La fête des mots…

Au Café de la Page blanche, le 21 juin, ce sont des mots que l’on joue dans la rue.

Moi je joue de la plume.   Plume

J’adore ! … parcourir la rue de la Page blanche et rejoindre tous ces groupes délurés et jouer des mots ensemble. Je me souviens, l’an dernier, il y en avait un qui jouait du crayon de papier.

Whouah ! … quel son sur sa gratte !

Un peu gras pour certains, mais quelle impro ! … Avant que ce mixeur à la gomme ne l’efface en augmentant le volume du grand feutre noir. Il faut dire que les mots du black étaient plus grands, plus ronds, ils parlaient à tout le monde qui scandait son refrain.

Mais le must, l’an passé, c’était la section des Bic. Ils écrivaient à une allure, montant descendant les gammes du Larousse, avec une telle fluidité qu’il m’était difficile de les suivre. Avec ma plume à bec, je faisais tâche à côté du Bic rouge qui paraphait son solo avec brio quand je cherchais encore les mots de mon inspiration, mon instrument à la bouche.

W  h  o  u  a  h   !

Je suis resté bouche bée aussi, je me rappelle, devant ce morceau de rap joué à la craie sur un tableau noir. Les mots grinçaient sur un rythme saccadé, c’était cru, c’était fort.

Qu’ils sonnaient bien ces poèmes en slams sur la scène !

Ah ! … c’est bien simple, la fête des mots dans la rue de la Page blanche, si vous saviez comme on se la raconte, on se croirait dans une parade à la Nouvelle… Orléans.

Et ce n’est pas le Jazz Band du Café de la page blanche qui vous dira le contraire !

Et vous, vous l’imaginez comment la fête des mots demain dans la rue ?

Ce billet est un petit clin d’oeil à la question du boudoir de Phédrienne : la fête des mots, une utopie ?
Quand les idées se rencontrent ! 😉

Le père

On était à la dernière du père, samedi soir.

Le père théâtre Hébertot

Mais non, personne n’est mort ! Je parle de la pièce de théâtre, « Le père » de Florian Zeller qui se jouait au théâtre Hébertot à Paris.

C’était la dernière représentation samedi.

Une mise en scène lumineuse où tout s’emmêle dans la tête du spectateur qui ne sait plus qui est qui et où il est.

Tiens donc !

Tout comme ce père incarné par un Robert Hirsch époustouflant, plus vrai que nature en emmerdeur intelligent qui perd ses repères et la mémoire au fil du temps, du temps de la pièce qui se désintègre sous nos yeux éberlués.

« Mais tu m’avais dit que t’allais plus à Londres ! »

Quelle empathie nous submerge alors ! … Bah oui, elle nous l’avait dit !

Flash-back comme une claque à chaque scène qu’on reçoit ou croit recevoir, on ne sait plus bien. Le décor se fait et se défait sous nous yeux, on sent le père partir, emporté par la maladie, quelle maladie ? Alzheimer, qui n’existe que pour celui qui est en dehors.

Oui mais nous, on est dedans !

Et quand Zeller, ou plutôt le metteur en scène, nous en fait ressortir, par instants, c’est l’effroi qui nous prend à la gorge comme dans cette scène somptueuse où sa fille le laisse dans cette institution pour partir enfin à Londres.

C’est dur, c’est magnifiquement mis en puzzle que l’on reconstitue jusqu’à la dernière pièce.

La dernière ce soir, je vous disais, pour acclamer la performance d’un acteur comme j’en ai rarement vue au théâtre, personnage complexe, tantôt drôle, tantôt émouvant, toujours attachant, un rôle qui vaudra sans conteste à Robert Hirsch au minimum une nomination aux Molières, si ce n’est le titre suprême.

En tout cas, s’il est loin d’être mort en tant qu’acteur, les acclamations sur les planches samedi soir l’ont déjà emporté jusqu’au paradis sous un orchestre de bravos, d’un public debout et aux anges.

Merci monsieur Zeller pour ce grand moment de théâtre !

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Buller à Dublin…

Excuse me, what are you talking about ?

Statues Dublin 2
L’autre jour je bullais dans les rues de Dublin, au petit matin, sur les traces de la décadente, la sulfureuse, croisée la veille, quand elle sort de ses gonds, lorsque la nuit la couvre de son grand chapeau noir et de ses bijoux aussi lumineux qu’éclatants qui ornent une longue robe aux couleurs musicales endiablées, avec un extravagant parfum de fête, je parle bien sûr de la bien nommée et tant convoitée rue du Temple Bar.
C’est clair, tous ceux qui l’ont abordée, côtoyée, embrassée même, vous dirons la même chose.

Elle nous rend dingue !

Avec sa bouche pulpeuse, le rouge aux lèvres, des paillettes au front, un léger fard orangé soulignant des grands yeux verts, elle impressionne par sa forme longiligne et ce coffre fort qui entonne à plein poumons son chant frénétique en choeur avec son pub’s band qui reprend dans un rythme pas moins effréné le même refrain :

Guinness, ô Guinness ! … One more pint !

Je revenais sur les traces de cette nuit aussi inoubliable que coupable, espérant n’y avoir laissé aucune mauvaise empreinte, quand j’ai croisé ces deux femmes, assises sur un banc, bronzées par le gris du ciel sans doute et qui papotaient, un air préoccupé et préoccupant, leurs sacs à leurs pieds. Elles étaient là, juste de l’autre côté du Ha’Penny bridge, sur la rive nord de la Liffey, à l’opposé de l’enfer de la rue de mauvaise vie qui attire ses proies une fois la nuit tombée.
Mais de quoi pouvaient-elles bien causer ? L’augmentation du kilo de tomates au marché à quelques mètres de là ? Le dernier cri des sacs à mains chez Lancel ? A moins que ce ne soit celui d’un corps tombé dans la Liffey la nuit dernière ? Ma curiosité était plus forte que mon accent anglais influent… pas fluent du tout quoi !

Euh… excouse-mi, wha tariou tolkink euboute ?

Je suis sûr que vous avez une petite idée !

Remplissez ces bulles avec ce qui vous vient à l’esprit.

Mon petit doigt me dit qu’elles parlent français !

Des têtes d’enterrement

Mathilde se remarie !                                 Épisode 10  / 15

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Mathilde, 29 ans, mariée, fidèle, rêve toujours de prince charmant, de robe de princesse, nostalgique du plus beau jour de sa vie, dix ans déjà !
Sandrine, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, mais rien à foutre, pas croyante, le mariage, très peu pour elle, célibataire, hédoniste de nature, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup, ou deux, et transgresser les codes dès qu’elle peut.
Catherine, Cathy pour les intimes, collègue de Mathilde, 38 ans et toujours célibataire, à fond sur Meetic, rêve de mariage en grand avec une robe blanche, elle y croit !
Lætitia, chef de Mathilde, 45 ans, divorcée, deux enfants, terminé pour elle les mecs qui ne s’assument pas et jouer leur mère au foyer, elle veut voyager et s’éclater, profiter de la vie, quoi !
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis cinq ans, elle a fait son deuil, mais les hommes, le mariage, c’est de l’histoire ancienne.

Joëlle, le volant collé contre sa poitrine, les yeux plissés, fixe la route droit devant.

— Je sors où, tu m’as dit ?

Lætitia, à la place du passager, lève la tête d’une vieille carte routière.

— Conthey, là ! … hé ! hurle-t-elle, la main gauche sur le volant pour retenir un geste brusque de la conductrice. Doucement Jo ! C’est pas le moment de nous planter !

Un coup de klaxon long retentit derrière la voiture, ce qui a le don d’énerver encore plus la copilote, joignant les gestes à la parole.

— C’est bon, c’est bon ! On t’a pas vu, ça arrive, connard !

Un double bip de téléphone se fait entendre. Cathy a reçu un sms. Lætitia sursaute aussitôt, comme si on venait de la réveiller en plein sommeil paradoxal.

— C’est quoi ça ?
— C’est Régis, répond timidement la coupable, les cheveux plaqués côté vitre et rebiqués de l’autre. Il faut que je l’appelle, on devait aller chez Ikea cette après midi. Du coup, on va devoir reporter. On rentre quand ?
— Ikea, un samedi ? Pouah ! lâche Sandrine, écœurée rien qu’à l’idée.
— Moi, j’adore me balader dans les allées, y a toujours plein de belles choses qui donnent envie de s’installer. Si seulement j’avais une grande maison, avec de la place !

Sandrine, coincée à l’arrière entre Mathilde et Cathy, des paupières rimmellisées comme un buvard absorbant le noir qui fait tache, démonte le rêve en kit de sa voisine :

— Une allée fléchée que tout le monde emprunte, c’est bien l’idée que je me fais du mariage… Pff !

— Hep hep hep ! s’affole Lætitia, tournée vers l’arrière pour arracher le portable des mains de  l’inconsciente. Éteins-moi ça ! T’es malade, tu veux qu’on aille en tôle ou quoi ?
— Hein ? ne comprend pas Cathy. Mais, je ne fais rien de mal…
— Tu vas justifier comment aux flics que t’étais en Suisse ? … Merci SFR !
— Bouygues…
— Bouygues ou Orange, tu seras marron ! … Mais putain, faut vous le dire comment ? … On a un mort sur les bras !

Les filles restent scotchées à leurs sièges, soudain conscientes que la situation est grave. Mathilde, les yeux rougis et gonflés, renifle pour ne pas pleurer, au risque de se faire à nouveau engueuler.

— Depuis ce matin on est dans ma maison de campagne dans l’Yonne, OK ? … On rentre dimanche soir. Jusque-là, pas de carte bleue, pas de téléphone, pas d’identité, RIEN !

On n’est pas là, ON N’E-XIS-TE-PAS ! … C’est clair ?

Personne ne bronche. Lætitia, complètement rincée, tente d’apaiser ses propos.

— On fait ça pour Mathilde… On va s’en sortir, les filles, ajoute-t-elle avant de se remettre face à la route. On va s’en sortir.

— Je prends où là ? demande la petite voix cramponnée au volant.
— Tout droit… jusqu’au pont du Diable. Je te dirai après.

Une heure plus tard. Sur le fameux pont diabolique. Cathy frissonne, le nez collé à la vitre.

— Ça donne le vertige !
— Impressionnante, la vallée, confirme Sandrine par dessus l’épaule de sa voisine. Elles sont énormes ces montagnes !
— Au loin y en a une dont le sommet s’appelle le Sex Noir, ajoute Lætitia, enfin détendue.
— Ah oui… On voit la forme du vagin, s’en amuse Sandrine, feignant de le viser du doigt.
— Y a de ça ! sourit la fille du coin.
— N’importe quoi ! lâche Cathy en haussant les épaules.
— Mais si ! insiste Sandrine, pointant son index au loin, toujours avec son humour grivois. En haut du col de l’utérus, là ! Ils en ont même fait une piste de ski… T’es miro ou quoi ? On voit même les tire-fesses !

Le rire est général. Moins tant pour la blague que pour le relâchement que les filles s’autorisent enfin. Elles respirent et commencent chacune à croire qu’elles vont s’en sortir.

— Prends le chemin, là ! ordonne Lætitia. On va suivre la Morgue.
La morgue ? s’inquiète Sandrine.
— Tout le monde l’appelle comme ça. En fait, la rivière s’appelle la Morge.
— Mais, y a que des gros cailloux, s’affolent la conductrice.
— Je sais, avance ! Le 4×4 est assez haut. C’est un chemin privé. Derrière, il y a un terrain de trente hectares. Autrefois il appartenait à mon grand père. Il l’a vendu pour rien à une mafia suisse.

— Y a des mafias suisses ?

— Qu’est-ce tu crois, Cathy ? Partout où tu as de l’argent, tu as des mafias qui gravitent autour. C’est comme les planètes avec les étoiles. C’est une loi universelle.
— Et si on croise quelqu’un ? demande Sandrine, pas rassurée.
— Ça ne risque pas. À moins d’assister à un autre enterrement. C’est un vrai cimetière d’affaires ici. Tout le monde le sait et personne ne dit rien.
— C’est dingue ! Cathy n’en revient pas.
— C’est leur manière d’être neutres… Tiens ! prends à droite là, s’interrompt la copilote, il devrait y avoir encore une vieille cabane du temps de mon grand-père.

La cabane n’a pas bougé. Dedans, il y a tous les outils pour creuser, piocher, bêcher, enterrer tout ce qu’on veut, quoi. Comme un self-service pour bandits en cavale. Le corps de Paul, couché dans une brouette, deux pelles, une pioche dessus, voilà les filles suivant le corbillard poussé par Lætitia.

— Suivez-moi, je connais un petit coin où Paul reposera en paix.

Lætitia puis Sandrine, un peu Joëlle, à peine Cathy, pas du tout Mathilde, en larmes, puis à nouveau Lætitia, toutes en sueurs, creusèrent, tour à tour, et finirent par jeter le cadavre dans un trou immense avant de le reboucher ensemble. Une heure plus tard. Mathilde dans les bras de sa mère, les deux bouleversées, signes de croix et Notre père, en passant par des Je vous salue Marie, elles n’en finissent pas de se recueillir sur l’emplacement du défunt, sans le moindre signe ostentatoire, Lætitia ayant été très claire.

— Allez on y va, ordonne la chef de la bande en cavale. On n’a que trop tardé. Il faut mettre de l’essence. Pas question de carte bleue. Donnez-moi tout votre argent, Paul nous fera vivre en Italie. Va falloir s’acheter des fringues aussi.
— Pourquoi aller en Italie ? demande Cathy, épuisée. Il est enterré maintenant.

— Si en Suisse, y a pas meilleure tombe, en Italie, y a pas mieux pour faire vivre les morts !


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La cage dorée

Comment cuisiner des clichés à la mode portugaise dans une comédie attachante et intelligente ?

La cage doréeOn le sait, en France il y a autant de blagues sur les portugais qu’il y a au Portugal de façons de cuisiner la morue, à faire dresser les poils de tous les enfants d’immigrés lusitaniens dont je fais partie.

Et là, Ruben Alves s’y prend comme un chef pour assaisonner ses stéréotypes, à toutes les sauces, de la concierge boniche idéale à l’ouvrier bosseur irréprochable en passant par les commérages, les drapeaux, fanions, tissus aux couleurs nationales en tout genre et en tout lieu, l’addiction au Futebol, la bière et la morue… faits maison !  … et j’en passe.

Ca sent à des kilomètres, comme des sardines sur un gril, dans des seconds rôles de composition à l’eau de rose… de Rosa précisément dont chaque apparition fait saliver avant qu’elle lâche quelques jurons ou mimiques très caractéristiques pour qui a eu une tante portugaise en France. « Porrrra ! »

Tout y passe jusqu’à la bourgeoise de l’immeuble incarnée par une Nicole Croisille tout à fait crédible et un invité surprise en fin de film (chiouu !). Mais la palme de la mangeuse de sardinas assadas revient sans conteste à Chantal Lauby qui s’est imprégnée du rôle de Solange Caillaux, femme du patron de José, en y mettant carrément les mains.

Elle est à pisser de rire, surtout quand elle s’improviche en conchierge Coulada, cousine de Maria. Un grand moment !

Mais ce film ne s’arrête pas à la pure caricature comme on peut la trouver sur Internet.

On trouve chez Ruben Alves un peu de Guédiguian visitant la communauté portugaise en France. Il peint dans son tableau des sentiments comme des personnages que l’enfant d’immigrés que je suis a retrouvé non sans un pincement au coeur.

La honte, la révolte, ce devoir de bien faire pour s’intégrer, cette peur, toujours, d’être mal vu.

Et si même dans ce film, il en ressort une sorte d’anachronisme, tant ces personnages dépeignent plutôt les immigrants de la première génération, jusqu’à la fin des années 80 (allez trouver de nos jours les Maria et José du film, leurs enfants à la rigueur), il n’empêche que l’on s’y laisse prendre volontiers, tant Ruben Alves parvient à nous faire rire, à nous émouvoir et même à nous surprendre.

Et c’est ça qu’c’est bon !

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Dans la nature…

Mathilde se remarie !                                 Épisode 9  / 15

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Mathilde, 29 ans, mariée, fidèle, rêve toujours de prince charmant, de robe de princesse, nostalgique du plus beau jour de sa vie, dix ans déjà !
Sandrine, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, mais rien à foutre, pas croyante, le mariage, très peu pour elle, célibataire, hédoniste de nature, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup, ou deux, et transgresser les codes dès qu’elle peut.
Catherine, Cathy pour les intimes, collègue de Mathilde, 38 ans et toujours célibataire, à fond sur Meetic, rêve de mariage en grand avec une robe blanche, elle y croit !
Lætitia, chef de Mathilde, 45 ans, divorcée, deux enfants, terminé pour elle les mecs qui ne s’assument pas et jouer leur mère au foyer, elle veut voyager et s’éclater, profiter de la vie, quoi !
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis cinq ans, elle a fait son deuil, mais les hommes, le mariage, c’est de l’histoire ancienne.

Le jour s’étirait au fil des kilomètres avalés par le Range Rover rouge au toit crème.

Depuis une heure, le 4×4 ne cesse de balloter les corps enchevêtrés à l’arrière. Mathilde, blottie comme un chaton contre le ventre de sa maman, deux vestes sur le dos, dort à poings fermés. Joëlle, dont la tête tape contre la vitre à chaque virage, rouvre et referme les yeux tels des warnings d’un sommeil impossible. Cathy a trouvé un confort appréciable sur une fesse en travers de sa collègue, se relevant de temps à autre pour ne pas vomir. Sandrine, elle, n’a pas dit un mot depuis près de cinq heures qu’elles roulent, perdue dans ses pensées qui se fondent dans un paysage changeant défilant à vive allure. Elle se tient à la poignée du passager avant pour ne pas basculer côté conducteur où Lætitia, imperturbable, le pied sur l’accélérateur, l’autre sur le frein, les yeux tantôt dans les rétros tantôt droit devant, fume clope sur clope pour ne pas s’endormir, la vitre toujours entrouverte.

Le moteur a cessé ses vibrations. Des cheveux en bataille surgissent entre les sièges avant.

— Pourquoi on s’arrête ? demande Cathy.

Lætitia, des cernes effroyables sous les yeux, jette son mégot par la fenêtre et ouvre en grand sa portière, comme une libération. « Whouaaa ! »

— On sort se dégourdir les jambes, les filles. À deux kilomètres, c’est la frontière.
— On est déjà en Italie ?
— La Suisse, ma petite Cathy. Poste frontière de Vallorbe. On passait toujours par là avec mes parents quand on allait voir mon grand-père.
— Il est suisse ?
— Il était, rectifie Lætitia en sortant du 4×4. Allez, dehors, les filles ! Il va falloir s’apprêter.

Sandrine ouvre à son tour sa portière et étire ses jambes à l’extérieur, dans un cri de lionne qui renforce son tempérament sauvage. Joëlle et Mathilde sortent en bâillant, amorphes.

— Houuu ! mais il fait froid ici, se plaint la fille. Qu’est-ce qui se passe ? On est où ?
— En Suisse, il paraît, répond aussitôt Cathy qui la suit.
— On fait une pause de vingt minutes, ajoute la chef de la bande. Le temps de se recoiffer et d’être présentables au contrôle.
—  Mais pourquoi on passe par la Suisse ? s’étonne Sandrine. C’est risqué, et s’ils nous demandent d’ouvrir le coffre ?
— Je sais, mais comme disait mon grand-père :

Ce pays renferme dans ses coffres autant de cadavres que d’argent exilés !

— Attends, vient de comprendre Sandrine, parce que tu comptes l’enterrer là ?
— Dans le mille. Ici, tous les secrets sont bien gardés, crois-moi !

Voilà que Mathilde se remet à pleurer.

— Paul ! Bouuuh !
— Ah, non ! Tu ne vas pas  remettre ça, l’arrête de suite Lætitia, sur les nerfs. Allez, au maquillage ! On s’apprête comme si on allait au bureau. J’ai emmené tout ce qu’il faut.

Une demi-heure plus tard. Poste frontière de Vallorbe.

— « Le Creux », lit à voix haute Cathy sur une pancarte. Ça porte bien son nom, ça me rappelle la Creuse.
— Pour être dans la nature, on est dans la nature ! confirme Sandrine, en pure Parisienne.

Un douanier s’approche du véhicule stoppé à une barrière. S’adressant à la conductrice avec un accent bien caricatural comme on n’en fait plus dans ce pays :

— Booonjouuur madaaame. Veuillez vous raaanger iciii, j’vous priiie !

C’est un jeune homme d’une trentaine d’années, l’air un peu coincé, en juge Lætitia au premier abord.

— Vous alleeez où, j’vous priiiie ? V’z’êtes en weeeek-ennnd ?
— On va àaaaa… Lausanne. Euh… On bosse toutes là-bas. Je fais du covoiturage.
— Ah ! C’est bieeen çaaa, de penser à l’envirooonnemeeent ! Vous n’avez rieeen à déclareeer j’suppoooose.
— Aucune arme illicite monsieur le douanier, lâche Lætitia avec sa voix la plus sensuelle, tout en jouant du décolleté, préparé à cette occasion.  À ma connaissance.

Le jeune homme n’est pas insensible aux charmes palpables de cette quarantenaire.

— Me v’laaa rassurééé, plaisante-t-il en retour. Pouvez-vouus juste m’ouvrir le coooffre, j’vous prie ? Siiimple routiiiine.

Un vent de panique balaye l’arrière de la voiture. Lætitia tente de calmer Mathilde et Cathy aussi blanches que des souris dans un laboratoire.

— Qu’est-ce tu comptes  faire ?
— On se calme, les filles. Bougez pas ! … Pas de panique ! Pas de panique ! … Passe-moi mon sac à main qui est sur la plage arrière.
— Mais… tu ne vas pas…
— Tais-toi, bon sang, Cathy, tu vas attirer l’attention. Passe-moi ce sac, bordel !
— Oui oui…

En sortant, Lætitia appuie discrètement sur le bouton de verrouillage automatique des portières. Elle retrouve le douanier, déjà derrière le 4×4, et fait acte d’ouvrir le coffre, logiquement verrouillé.

— Ah, je n’ai jamais su comment on ouvre ce fichu coffre. C’est tout mon mari ça. Il voulait un Range Rover. J’ai horreur de ces bagnoles. En plus, ça pollue, si vous saviez !
— Oh ouiii! Moi, j’suis comme vouuus, très sensiiiible à la pollutiooon d’ces voituuures. On en voit d’plus en plus par iciiiii. Moi, j’ai un Raleigh Dover 40 !
— Désolé, mais j’y connais rien en bagnole !
— C’est un vélooo électriiiique ! Ah ah ! J’vous ai bieeen euuue. Avec ça j’polluuuue rieeen et en plus j’fais du spooort !
— Ah! D’accord. C’est génial ! s’exclame la conductrice, tentant de jouer la montre avec le Suisse. Comment vous dites ?

— Raleigh Dover 40. C’est le tooop, j’vous assuuuure ! 

Lætitia feint d’ouvrir le coffre une nouvelle fois.

— Décidément, ça a l’air coincé.
— Laisseeez moi faiiire !

Le douanier tente la manœuvre à son tour. En vain.

— On dirait qu’c’est bien verrouillééé. Vous pouveeez donner un coup de clééé pour forcer le machiiin ?

La conductrice s’exécute en appuyant consciemment sur le bouton inverse, histoire de faire entendre un clic. L’homme retente d’ouvrir le coffre, logiquement sans succès.

— C’est un mooonde, ces engins-làààà ! s’agace-t-il.

Lætitia prie dans son for intérieur pour qu’il abandonne, la main tremblante dans son sac. Quand un fait inattendu vient perturber le contrôle en cours. Un bip discontinu provenant d’une énorme montre à son poignet.

— Ah ! Il est neuf heuuures ! C’est le momeeent de la relèèève. Bon alleeez, vous pouvez  circuleeeer… Ça iraaa pour cette foiiis !
— Merci, merci, Monsieur ! expire Lætitia, dans un soulagement sans commune mesure. Ça a été un réel plaisir de vous connaître. Dès que je rentre, comptez sur moi pour étudier votre vélo électrique là… Le Roller Dove, vous dîtes ?

Raleigh Doveeeer 40. Un petit bijouuu dans les montééées ! lâche-t-il, tout content.

Les filles à l’arrière, à deux doigts de la syncope, le remercient de gestes et sourires affectueux comme s’il venait de leur sauver la vie.

— Merci encore ! répète la conductrice, à nouveau au volant. Au revoir !
— Au revoiiir ! et bon couraaage !
— Il en faut, croyez-moi, il en faut !

Le 4×4 démarre en trombe, lâchant une fumée épaisse nauséabonde en plein dans le visage du brigadier. Cathy, la première, pose la question qui taraude les autres.

— Tu ne comptais pas le… ?
— Je ne sais pas, je ne sais plus, se contente de répondre l’intéressée, soufflant et ouvrant la vitre pour respirer. On se tire d’ici.
— À cinq minutes près, on allait savoir, lâche Sandrine qui semble avoir sa petite idée.
— C’est derrière nous, conclut Lætitia. On fait une halte après Lausanne, on prend un petit déj’ et on avise pour la suite. Je suis morte. J’ai besoin d’un double café moi, je tiens plus !

Qui pourra prendre la relève pour la conduite ?

Personne ne répond. La chef les interroge du regard, Sandrine la première.

— J’ai pas le permis !
— Ah bon ?
— Qu’est-ce que tu veux que j’en fasse à Paris. J’ai le Vélib’, le métro et le taxi. Pour l’étranger je prends le train ou l’avion. Je vois pas où est le problème ?
— Ça va, ça va ! Et toi Cathy ?
— Ben, j’ai bien essayé. Huit fois, même. Mais ils n’ont jamais voulu me le donner. Pourtant c’était pas de ma faute, la dernière fois…
— C’est bon, c’est bon ! Mathilde ?
— Moi je l’ai. Mais j’ai jamais reconduit depuis le jour où on me l’a donné. Paul, il disait…

Là voilà qui se remet à chialer, désespérant encore plus Lætitia. Pitié ! Joëlle prend sa fille dans ses bras, une habitude depuis qu’elles sont parties.

— Ma chérie… Chuuu… Je prendrai la relève, Lætitia. Ça me reviendra bien en roulant.
— Tu parles d’une génération d’indépendantes !  se désole la conductrice, anéantie.
— Pourquoi tu dis ça ? ose demander Cathy.
— Parce que la bagnole, dans l’histoire de la lutte des femmes, c’est un acquis les filles ! … Mettez-vous ça dans le crâne !

Laissez jamais un mec conduire à votre place, putain !

Lætitia est sur les nerfs. Elle roule aussi vite qu’elle voudrait que cette cavale se termine. Personne ne bronche derrière, ni devant.


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Buller dans mon jardin

Hein ? … Quoi ? … Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Vénus - Jardin de Versailles
L’autre jour je bullais dans mon jardin, à Versailles. Quand je dis mon jardin, ce n’est pas tout à fait le mien, disons que je le partage avec d’autres. Ce serait même plus juste de dire que c’est le notre, d’autant que c’est le sien… à Le Nôtre, de jardin ! … Vous me suivez ?
Je bullais l’autre jour dans son propre jardin, taillé comme une belle barbe pour un grand événement. Et pour cause, c’était le sien à Le Nôtre, d’évenement… son anniversaire, vous m’en direz tant… 400 ans le Dédé !

A la vôtre, monsieur Le Nôtre !

semblaient murmurer de drôles de sculptures d’arbres, le vert à la main… celle d’un certain Giuseppe Penone, chef de file de l’arte povera, je lis sans bien saisir. Peu m’importait…
Je bullais donc dans ce jardin, le notre, remontant une des allées qui longent le parterre de Latone, celle de droite précisément en direction du château. Je sais que cette précision sera appréciée par les amateurs de callipyges au temps compté ou encore aux pieds usés.
Quand je suis tombé nez à nez… ou plutôt des nues à nu avec le plus beau fessier du parc. Quelle splendeur ! pensais-je.  C’est là qu’une voix divine qui provenait de plus haut (forcément) s’est fait entendre… Je relevais la tête. Hein, quoi ?
Je ne sais pas si vous avez remarqué comme moi, mais on ne comprend jamais ce que disent les statues tellement elles parlent dans leurs marbres.
Mais qu’est-ce qu’elle a bien pu dire ?

Je suis sûr que vous avez une petite idée !

Remplissez cette bulle avec ce qui vous vient à l’esprit.

Avec juste un peu de subtilité féminine !

La remariée était en noir…

Mathilde se remarie !                                 Épisode 8  / 15

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Mathilde, 29 ans, mariée, fidèle, rêve toujours de prince charmant, de robe de princesse, nostalgique du plus beau jour de sa vie, dix ans déjà !
Sandrine, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, mais rien à foutre, pas croyante, le mariage, très peu pour elle, célibataire, hédoniste de nature, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup, ou deux, et transgresser les codes dès qu’elle peut.
Catherine, Cathy pour les intimes, collègue de Mathilde, 38 ans et toujours célibataire, à fond sur Meetic, rêve de mariage en grand avec une robe blanche, elle y croit !
Lætitia, chef de Mathilde, 45 ans, divorcée, deux enfants, terminé pour elle les mecs qui ne s’assument pas et jouer leur mère au foyer, elle veut voyager et s’éclater, profiter de la vie, quoi !
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis cinq ans, elle a fait son deuil, mais les hommes, le mariage, c’est de l’histoire ancienne.

Une heure plus tard, on sonne.

Cathy sursaute, comme si la police était à la porte. Sandrine prend les choses en mains, comme depuis le début de cette sale histoire.

— Bougez pas, je vais voir ! C’est sûrement Lætitia.

Effectivement, c’est bien elle, mais elle n’est pas venue seule, à sa grande surprise.

—  Ben quoi ? Elle était avec moi, j’allais pas lui dire… Enfin, il s’agit de sa fille !
— Oui, bien sûr. Bonsoir Joëlle, heu… attendez-moi là, juste un instant, je reviens.
— Qu’est-ce qui se passe ici à la fin ? s’impatiente la mère qui flaire le drame.

Sandrine retourne dans le salon, histoire de préparer la fille à la venue de sa mère. Seulement, les deux invitées ne lui en laissent pas le temps, elles l’ont suivie.

— Maman ? appelle Mathilde, après avoir cru reconnaître la voix maternelle.

Joëlle entre la première et se jette dans les bras de sa fille, toute heureuse de la savoir saine et sauve.

— Ma chérie ! Tout vas bien ?
— Oui oui, maman !

Lætitia découvre la première le carnage, le sang sur le tapis et la silhouette d’un corps recouvert d’un drap.

— Nom d’un chien, mais qu’est-ce qui s’est passé ?

Joëlle pousse un cri d’effroi en heurtant le corps à ses pieds. Elle vacille. Sandrine la rattrape in-extrémis et la fait s’asseoir sur le canapé.

Assieds-toi aussi, Lætitia ! Je vais tout vous expliquer.

Dix minutes plus tard. Mathilde est en sanglots dans les bras de sa mère, comme une petite fille qui vient de faire une énorme bêtise.

— Pardon ! Maman, j’voulais pas.  Ça a été horrible… hanc ! Pardon !

Joëlle est au bord des larmes également. Elle tente de trouver les mots pour réconforter sa fille, murmurant d’une voix à peine audible.

— Ma fille… Mon bébé ! … Ce n’est pas de ta faute… Comment est-ce encore possible ? Nous sommes maudites avec les hommes !

Lætitia presse l’épaule de Joëlle dans un geste de compassion, retenant toute émotion. C’est qu’il s’agit désormais d’avoir les idées claires.

— Bon bon… Ne paniquons pas ! … On se calme, les filles ! … Pas de panique, on va s’en sortir ! PAS-DE-PANIQUE !! …  … laissez-moi réfléchir !

Et quand Lætitia réfléchit, rien n’est laissé au hasard. Elle n’était pas la chef pour rien, au bureau. Ça dépotait avec elle. Et ça n’a pas tardé, trois minutes plus tard.

— Dans le sac poubelle, là, je veux tout ce qui a touché de près ou de loin à la victime.
Ses fringues, la robe, les serpillères, le tapis !
Oui oui, ta culotte aussi Mathilde ! Prend une douche et va te changer !
Non, le pistolet, je vais le prendre dans mon sac pour l’instant.
Hop hop hop, malheureuse, donne-moi son portable ! Une aubaine !
Laisse-moi faire, on verra plus tard !
Ses papiers aussi, son blouson. On va pas le laisser sortir à poil.
Tu connais son code de carte bleue ?
T’es un génie, Mathilde ! J’suis bête, t’es juste sa femme !

— C’est quoi ton plan au juste Lætitia ? s’intéresse de près Sandrine.
— Il faut arriver à le faire vivre encore un peu, mais loin d’ici. Tu me suis ?
— Pas complètement, mais tu vas me dire.
— Comme dans Volver ! s’exclame soudain Cathy.
— Hein ? ne comprend pas Lætitia.
— Mais on n’a pas de congélateur assez grand.

T’es lourde, Cath’, avec ton congèl’ !

Lætitia continue de dérouler sa stratégie .

— On va utiliser son fauteuil de bureau roulant pour l’emmener jusqu’à la voiture. Dans une heure, on décolle. Il faut que la maison soit aussi nickel que d’habitude.
— Ce serait bien la première fois, fait remarquer Joëlle.
— Pourquoi tu dis ça, maman ?
— Ne le prends pas mal, ma chérie. Mais le ménage et toi, on ne peut pas dire que c’est le grand amour.

Mathilde se remet à pleurer.

— Ah non ! l’interrompt Lætitia, ça suffit ! Tu ne vas pas remettre ça. Maintenant tu vas être une grande fille ! Tiens, va remettre un peu de ton bordel dans ta chambre, qu’on n’ait pas l’impression que tu viens d’emménager.
Hanc ! Oui…
Ensuite, prends une douche et change-toi !  … Et ta robe, à la poubelle, n’oublie pas ! Cathy, aide-la, si tu veux bien. Et ramène-nous un costume de monsieur, là. Un chapeau et ses lunettes de soleil aussi.
— Pour quoi faire ? demande curieusement Cathy.
— Pour qu’il soit présentable, au cas où.
— Han !
— Je ne pige pas tout, dit Sandrine, mais pourvu qu’on déguerpisse d’ici au plus vite.

Une heure trente plus tard.

— Les filles, discrètement, on emmène le corps dans le fauteuil jusqu’à la voiture.
Appelez l’ascenseur !
Cathy, Joëlle, les sacs, dans le local poubelle !
Sandrine, aide-moi à pousser le fauteuil, l’ascenseur est là.
Mathilde, attends-moi je reviens avec le chariot.

« 3h17 » s’affiche sur le tableau de bord du 4×4. Le silence dans la rue est total. Un tour de clé de contact et le ronflement du moteur diesel le brise comme un éclat sur le pare-brise. Un frisson parcourt les filles.

— Allez, on met les voiles !

— J’ai froid, se plaint Mathilde. Tu ne veux pas relever la vitre, s’il te plaît ?
— Non, réplique le chauffeur. Fais comme moi… RESPIRE !
— On va où ? ose demander Cathy.

— Venise ! …  Hein, Paul ? lance Lætitia dans le rétro, en direction du coffre.


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Buller sur mon I-phone…

Heu… ça faisait comment déjà ?

L’autre jour je bullais à la terrasse d’un café, tripotant mon I-phone, l’air du rien qui m’habitait et pour faire genre « mais non, je ne m’ennuie pas, j’attends quelqu’un ».
C’est là que ce quelqu’un est arrivé alors que je ne l’attendais pas, « qu’est-ce tu fous là ? », et nous voilà deux, les yeux rivés sur le petit appareil à la pomme croquée. J’ai voulu lui montrer une vidéo, « tu sais la réplique dans un singe en hiver, ça faisait comment déjà ? ». Oui mais voilà, à peine elle avait démarré…

« M’sieur Esnault, le picon de bière… »

que le logo de Free (voir image grossièrement reconstituée), « t’es chez Free ? » … a pris place pour une durée illimitée (incluse dans le forfait, vous avez tout compris) nous empêchant de connaître la suite, un quart d’heure plus tard.

Alors pour ne pas être en reste, je décidais d’inventer.

Qu’est-ce qu’elle pourrait bien lui demander à m’sieur Esnault ?

Je suis sûr que vous avez une petite idée !

Remplissez ce sous-titre avec ce qui vous vient à l’esprit.

Hey ! … entre-nous, ici la réplique originale on s’en fout !

Question de vie et de mort !

Mathilde se remarie !                                 Épisode 7  / 15

Reprendre tout depuis le début >>
Mathilde, 29 ans, mariée, fidèle, rêve toujours de prince charmant, de robe de princesse, nostalgique du plus beau jour de sa vie, dix ans déjà !
Sandrine, meilleure amie de Mathilde, 33 ans, l’âge du Christ, mais rien à foutre, pas croyante, le mariage, très peu pour elle, célibataire, hédoniste de nature, aime faire la fête, danser, boire un p’tit coup, ou deux, et transgresser les codes dès qu’elle peut.
Catherine, Cathy pour les intimes, collègue de Mathilde, 38 ans et toujours célibataire, à fond sur Meetic, rêve de mariage en grand avec une robe blanche, elle y croit !
Lætitia, chef de Mathilde, 45 ans, divorcée, deux enfants, terminé pour elle les mecs qui ne s’assument pas et jouer leur mère au foyer, elle veut voyager et s’éclater, profiter de la vie, quoi !
Joëlle, mère de Mathilde, 57 ans, veuve depuis cinq ans, elle a fait son deuil, mais les hommes, le mariage, c’est de l’histoire ancienne.

Trois heures plus tard, à la Bodega.

Sandrine sort le téléphone portable de son sac quand un message l’interpelle.

— Je rêve !
— Quoi ? s’inquiète Cathy, voyant la tête de sa copine.
—  Un sms de Mathilde.
— Ah, et qu’est-ce qu’elle dit ?
— Juste « HELP ».
— Help, comme au secours ?
— Oui, comme au secours. C’est un code entre nous pour rappliquer quand l’une a un coup de déprime. Elle l’a envoyé à 22h30.
— Tu crois qu’elle déprime ?
— Ça m’en a tout l’air. Et c’est moi qu’elle appelle. C’est génial, ça, Cath’ !

— Elle va te reprendre sur Facebook, alors !

Sandrine ne l’écoute déjà plus, elle consulte sa montre et se lève d’un bond.

— Putain, il est déjà 23 heures !
— Qu’est-ce qu’on fait ?
— Toi, je n’sais pas, mais moi j’y vais.

Sandrine pose son verre après l’avoir vidé cul-sec et prend ses affaires pour décoller illico. Cathy, elle, cherche désespérément son sac pour la suivre.

— Mais attends-moi !

Voilà les deux copines bientôt au pied de l’immeuble de Mathilde. Cette dernière n’a pas répondu à leurs appels durant le trajet en taxi, ce qui rend Sandrine très nerveuse.

— Putain, réponds !

Dix coups de sonnette à l’interphone auront été nécessaires pour entendre enfin un clic libérateur de la porte d’entrée mais sans le moindre son de voix. Au deuxième étage, Sandrine frappe à la porte. Elle est entrouverte. Elle n’a qu’à la pousser. Cathy suit comme elle peut, essoufflée, tant sa compère a avalé les escaliers comme sa Margarita.

— Mais attends-moi, Sandrine !

Cathy entre enfin et rejoint Sandrine, figée à la porte du salon. Le spectacle est apocalyptique.

Mathilde est assise sur une chaise, en robe de mariée, une bouteille et un flingue à la main. Le corps de Paul, torse nu et les fesses à l’air, gît par terre dans une flaque de sang.

Cathy passe la tête et suffoque un « Jésus Marie Joseph ! » avant de se retourner, prise de nausées. Sandrine, pas moins estomaquée, s’avance vers sa meilleure amie.

— Mathilde, mon poussin, qu’est-ce qu’il s’est passé ?

La mariée pointe l’arme vers son amie d’un geste brusque avec une grimace de désespoir autant que d’énervement :

— M’appelle pas poussiiiiin !

Pan ! Le coup part. Cathy pousse un hurlement. Sandrine ne bouge plus, raide morte… mais de peur.

— C’est bon, je n’ai rien, Cath’. Calme-toi !
— Mais… Mais t’aurais pu la tuer, Mathilde ! Pose ce pistolet ! Pose ce pistolet !
— Cesse de hurler, Cath’, tu vas alerter tout l’immeuble. Comme si le coup de revolver ne suffisait pas.

Sandrine tente de raisonner son amie en pleine crise.

— Mathilde, pose cette arme s’il te plaît. Les flics vont débarquer avec tout ce raffut.

Mathilde s’exécute et lâche l’arme qui tombe à ses pieds, sur le tapis.

— C’est parti tout seul. Pardon… Oh, pardon !

Sandrine retrouve ses esprits et saisit la pièce à conviction qui a bien failli avoir raison d’elle, la balle s’étant logée dans le mur derrière elle.

— Putain, Mathilde, qu’est-ce qu’il s’est passé ?
— C’est parti tout seul ! C’est parti tout seul !

Sandrine lui retire également des mains la bouteille de whisky.

— Donne-moi ça ! Depuis quand tu bois ? Calme-toi et raconte-moi ce qu’il s’est passé.
— Je veux oublier ce cauchemar. Je veux me réveiller et que tout ça ne soit pas arrivé.

Cathy, une main sur le ventre, les yeux sur le cadavre, manque de s’évanouir. Elle s’assied sur une chaise.

— Tu… C’est toi qui… Mathilde… mais, il est mort ! 

Mathilde fond en larmes.

— J’voulais pas… hanc ! Oh ! C’est parti… hanc ! tout seul.
— Comment c’est arrivé ? demande sa meilleure amie qui la prend dans ses bras. Mais, bordel, tu le sors d’où ce flingue ? Et ta robe de mariée, c’est quoi ce cinéma ?
— Mais… hanc ! Il aurait pas dû …hic ! J’voulais pas, j’lui ai dit… hanc !
— Calme-toi… Tu ne voulais pas quoi ?
— Au début on jouait. C’est lui qui… hanc ! voulait que je la mette pour… hic ! une nouvelle nuit de noces. On avait un peu bu. Jusque là, ça allait, et puis il est arrivé avec ça.

Elle montre le pistolet que tient encore Sandrine.

— Il a commencé par m’attraper les cheveux… hanc ! et me dire des trucs que j’aimais pas. Il m’a projeté sur le tapis et s’est jeté sur moi, comme une bête. Je lui ai demandé d’arrêter… hic ! j’avais peur. Il m’a dit que c’était qu’un jeu, que ça l’excit… hanc !
— C’est monstrueux !
— Mais quel connard !

Sandrine lui tend un mouchoir, jetant un œil sur le cadavre, des fois qu’elle pourrait l’achever d’une manière ou d’une autre. Mathilde se mouche et essuie ses larmes.

— Oh! Sandrine, il est devenu brutal. J’avais trop mal, je voulais que ça s’arrête. Je l’ai supplié. Et quand j’ai vu le pistolet posé par terre, j’ai pas réfléchi. Je voulais que ça s’arrête, c’est tout. Je l’ai pris juste pour le menacer avec, en espérant qu’il arrêterait. Mais le coup est parti tout seul, j’te jure !
— Je te crois. C’est pas de ta faute.

Sandrine la serre dans ses bras. Mathilde est inconsolable.

— Je voulais que ça s’arrête, il me faisait tellement mal. Je voulais pas… Mais il insistait, il était comme fou, je savais plus quoi faire. Le coup est parti tout seul. Puis il s’est écroulé par terre, sans plus bouger. C’était horrible, il saignait de la tête… Je savais plus quoi faire.
— Oui ! Chuuu… Calme-toi… On va s’en sortir… chuuu… »

Cathy, elle, est en panique. Elle se lève et s’agite dans tous les sens.

— Seigneur Jésus ! … Il faut appeler la police ! 

Mathilde s’agrippe au cou de Sandrine.

— Je ne veux pas aller en prison ! Je ne veux pas aller en prison !
— Mais c’est de la légitime défense, Mathilde, lui répond Cathy. On va leur expliquer.
— Tu veux leur expliquer quoi ? la reprend Sandrine. Il a pris une balle dans le ciboulot. Non, Cath’, c’est grave, là ! … Réfléchissons !

Soudain on sonne. Sandrine se rend à la porte après avoir bien fermé celle du salon. Une voisine la menace d’appeler la police si elle n’arrête pas ce tintamarre depuis deux heures. Il est presque minuit maintenant. Sandrine tente d’expliquer le raffut par le son Dolby Stéréo de son nouveau « Home Cinéma ». Elle regardait un film d’actions entre copines.

— C’est bluffant comme on dirait que ça se passe dans l’appartement.
— Et bien, merci de mettre votre dolby en sourdine, on voudrait dormir. On bosse demain.
— Ne vous inquiétez pas, madame, le film vient juste de se terminer. Clint Eastwood les a tous butés. Vous avez vu Impitoyable  ? Je vous le conseille mais c’est un peu violent.
— Et bruyant !
— Désolé, vraiment, pour le dérangement. Au revoir ! … Bonne nuit !

De retour dans le salon, la tête sur les épaules et les idées claires, Sandrine a décidé.

— On ne va rien dire à la police. Cathy, si tu veux, tu peux encore partir. Personne ne t’a vue. Mais si tu restes, motus et bouche cousue.
— Mais… On va toutes les trois aller en prison !
— Décide-toi et vite !

— Mais il faut tout nettoyer sinon on risque de retrouver son ADN.

— Cath’, elle habite ici !!! Calme-toi ! Va plutôt me chercher tout ce que tu trouves, serpillères, seaux, produits nettoyants, draps.

Une heure plus tard. Cathy, en sueur, pose la question qui tue.

— On va faire quoi de Paul ? … On ne va jamais réussir à le porter dans cette couverture.
— Je réfléchis, dit Sandrine, préoccupée.
— On ne va pas le couper en morceaux comme dans Le père Noël est une ordure ?
— Tais-toi, au lieu de dire des bêtises. Laisse-moi réfléchir !
— Dans Volver, Penelope Cruz elle le met dans un congélateur, intervient alors Mathilde, de sa petite voix.
— Exact ! Et ça a marché, ajoute Cathy. T’as un congélateur, ici ?
— Oui, mais il est trop petit.
— Par pitié, taisez-vous, si c’est pour dire des inepties pareilles !

Dix minutes plus tard, Sandrine brise enfin un silence de plomb.

— On va appeler Lætitia. Elle a un 4×4. Elle saura nous tirer de là.
— Mais tu crois qu’elle sera d’accord ?
— Elle n’aura pas le choix !

Sandrine la joint aussitôt sur son portable.

— Allo, Lætitia ? … Je sais il est tard. On est chez Mathilde. On est dans une merde grave. On a besoin de toi et de ton 4×4…. Oui… Je ne peux pas te dire…

C’est une question de vie… (les yeux sur le cadavre) et de mort !


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