pas génial dans ce que l’on écrit.

Peu importe, seule la sensation compte !

Clichés sortis de Londres

Londres est une ville surprenante au premier abord. C’était ma première !

Entre son côté rétro, à l’image de ses fameuses cabines téléphoniques rouges, objets vivants d’un autre temps, son côté kitsch, il n’y a qu’à scruter les étals de Covent Garden, et son côté moderne, branché, voire avant-gardiste, il n’y a qu’à goûter à leurs sélections de vins (merci Bernard !), je ne saurais vraiment quoi retenir de cette ville pour le moins insolite.

Telle est ma première impression  !

Certes, je ne mettrai pas London sur le même piédestal que Paris, la majestueuse ou Lisboà, l’insouciante, mes deux amours, mais tout de même… cette ville, à l’effigie d’une reine, affublée d’un chapeau gris, d’atours et de bijoux multicolores (étonnant bleu du Tower Bridge) m’intrigue autant qu’elle m’inspire.

Alors je me suis amusé…

à quelques clichés ou brèves sorties de ma tête, voici ce que ça donne !

A Londres, c’est simple : c’est mini cab et maxi cash !

Mini Cab, mini classe mais on rentre au maximum ! (8 places)

Londres c’est tellement cher qu’il fait bon marcher !

Je n’ai jamais eu autant de livres en poches qui se feuillettent aussi rapidement.

Paradoxe entre Paris et Londres :

Quelle idée, un Paris sans Tamise alors que la capitale de la pop semblait plus prédestinée à être montée sur Seine ?

On s’était donné rendez-vous à Big Ben mais il y a eu comme un micmac quand la cloche a fait ding dong, ma montre ne faisait plus tic-tac. J’ai pris mes cliques et mes claques et sauté dans le bateau, c’était ric-rac !

Alors que l’on se promenait à Greenwich, ma femme et moi,
on en a profité pour remettre les pendules à l’heure !

Une petite dernière :

Savez-vous que personne ne fait la manche à Londres, comme dans toute l’Angleterre… de peur d’échouer en France. (it’s a joke !)

Désolé, tout n’est pas du meilleur goût … c’est british quoi !  lol
 

Et vous, ça vous inspire quoi, London ?

Les brèves du Café…

Zozotte

Elle s’appelle Marie Elisabeth mais tout le monde l’appelle Zozotte. Petite, c’était la Zaza à son papa, la Maelle à sa maman. À l’école Jeanne d’Arc de Mâcon, c’était tantôt Maelle, tantôt Bébeth ou Sossotte. Ce n’était pas de sa faute, elle souriait tout le temps, d’un sourire édenté assimilé sot… méchamment, comme peuvent être les enfants. Aujourd’hui, tout le monde l’appelle Zozotte. Tous, sans exception ! Vous le comprendrez aisément.

« Bon, za va ! t’es pas oblizé de raconter ma vie quand z’étais p‘tite ! »

Pourtant Zozotte aime bien raconter sa vie, depuis qu’elle est grande, du haut de son mètre 84. Fernand l’écoute attentivement, chaque matin, devant son café, au comptoir, puis chaque midi, à la table 7 de la terrasse du restaurant. Il prend des notes, l’enregistre parfois. Parce que Fernand est écrivain. Enfin, c’est ce qu’il dit, même si, au café personne ne le croit capable d’alimenter autre chose qu’un journal intime de ses déceptions amoureuses. Mais Zozotte, elle, n’a que faire des commentaires de l’assistance. Elle l’aime bien son écrivain, surtout parce qu’il parle d’elle dans ses cahiers.

« Mais zi, il zait écrire, qu’ez’ti connais toi aux livres, tu lis que des zournaux zaunes avec des grozzes lettres et des tâzzes de gras ? »

Son patron, le Tonio, un Portugais auvergnat qui a appris son métier avec les bougnats de la capitale, tout pour lui rien pour les autres, elle ne le portait pas dans son cœur, la Zozotte.

« Les z’auvergnats, z’est les pires. Portugais en plus, za arranze pas !
– Hof ! … ils ne sont pas tous comme ça, c’est lui qu’est con et puis c’est tout ! »

Françoise, elle n’était pas compliquée. Pour elle, la France était divisée en deux. D’un côté les cons et de l’autre les gens à qui elle parle. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, cela faisait deux mois qu’elle bossait au café, elle n’avait jamais prononcé un mot envers son employeur. En guise de bonjour, de oui, de non, de va te faire foutre ou encore de salut je me casse, elle utilisait la même interjection sur des tons appropriés avec quelques variantes :

« han ! … han han ! … hof ! … rrrhan ! …  hum … haaaaaaan ! »

Mais lui s’en foutait. « Business is business ! », c’était sa devise. « Mieux vaut une chieuse qui bosse bien qu’une lèche-botte qui fout rien ». Et c’est vrai qu’elle dépotait la Françoise. Elle avait un joli sourire, une gouaille d’effrontée et des mensurations qui, tous réunis, parvenaient à un bon compromis pour une clientèle aussi variée qu’au Café de la Page blanche.

Zozotte l’aimait bien Françoise. Elle l’enviait car elle avait une taille idéale et quinze centimètres de moins qu’elle. Zozotte n’arrêtait pas de heurter le lustre que le Tonio avait eu la bonne idée d’installer au milieu dela salle. Du haut de son mètre 65, il ne risquait pas de s’ouvrir la tête, lui. « Et combien même, rajoutait souvent Françoise, ça ne détériorerait pas grand-chose là-dedans ! »

Dix fois par jour, elle se cognait, la Zozotte. Ca faisait marrer la clientèle.

« Baisse la tête Zozotte ! » pouvait-elle entendre dans la salle à tour de rôle. Il est vrai qu’elle avait la tête en l’air, au sens propre comme au figuré. Une rêveuse. C’est ce qu’aimait Fernand en elle, son insouciance, sa spontanéité candide.

« Zui trop grande, Franzoize !
– Commence par ne plus mettre de talons, après on verra !
– Oh, mais Zorg aime bien, zinon za fait pas femme qu’i dit !
– Han, han ! … Ben alors mets un casque ! … tiens, c’est pour la 7, ton écrivain !
– Fernand ! »

Zorg, c’est le petit ami qu’a déniché Zozotte, l’année dernière, enfin !!! … Elle désespérait de trouver un homme de plus de cinq centimètres qu’elle, elle avait mis la barre haute sur Meetic. Et là, ce danois, venu faire des études en France était un envoyé de Dieu. Parce que Zozotte, elle est croyante en plus. Catholique, non pratiquante.

« Zauf à Noël et à Pâques, ze manze du poizzon quand même !
– Mais ce n’est que le vendredi saint, Zozotte ! lui rétorque toujours Françoise !
– A zaque fois z’oublie, alors z’en mange les deux fois. Vendredi Zaint z’est le vendredi avant le vingt zinq dézembre, z’est za ?
– C’est ça ! »

Il ne fallait pas parler religion à Françoise, c’était de l’herbe pour moutons.

Au moins de ce point de vue là, Zozotte et le Tonio partageaient leurs croyances quand Françoise leur balançait des « han » d’indifférence en haussant les épaules.

« Tiens, Fernand, des zencornets, comme t’aime ! … touze pas à l’azziette z’est très zaud !
– Merci Zozotte ! .. hum, ça sent bon !
– Alors il avanze ze roman ?
– Ce n’est pas un roman, je t’ai déjà dit. Il s’agit d’un essai sur le quotidien d’une serveuse, un recueil d’instants volés, tu vois ?
– Mais tu m’voles rien, moi z’te donne. Comment tu m’as appelée déza dans ton roman ?
– Zézette, mais peu importe ! … Si ça ne te dérange pas, j’attaque tant que c’est chaud !
– Oui, oui ! … tu veux le gros poivre ? … Zézette, z’est rigolo ! … T’entends, Franzoize, ze m’appelle Zézette dans zon livre ! »

Vous voulez la suite ? … cela ne dépend que de nous  !

Le décor est planté ! La rubrique Brèves du Café nous attend pour animer ce petit monde selon notre imagination et notre culture sitcom, série télé ou scène de théâtre !

En travaux

Ce blog est en construction … Il n’ouvrira ses portes qu’au printemps prochain !

Le chantier reste ouvert au public … toutes vos idées et remarques étant les bienvenues !

A bientôt !

Le café de la page blanche.