La parodie de la RATP

Le message de la RATP à l’intérieur des vieux RER A, toujours en circulation, (vous savez les rouge et bleu, crades et bondés), est aussi clair qu’il se veut poétique.

Gardez les rames propres en usant des poubelles mises à votre disposition.

L’idée est originale, la poésie a un côté scolaire et le résultat fait plus sourire qu’il n’est vraiment efficace.

C’est déjà ça !

Oh ! Je vous entends déjà vous moquer, détourner le message tant la RATP et son RER fétiche suscitent bien des réactions quant aux nombreux dysfonctionnements dont ils font l’objet chaque jour.

C’est pourquoi je me disais que l’on pourrait parodier ces poèmes pour leur faire passer nos messages, à notre tour !

Même les provinciaux, jouez avec nous, n’êtes-vous jamais monté dans ce train fantôme pour quitter la Gare de Lyon ou vous rendre à Euro Disney, déjà bien secoués ou morts de trouille à rester aussi longtemps dans un tunnel sans la moindre information ?

Moi j’ai bien une idée sur l’un d’entre eux… Et vous ?

Deux autres poèmes du vieux réseau ferré :
Les chewing gum sont de grands romantiques
Ces coeurs d’artichauts s’attachent très vite
Mais les pauvres, rarement, sont aimés en retour
Ils cherchent désespérément le grand amour
Alors que la promesse d’un amour fusionnel
Est dans tous les couloirs: c’est la poubelle !
**********
 Elle va et vient la canette de bière
Négligemment laissée sous un strapontin
Elle donne aux voyageurs le mal de mer
C’est pas banal en souterrain
Pour ne plus avoir mal au coeur
Jetez la à la poubelle, ce sera le bonheur.

Laissez aller votre imagination… Amusez-vous !

Un peu court…

Mathilde se remarie !                                 Épisode 15  / 15

Revenir à l’épisode précédent >>
Mariée 23Mathilde, 29 ans, mariée, fidèle, rêve toujours de prince charmant, de robe de princesse, nostalgique du plus beau jour de sa vie, dix ans déjà !
Sandrine, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, mais rien à foutre, pas croyante, le mariage, très peu pour elle, célibataire, hédoniste de nature, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup, ou deux, et transgresser les codes dès qu’elle peut.
Catherine, Cathy pour les intimes, collègue de Mathilde, 38 ans et toujours célibataire, à fond sur Meetic, rêve de mariage en grand avec une robe blanche, elle y croit !
Lætitia, chef de Mathilde, 45 ans, divorcée, deux enfants, terminé pour elle les mecs qui ne s’assument pas et jouer leur mère au foyer, elle veut voyager et s’éclater, profiter de la vie, quoi !
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis cinq ans, elle a fait son deuil, mais les hommes, le mariage, c’est de l’histoire ancienne.

— Mais je vous jure, je ne suis pas folle… C’est moi qui l’ai tué !

Le commissaire vénitien se lisse la moustache entre le pouce et l’index, dubitatif. Il observe attentivement Mathilde, dans un état d’hystérie évident de la femme trompée, prête à tout pour nier la réalité. Elle est dans un état vestimentaire aussi lamentable, ce qui augure une nuit de déchéance poussée à l’extrême. Elle a sans doute tenté de mettre fin à cette humiliation en se jetant dans le canal. En vain, elle cherche désormais à tuer le mari en s’inventant cette histoire sordide. Classique.

— Vous avez des origines italiennes ? demande soudain le commissaire à Mathilde, dans un français assez clair malgré un fort accent.
— Oui, s’empresse de répondre Joëlle. Du côté de son père… Je suis sa mère.

Le jeune officier, d’une quarantaine d’années, sourit à la maman, arguant sa perspicacité. Il n’a pas étudié la psychologie féminine mais il connaît bien les femmes de son pays. Et cette Mathilde lui semble en avoir tous les traits de caractère. Sandrine et Joëlle lui sourient à leur tour, elle n’en mènent pas large. Pourvu qu’il croie en leur version !

— Reprenons calmement, recommence le commissaire à interroger l’auto-accusatrice. Vous avez tué votre mari, à Paris. Vous l’avez enterré en Suisse puis vous êtes venue à Venezia  voir si des fois il y était avec sa maîtresse, c’est ça ?
— Mais la Suisse et Venise, c’était une idée de Lætitia !
— Oui, Lætitia… Celle qui est rentrée à Paris avec l’autre femme qui jouait la maîtresse.  Ingénieux ! lâche l’agent, l’air moqueur, avant de contre-attaquer. Sauf que le brigadier Bolotelli, ici présent, et qui revient de l’Hôtel Barbarigo, vient de confirmer que Monsieur Teixier, votre mari, a été identifié, photo à l’appui, en compagnie d’une dame, et c’est regrettable, malheureusement non enregistrée. Le réceptionniste est formel, ils sont repartis bras dessus bras dessous hier matin, avant de disparaître. Et de plus, sa carte Visa vient d’être authentifiée à l’instant par votre banque.
— Mais c’était pas lui à l’hôtel !
— Alors qui ? Un sosie ?

Mathilde se tourne vers Sandrine, sans oser la dénoncer. Le regard de son amie semble lui demander : « Tu veux m’envoyer en prison ? »

— Je ne sais pas, je ne sais plus ! s’exclame l’interrogée, prête à pleurer.
— Madame Teixier, s’il vous plaît, reprend le commissaire, soyez raisonnable. J’aime beaucoup la France, et vous êtes la preuve vivante des beautés qu’elle cultive, dit-il, lissant à nouveau sa moustache, agrémentée d’une petite moue. Oh, bellissima ! J’y ai moi-même vécu avec mon père durant mon enfance, dans le sud, à Toulon, continue-t-il sur un ton théâtral. Ah, la culture ! Votre patrimoine n’a rien à envier au nôtre et, croyez-moi, la Roma se sent toute petite à côté de la grandiosa Parisis. Mais, excusez ma franchise un peu crue, conclut-il, en reprenant une diction normale…

Ici, in Italia, les histoires de cul sont légions.

Comprenez-moi… Une femme qui suit son mari et qui découvre sa liaison dans un hôtel, c’est le sport national féminin chez nous. Quand elles ne jurent pas qu’elles vont le tuer, elles croient, comme vous, l’avoir déjà fait tellement la nuit elles sont dévastées par un sentiment de colère et de vengeance.

— Mais… Mais moi je l’ai tué, dit Mathilde à voix basse, prête à abdiquer.
— Et combien même, Madame Teixier ! poursuit le commissaire qui l’a bien entendue. Admettons que vous l’ayez tué en France et enterré en Suisse, ce n’est pas mon affaire. C’est celle des autorités françaises et suisses. Allez donc les voir et dites-leur où se trouve le corps. Basta !
— Mais… je ne sais pas… je dormais, répond Mathilde, se tournant vers Joëlle et Sandrine. Elles savent, elles !

Sandrine prend un air sincère d’étonnement autant que de désolation devant l’état de détresse de son amie. Quand Joëlle regarde droit devant, masquant toute expression et renforçant l’idée que sa fille ne sait plus ce qu’elle dit.

— Écoutez, c’est un peu court, jeune femme !

L’officier de police se dirige vers la porte invitant gentiment ces dames à la prendre.

— Il est deux heures de l’après midi, et le week-end a été mouvementé avec le clan Siccelli. J’ai de véritables affaires à élucider, avec de vrais cadavres qui remontent du Grand Canal. Alors, je vous promets, si votre mari refait surface, d’une manière ou d’une autre, je vous appelle en personne. Mais en attendant, retournez chez vous, il est sans doute déjà sur le chemin du retour, des alibis plein les poches. Ciao, au revoir mesdames !

Mathilde fond en larmes sur le trottoir. Sandrine n’a qu’une envie : lui en coller une. Comment elle a pu leur faire ça ? Mais Joëlle la devance et prend sa fille dans ses bras.

— C’est fini, ma chérie, c’est fini. On va rentrer.

Mathilde écarte brusquement sa mère et la menace.

— Oh, non, c’est pas fini ! Oh, non ! Vous ne vous en sortirez pas cette fois, Lætitia et toi. On va rentrer, oui ! mais une fois là-bas, j’irai…

Un bruit sourd. Sandrine s’est intercalée entre Joëlle et sa fille qui n’ont rien vu venir. Mathilde est parterre, complètement sonnée. Sa mère, debout, est choquée.

— Sandrine ! Qu’est-ce que tu as fait ?

— Ça s’appelle un coup de boule. J’ai appris ça avec Enzo au lycée.
Ça fait deux jours que ça me démangeait. Putain, ça fait du bien !
Tu ne l’as pas volé, Poussin !

Mathilde passe sa main sur le front, un petit œuf se forme soudain. La douleur est vive. Elle regarde Sandrine avec stupeur. Elle a envie de hurler mais se retient, comme une appréhension.

— Tu vas nous emmerder encore longtemps ou tu comptes redevenir une adulte responsable ? lui lance son agresseur, avec un air et les mots de Lætitia.
— Pardon, murmure Mathilde, consciente du risque encouru pour sa mère et ses amies. Pardon !

Joëlle aide sa fille à se relever, constatant l’énorme hématome derrière sa frange.

— Aïe ! se plaint la victime. S’il te plaît, ne le touche pas. Ça pique !
— C’est moche. Viens, on va trouver une pharmacie. Un coup de boule, mon dieu… Sandrine, t’y es allée un peu fort !
— C’est pas moi qui ai commencé, hein, Poussin ?
— Arrê… teu ! réplique Mathilde, du tac au tac.
— Ah! ça y est. On l’a retrouvée, notre Mathilde ! se réjouit Sandrine en se jetant dans ses bras.
— Aï…euuuuh !
— Pardon, Poussin ! … Han ! j’ai la dalle. On se fait des vrais pastas ce soir avant de prendre le train de nuit ? … Allez quoi !

Mathilde hausse les épaules, Joëlle ne dit pas non.

— J’en connais un génial, enchaîne aussitôt Sandrine. Oh, putain j’ai la dalle  !

Puis en deux temps trois mouvements, elle expire un ultime soulagement.

— Allo, Lætitia ? …

Tu peux défaire ta valise, on ne va plus en prison !


FIN

Voir d’autres publications >>

Um dia a Lisboà (3)

Parce qu’on me l’a demandé plusieurs fois cet été, je le partage ici avec vous au Café.
Un jour à Lisbonne, en 4 parties… très subjectives, voire intimes !   << Retour au 1er volet <<

 De la Baixa au Bairo Alto, suivez le guide de bas en haut !

Entre les deux mon coeur balance, la gare ferroviaire du Rossio et son quartier refait à neuf, lumineux et branché pour un dernier verre avant de rentrer. Passage indispensable !

Oui mais débarquons d’un peu plus bas, où se jette le Tage.

La Baixa, comme son nom l’indique est la partie basse de la cité lusitanienne. Le quartier se caractérise par ses maisons à trois, quatre étages tout au plus et aux toits rouges, ses belles boutiques et ses rues quadrillées, tantôt avec circulation, tantôt piétonnes. La plus agréable et la plus empruntée est la rua Augusta dont l’axe piéton va de la place du Commerce, bordant le Tage, à la place du Rossio, son grand opéra et sa majesté la gare.

L’Elevator Santa Justa, à deux pas, se prend comme un funiculaire ou tram (avec un ticket de transport).  De la patte d’Eiffel il vaut le coup d’oeil et

permet de passer de la partie basse à la partie haute de la ville (Bairo Alto). Le dernier étage nécessite un supplément (pour touriste mais vaut le coup). On y a bien entendu un chouette panorama, du château, mais surtout une vue unique du couvent des Carmes en ruine qui se visite pour son expo archéologique… enfin quand elle est exposée.

Une fois en haut, on aborde le quartier du Chiado où il est indispensable de jeter un œil à l’intérieur du café A Brasileira (magnifique !) et s’asseoir pourquoi pas à la place à côté du poète Fernando Pessoa, figé de marbre et dont la silhouette vous semblera familière, le temps d’un café (excellent !).

Juste au dessus, à quelques mètres, se trouve la place à l’éponyme de l’autre poète, Luis Camoès, et le Bairo Alto, un quadrillage de rues à vocation « je mange sur le pouce et je fais la fête toute la nuit ».

Des bars et/ou restos pullulent tous les dix mètres, musique à fond dès 18h, des tascas pour grignoter avec un verre de vin, des magasins de fringues mêmes. Là il s’agit de se promener, voire errer, le temps de boire un verre ou deux, à l’extérieur, à même le trottoir, où tout le monde se côtoie.

L’ambiance est unique ! …

La movida lisboète n’a rien à envier à celle de Barcelone.

Le bar Portas Largas, situé rua da Atalaia, attire foule. Très branché, de la musique fado à un groupe rock psychédélique en live, tout y passe. Alors on y passe mais on s’y lasse vite car trop bondé le week-end. Il suffit de prendre à gauche ou à droite, redescendre, prendre à nouveau à droite ou à gauche et on découvre un autre bar déjanté … et ainsi de suite, jusqu’au bout de la nuit.

C’est ça le Bairo Alto ! … mais suivez plutôt l’itinéraire du dernier volet.

La suite >>

Seules

Mathilde se remarie !                                 Épisode 14  / 15

Revenir à l’épisode précédent >>
Mathilde, 29 ans, mariée, fidèle, rêve toujours de prince charmant, de robe de princesse, nostalgique du plus beau jour de sa vie, dix ans déjà !
Sandrine, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, mais rien à foutre, pas croyante, le mariage, très peu pour elle, célibataire, hédoniste de nature, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup, ou deux, et transgresser les codes dès qu’elle peut.
Catherine, Cathy pour les intimes, collègue de Mathilde, 38 ans et toujours célibataire, à fond sur Meetic, rêve de mariage en grand avec une robe blanche, elle y croit !
Lætitia, chef de Mathilde, 45 ans, divorcée, deux enfants, terminé pour elle les mecs qui ne s’assument pas et jouer leur mère au foyer, elle veut voyager et s’éclater, profiter de la vie, quoi !
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis cinq ans, elle a fait son deuil, mais les hommes, le mariage, c’est de l’histoire ancienne.

— Catherine, bonjour ! … Ah ! Monsieur Régnard…

Oui… Oui, j’ai passé un bon week-end (elle bâille bruyamment) … Excusez-moi, il était aussi très fatigant… Non, Monsieur Régnard, ce n’était pas un week-end en amoureux. Oui, d’accord… Qu’est-ce qui vous arrive ? … Désolée, je n’étais pas là ce matin et Lætitia ne devrait pas tarder…  Heu, Mathilde ? Elle ne sera pas là cette semaine… Des soucis personnels, rien de grave. Enfin, si ! … Enfin, non ! Je vais regarder votre problème d’…

Un téléphone portable entonne la musique de l’Harlem Shake. Cathy plonge sa main libre, dans son sac à mains, posé à ses pieds.

— Heu, excusez-moi, monsieur Régnard, dit-elle tout en fouillant à l’aveugle, mais… rho ! T’es où toi ? … Non, il n’y a pas de danse, je vous rassure, c’est juste mon tél… Ah! le voilà ! Allo ? … Régis ? … Attends deux secondes ! … Monsieur Régnard, j’ai une urgence sur une autre ligne, je vous rappelle tout de suite sans faute.

Elle raccroche aussitôt.

— Ah ! Régis, il faut que je t’explique… Allo ? … Allo, tu m’entends ? … T’es où ? … Hein ? … T’es dans les toilettes ? … Ah bon ? … Ça capte mal ? … Tu n’veux pas parler plus fort ? Parce que là je t’entends à peine. Je te rappelle sur ton fixe. Hein ? … OK OK, reste là ! … Hein, quoi ? … … Mais faut pas mal le prendre, Chouchou ! C’est un malentendu pour ce week-end, je t’assure. Bon, d’accord, j’étais à Venise mais c’est pas du tout ce que tu crois. Oui, je sais qu’on devait aller chez Ikea, mais là, c’était une question de vie ou de… Enfin, je ne peux rien te dire… … Mais non je ne te cache rien. Enfin, si. Mais ça n’a rien à voir avec toi… Mais ni avec un autre ! Pourquoi faut que tu compliques tout ? … Je ne peux rien te dire… Je te jure sur la tête de Kiwi qu’il n’y a pas d’autre homme… On n’était qu’entre filles. Oh ! et va pas… oh !  Des fois y en a qui en sont, j’en connais… mais pas moi ! Hein ? … Ben, je disais ça comme ça… On a juste simulé avec Sandrine, j’te jure… Je ne peux pas te dire… J’te jure ! … Sur la tête de Kiwi… S’il te plaît, crois-moi, ne gâche pas… Allo ? Régis ! … Han ! … Jésus Marie… J’ai juré sur… Allo ? … Régis ? … Allo ? … la tête de Kiwi…

Lætitia débarque dans l’open space, elle voit son amie abattue sur sa chaise, quand les autres filles de l’équipe baissent la tête, comme si de rien.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Régis n’veut plus se marier… Bouh !

… Il dit que pour ne pas être allée chez Ikea c’est qu’il y avait forcément un autre homme. Et moi comme une conne j’ai rien trouvé de mieux que de lui parler de vos trucs-là.
—  Quels trucs ? commence à craindre le pire la chef.
— Maintenant il croit que je suis comme vouuus ! Bouuuh !
— Qu’est-ce que t’es allée lui raconter encore ? chuchote-t-elle pour ne pas attirer l’attention de leurs collègues, une oreille au téléphone et sans doute l’autre qui traîne. Allons dans mon bureau, ajoute-t-elle, prenant les devant.
— J’en ai marre des hommes ! Ils ont tous quelque chose qui ne colle pas, se plaint Cathy en la suivant.
— Ce n’est pas faute de t’avoir prévenue, lâche Lætitia après avoir fermé sa porte.
— Un coup, c’est le dentiste qui veut plus quitter sa femme, un coup c’est l’étudiant qui ne revient pas d’Australie, un coup c’est le skipper qui préfère la mer, quand c’est pas la mère qui préfère qu’on se quitte. J’en peux plus !

Cathy s’écroule littéralement sur la première chaise qu’elle trouve.

— Ça en fait des coups dis-moi ! plaisante Lætitia. Y en a qui restent sur le même coup toute une vie avant de se rendre compte que ce n’était pas le bon. Toi, au moins, tu n’as pas ce problème… Haha !
— Bouh ! Mais moi je veux fonder une famille ! continue de s’apitoyer sur son sort l’éternelle célibataire. Je suis fatiguée !
— Je comprends, rétorque sa responsable. Moi aussi. Je viens de dormir huit heures d’affilée et je n’arrête pas de bâiller.

Les deux filles sont sur les nerfs de n’avoir pratiquement pas dormi du week-end, surtout Lætitia qui a assuré seule le retour cette nuit au volant de son 4×4.

Tandis que Sandrine et Joëlle sont restées à Venise pour retrouver Mathilde.

— C’est trop compliqué les mecs, confie Cathy à sa responsable dans un élan de désespoir. Finalement c’est vous qui avez raison.
— Mais de quoi tu parles ?
— On va toutes finir gousses… Tu veux bien m’apprendre, dis ?
— Mais ça
ne s’apprend pas, enfin! Cathy, cesse tes lubies !
— Ah bon, c’est dans les gènes, tu crois ?
— Ne te fais pas plus bête que tu n’es, la recadre Lætitia. Il s’agit de sentiments, c’est tout. Moi j’ai aimé un homme et une femme profondément dans ma vie.
— T’es bi alors ?
— Mais tu ne t’arrêtes jamais, toi ! Je suis rien du tout, s’emballe l’interrogée. Je suis moi et j’aime qui je veux. Qu’est-ce que c’est que ces cases à la con !

Lætitia entrouvre la fenêtre et allume une cigarette, faisant fi du règlement intérieur. Cathy poursuit ses lamentations.

— Au final, tu vois, on se retrouve toutes sans mec…

ou sans… Heu, enfin tu vois ce que je veux dire. C’est Sandrine qui doit bien se marrer, tiens ! … Y a pas un bonhomme pour rattraper l’autre !
— Je te rassure, il y en a des bien, l’interrompt l’expérimentée derrière un halo de fumée. Des très bien même !
— Ils sont tous pris, tu parles, pouffe Cathy dégoûtée.
— Ou bien ils ne se laissent pas prendre.
— T’en as connu un, toi ?
— Ah ! s’exclame Lætitia, perdue dans ses volutes, c’est une vieille histoire. Il était parfait. Moi pas, faut croire. J’avais besoin de danger, de mains de jardinier, d’explorations d’aventuriers.
— Et alors ?
— Alors, j’ai épousé des mains de jardinier qui étaient surtout expertes en comptabilité. Mon Louis. J’ai eu deux gosses avec lui et un début de déprime.
— Tu regrettes ?
— Non. À quoi bon ? sourit la femme divorcée. J’aurais pas su faire autrement. J’aime mes enfants, même si leur ressemblance avec le père me sort par les yeux. Ah! il ne les a pas ratés le salaud. Non, je ne regrette pas. J’ai fini par me chercher et j’ai trouvé Joëlle, un beau jour, chez Mathilde.

C’était un mal pour un bien. On n’échappe pas à son destin.

— Ah, bon, tu crois au destin, toi aussi ? s’étonne Cathy.
— Je ne sais pas, mais ce qui est sûr c’est que si j’étais restée mariée à l’époque, aujourd’hui je pèterais les plombs.
— Et tu l’as revu ?
— Qui, mon ex-mari ?
— Non, l’autre… Le parfait !
— Oui, une fois par hasard, aux Galeries Lafayette. Il y a très longtemps, j’étais enceinte du deuxième.
— Et alors ?
— Il était accompagné d’une femme plus âgée que moi, la trentaine bien passée, plus belle aussi, parfaite quoi ! Ils se tenaient par la taille. Ils jouaient et riaient comme des gosses… Ça m’a fait un choc.
— Pourquoi ?
— Parce que j’avais perdu tout ça. J’avais tout ce que je désirais à la place, la maison, la voiture, les bijoux, les voyages, mais y avait déjà plus rien au fond de moi. À vingt-huit ans.
— T’as fait quoi ensuite ?
— Le bonheur des Galeries à défaut de celui d’un homme.

Tu vois, y a pas qu’eux qui passent à côté de l’essentiel.

Cathy est désolée pour son amie qu’elle sent touchée depuis la dispute à Venise.

— Tu as des nouvelles de Joëlle ? Tu crois qu’elle t’en veux encore ?
— Je ne sais pas. Sans doute, d’après Sandrine, lâche Lætitia, en écrasant sa cigarette sur le rebord de la fenêtre.
— Elle t’a appelée ?

— Oui… Elles ont retrouvé Mathilde.


Cliquez ici pour lire l’épisode suivant >>